Les émissions de dette en euros atteignent un niveau record alors que l’UE cherche à supplanter le dollar

Faire de l'euro une « monnaie véritablement mondiale » est « à la fois nécessaire et urgent », a déclaré Valdis Dombrovskis

EURACTIV.com
[Photo : Halil Sagirkaya/Anadolu via Getty Images]

Les émissions mondiales de titres de dette libellés en euros ont atteint un niveau record l’année dernière, alors que l’UE intensifie ses efforts pour internationaliser sa monnaie unique dans un contexte d’inquiétudes croissantes quant à la fiabilité du dollar américain.

La Banque centrale européenne (BCE) a indiqué mardi que les prêts et obligations libellés en euros à l’échelle mondiale avaient bondi pour atteindre près de 1 000 milliards d’euros en 2025, soit une hausse de 30 % par rapport à 2024 et le niveau le plus élevé depuis la création de la monnaie en 1999.

L’euro est également devenu la première devise mondiale en matière d’émission d’obligations vertes et durables, selon la BCE, sa part de marché mondiale passant de 35 % à 41 % – supplantant ainsi le dollar américain, dont la part est tombée de 42 % à 32 %.

Néanmoins, le rôle mondial de l’euro, tel que calculé par la BCE en analysant l’utilisation de la monnaie à travers un large éventail d’indicateurs, n’a augmenté que de 0,2 point de pourcentage à taux de change constants. La part mondiale de 20 % de l’euro, bien qu’elle le place confortablement en deuxième position mondiale, le laisse encore loin derrière le dollar, dont la part est restée stable à 57 %.

La part de l’euro dans le total des réserves officielles est également restée stable à 15 %, a constaté la BCE. La part de l’or, quant à elle, est passée de 20 % à 27 %, dépassant celle des bons du Trésor américain, qui est tombée de 25 % à 22 %.

« Le rôle international de l’euro s’est modérément accru en 2025… [mais] dans une perspective à plus long terme, le rôle de l’euro s’est accru progressivement mais régulièrement », a fait remarquer Christine Lagarde, présidente de la BCE, ajoutant que la part mondiale de la monnaie avait augmenté de 1,5 point de pourcentage depuis l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014.

Elle a également noté que l’euro, utilisé par 21 des 27 États membres de l’UE, semble avoir constitué une « valeur refuge » pour les investisseurs cherchant à se protéger de la récente instabilité financière aux États-Unis, dans un contexte marqué par les attaques de Donald Trump contre le système commercial international, la Réserve fédérale et l’État de droit.

« Il existe une opportunité pour l’euro de renforcer son attrait mondial – à condition que les décideurs politiques européens créent les conditions nécessaires et joignent le geste à la parole », a indiqué Lagarde.

Faisant écho aux propos de Lagarde, Valdis Dombrovskis, commissaire européen chargé de l’économie, a déclaré mardi que faire de l’euro une « monnaie véritablement mondiale » était « à la fois nécessaire et urgent ».

Renforcer le rôle international de la monnaie permettrait de réduire les coûts d’emprunt de l’UE et de renforcer la résilience de l’Union face aux sanctions américaines, a-t-il ajouté.

Dombrovskis a également réitéré l’appel de Lagarde aux capitales de l’UE pour qu’elles accélèrent les efforts, longtemps au point mort, visant à mettre en place des marchés de capitaux « unifiés, liquides et efficaces » afin d’attirer les investisseurs mondiaux.

« L’euro peut… constituer une alternative crédible pour ceux qui cherchent à réduire leur exposition à une monnaie dominante unique », a-t-il affirmé.

(bw)