Le FMI sort renforcé du G20

Le groupe des 20 pays développés et en développement ont montré, jeudi 2 avril, un front uni et adopté un plan de 1 100 milliards de dollars pour lutter contre la pire crise économique depuis la crise de 1929. Il ont également convenu de renforcer les règles financières afin d’éviter que la crise ne se répète.

Le groupe des 20 pays développés et en développement ont montré, jeudi 2 avril, un front uni et adopté un plan de 1 100 milliards de dollars pour lutter contre la pire crise économique depuis la crise de 1929. Il ont également convenu de renforcer les règles financières afin d’éviter que la crise ne se répète.

Le président américain, Barack Obama, a minimisé les divergences survenues lors du sommet, déclarant que celui-ci constituait un tournant important pour l’économie mondiale. 

« Nous sommes tombés d’accord sur une série de démarches sans précédent pour restaurer la croissance et empêcher qu’une telle crise ne se reproduise à l’avenir », a déclaré Barack Obama lors d’une conférence de presse. 

« Nous avons aussi rejeté tout protectionnisme qui pourrait aggraver cette crise », a-t-il ajouté.

Selon les participants, qui ont salué la création d’un nouvel ordre mondial, les mesures adoptées vont au-delà de ce qu’ils pouvaient éspérer. Tous ont obtenu, au moins partiellement, ce qu’ils voulaient.  

Les pays en voie de développement ont reçu 1 100 milliards de dollars de ressources additionnelles pour soutenir l’économie mondiale. Cette somme sera attribuée par le Fonds monétaire international (FMI) et d’autres institutions. 

L’Allemagne et la France se sont félicités du renforcement du contrôle de la supervision financière, ainsi que de l’établissement d’un organe de régulation (le nouveau Conseil de stabilité financière). 

Les États-Unis ont bien accueilli la décision d’en finir avec l’ère du secret bancaire et de prendre des mesures à l’encontre de juridictions peu enclines à coopérer, y compris celles des paradis fiscaux. 

Les bourses ont bien réagi à l’annonce de ces mesures. L’indice européen a aussitôt grimpé de 5%, tandis qu’à Wall Street, le Dow Jones a clôturé en hausse de 3,3 %. Cependant, les économistes mettent en garde contre un excès d’enthousiasme, de nouvelles données devant être révélées cette semaine.

« L’accord d’aujourd’hui marque le début de la répression contre les aventuriers des marchés financiers, ceux-là même qui ont provoqué l’effondrement des marchés mondiaux », a salué le premier ministre australien, Kevin Rudd.

Le Premier ministre britannique, Gordon Brown, hôte du sommet, a déclaré que les gouvernements avaient consacré 5.000 milliards de dollars à la relance de l’économie pour 2009 et 2010, avant même de prendre en compte les investissements supplémentaires du sommet de Londres.

Il n’a pas dit comment cette somme cadrait avec l’estimation de la relance révélée le jour précédent – environ la moitié de ce montant. 

De l’aide pour les pays en développement

Parmi les 1 100 milliards de dollars prévus pour relancer l’économie mondiale, 250 milliards proviennent des « Droits spéciaux de tirage », l’unité de réserve du FMI. 

De plus, le FMI devrait voir ses propres ressources tripler, avec jusqu’à 500 milliards de dollars de nouveaux fonds, dont 40 milliards de dollars alloués par la Chine. La plupart des fonds iront probablement aux pays fragilisés par la crise, notamment l’Europe de l’Est. 

Les dirigeants du G20 ont également convenu d’un ensemble de mesures portant sur le financement du commerce extérieur à hauteur de 250 milliards de dollars. Ces fonds étalés sur deux ans devraient soutenir les flux commerciaux mondiaux, qui ont diminué sous l’effet du resserrement du crédit. Les grands exportateurs mondiaux, dont l’équilibre financier a été fragilisé par la diminution des importations, y voient un encouragement pour l’avenir.

Une régulation financière plus sévère

Les échecs majeurs du secteur financier ont appelé à une restructuration majeure des systèmes réglementaires et de supervision. Les leaders du G20 ont convenu de la création d’un nouveau Conseil de stabilité financière pour remplacer l’actuel Forum de stabilité financière. Si le mandat du Conseil pour superviser le système financier mondial sort renforcé, il ne contient cependant pas de pouvoir de contrôle spécifique sur les sociétés financières. 

Le sommet a également décidé d’étendre la réglementation et la surveillance à toutes les institutions financières, instruments et marchés qui jouent un rôle systémique, dont les principaux fonds spéculatifs.

Cependant, de nouvelles règles pour les réserves de banques et les agences de notation ne seront élaborées qu’une fois la crise passée.

Afin de prendre des mesures contre les paradis fiscaux et autres juridictions peu coopératives, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a publié une liste de pays récalcitrants. Au premier rang figurent le Costa Rica, la Malaisie, les Philippines  et l’Uruguay.

Le G20 : à suivre… 

Les leaders du G20 ont convenu de se rencontrer de nouveau avant la fin de l’année, afin d’évaluer les progrès réalisés.

Selon des personnes proches des dossiers, la prochaine rencontre pourrait se tenir à l’automne au Japon. Mais Nicolas Sarkozy a affirmé que le suivi des opérations se tiendrait à New York, en septembre. 

Une rencontre à New York coïnciderait avec l’ouverture de l’Assemblée générale des Nations unies, où seront présents la plupart des dirigeants du monde. 

Positions :

Le président français Nicolas Sarkozy a déclaré que les résultats du sommet G20, qui devait s’engager à renforcer la régulation financière et la surveillance globale du marché, étaient « au-delà de ce que nous pouvions imaginer ».

Nous n’aurions jamais espéré autant, a-t-il indiqué, ajoutant que « ce n’est pas la victoire d’un camp sur l’autre ». « Contrôler les fonds spéculatifs ne crée pas d’emplois dans l’industrie française du textile, mais tourne la page de la folie de toutes ces années de dérégulation », a-t-il ajouté.

La situation est sans précédent, selon le président de la Commission José Manuel Barroso, qui a considéré le sommet comme un moment crucial pour l’économie mondiale. Il a ajouté qu’ils avaient été beaucoup plus ambitieux qu’il ne s’y attendait, et que ce qu’ils avaient accompli était sans comparaison dans l’histoire économique. 

« Nous avons dit que nous le ferions, et nous avons fait ce que nous avions dit », a-t-il déclaré. M. Barroso a ajouté que les participants avaient montré leur engagement à parachever le cycle de négociations de Doha sur un nouvel accord commercial mondial, et a témoigné de sa confiance dans la conclusion des négociations cette année. 

Mirek Topolánek, président du Conseil européen et premier ministre tchèque sortant, a déclaré que l’accord visant à stimuler les ressources du FMI aiderait à relancer la confiance dans l’économie.

Commentant les résultats du G20, le président du Parti socialiste européen (PSE) Poul Nyrup Rasmussen a déclaré que Gordon Brown avait fait un travail magnifique en parvenant à un accord. Selon lui, le G20 a été un succès, mais l’absence d’accord sur un nouveau plan de relance constitue une grande déception. « Les conservateurs européens M. Sarkozy et Mme Merkel ont bloqué ce dont le monde a le plus urgemment besoin : un nouveau plan de relance pour créer des emplois », a-t-il expliqué. 

Les ONG écologistes ont critiqué l’échec du G20 à placer la crise climatique à la tête de son agenda. Selon elles, ils ont manqué une opportunité de sécuriser à long terme la santé économique et environnementale mondiale.

« Alors que le monde risque une grave crise climatique, les leaders du G20 n’ont fait que déplacer les transats sur le pont-promenade du Titanic, en gardant le cap sur la catastrophe », a déclaré John Sauven, directeur exécutif de Greenpeace au Royaume-Uni. « Le G20 a laissé tomber le monde en manquant une opportunité vitale de résoudre simultanément les deux crises avant le sommet de Copenhague », a-t-il poursuivi. La mention de la lutte contre le changement climatique, à la fin du communiqué, sur le tard, « ne témoigne en rien du sérieux que nous avons besoin de constater », a-t-il ajouté.