Le dirigeant yéménite négocie son départ

Des discussions visant à mettre un terme à l'impasse politique au Yémen, dirigé par le président Ali Abdullah Saleh, ont été interrompues et pourraient ne pas reprendre. C'est ce qu'ont affirmé des figures de l'opposition, alors que des confrontations ont débuté entre l'armée et les militants au sud du pays.

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Des discussions visant à mettre un terme à l'impasse politique au Yémen, dirigé par le président Ali Abdullah Saleh, ont été interrompues et pourraient ne pas reprendre. C'est ce qu'ont affirmé des figures de l'opposition, alors que des confrontations ont débuté entre l'armée et les militants au sud du pays.

Saleh, qui s’est tour à tour montré conciliant et provocateur, a juré de ne plus faire de concessions en faveur de l’opposition, qui demande son départ après 32 années de pouvoir autoritaire sur l’Etat appauvri de la péninsule arabe.

Mais pour preuve que le va-et-vient politique sur un transfert de pouvoir n’est pas complètement mort, le comité du parti au pouvoir a recommandé la formation d’un nouveau gouvernement pour rédiger une constitution sur la base d’un système parlementaire.

« Hier soir, ça s'est arrêté », a dit un assistant du général Ali Mohsen des discussions qui est au côté des protestants qui exigent la démission de M. Saleh. Lorsqu’on lui a demandé si selon lui les discussions allaient reprendre, il a répondu : « Pour l’instant, absolument pas ».

Un porte-parole de la coalition principale de l’opposition au Yémen a également affirmé que les discussions s’étaient arrêtées et que si la situation continuait d’évoluer dans ce sens, cela pourrait renforcer les craintes que la violence entre unités militaires rivales ne remplace le processus politique.

Le gouvernement n’a émis aucun commentaire immédiat.

M. Saleh, sous la pression de dizaines de milliers de Yéménites manifestant dans les rues, a convenu d’une réunion du comité gouvernemental de son parti du Congrès populaire général dimanche pour un briefing sur l’état du dialogue.

Lors de la réunion, les membres ont plaidé pour garder Saleh en place jusqu’à 2013, date d’expiration de son mandat, a déclaré une source du parti. L’une des premières concessions de M. Saleh au début des manisfestations de février a été d’annoncer qu’il ne briguerait pas un autre mandat au-delà de cette date.

M. Saleh s’est dit prêt à un départ digne mais a affirmé que les partis de l’opposition détournait les manifestations pour demander sa démission sans organiser un transfert de pouvoir démocratique.

« Je pourrais quitter le pouvoir […] dans quelques heures même, à condition de garder respect et prestige », a confié M. Saleh à la télévision Al Arabiya. « Je dois mener le pays vers un avenir sûr […], je conserve le pouvoir afin de le transmettre de manière pacifique ».

Mais il a semblé suggérer qu’il resterait au moins à court terme, agrémentant l’entretien de petites mises en garde quant à l’éventualité d’une guerre civile et d’une fragmentation du territoire selon les groupes régionaux et tribaux s’il devait quitter le territoire immédiatement.

Il s’est ensuite plaint d’avoir déjà offert de nombreuses concessions et de constater que les exigences de l’opposition étaient sans fin.

« Nous n’avons pas fait de concessions pour le plaisir mais pour éviter au Yémen les conséquences d’une guerre. A partir de maintenant, nous n’en ferons plus », a-t-il déclaré au parti en place.

Alors que les troubles continuent, les manifestants furieux ont mis le feu à un guichet bancaire dans le port de Mukalla, à l’est, après que les forces de sécurité ont attaqué une procession funéraire en hommage à un homme tué lors des manifestations et ont blessé trois manifestants, ont déclaré les habitants.

Confrontations

Les manifestants se sont confrontés à l’armée yéménite dans une ville du sud, alimentant les craintes de l’Occident et de l’Arabie saoudite que le pays ne sombre dans un chaos qui avantagerait un bras régional d’Al Quaïda basé au Yémen si Saleh était évincé.

L’armée a tenté de déloger une coalition d’islamistes de Jaar dans la province d’Abyan après avoir saisi leurs bâtiments samedi et les forces de sécurité ont semblé avoir déserté cette ville de plusieurs milliers d’habitants.

Un soldat a été tué dimanche et des avions ont survolé la ville. Mais les habitants ont affirmé que les manifestants semblaient avoir pris le contrôle et que l’armée se retirait de la capitale de la province d’Abyan, Zinjibar, où des témoins ont affirmé que les mesures de sécurité s’étaient renforcées depuis que les manifestants avaient utilisé des lance-roquettes sur les bâtiments de l’Etat.

Cinq soldats ont été tués samedi lors d’une embuscade à Lowdar, et également à Abyan, que les autorités mettent sur le compte d’Al Quaïda.

Concessions

Les partis de l’opposition se sont adressés à M. Saleh concernant une transition mais ont jusqu’ici refusé toute concession de sa part. La semaine dernière, il a accepté de se retirer d’ici un an après avoir organiser une nouvelle constitution et des élections législatives, puis présidentielles.

« Nous avons toujours des positions bien distinctes », a déclaré Yassim Noman, actuellement à la tête de la coalition de l’opposition. « Je pense qu’il manœuvre ».

La marée semble être contre M. Saleh depuis les évènements du 18 mars, lorsque des snipers en civil fidèles à au président ont tiré sur une foule de manifestants, faisant 52 morts.

La violence a mené à des désertions de la part des commandants militaires, tels que le général Mohsen, des ambassadeurs, des législateurs, des gouverneurs des provinces et des chefs tribaux, dont certains du peuple de M. Saleh.

M. Saleh a affirmé que les désertions venaient essentiellement des islamistes et que certains étaient revenus vers lui. Il a déclaré que Mohsen avait agi sous le coup de l’émotion suite au bain de sang mais que les forces de sécurité n’étaient pas responsables des décès.

Une source proche de M. Mohsen a affirmé que M. Saleh et lui avaient conclu un accord selon lequel ils quitteraient tous deux le Yémen avec leurs proches pour ouvrir la voie à un gouvernement civil de transition.

M. Saleh a confié sur Al Arabiya qu’il avait tenu des réunions récemment avec M. Mohsen et les figures de l’opposition, réunions auxquelles l’ambassadeur américain était présent, mais a nié toute intention de quitter le pays.

 « Je ne cherche pas à m’installer à Jeddah ou à Paris », a-t-il dit.

 (EURACTIV avec Reuters. Article traduit de l’anglais par EURACTIV).