Le fonds de stabilité otage de la résistance nationale

Les dirigeants de la zone euro auront du mal à apaiser les tensions sur les marchés lors du sommet à Bruxelles aujourd'hui (11 mars) alors que l'augmentation du mécanisme de sauvetage de l'Union devient plus en plus impopulaire en Allemagne, en Finlande et aux Pays-Bas.

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Les dirigeants de la zone euro auront du mal à apaiser les tensions sur les marchés lors du sommet à Bruxelles aujourd'hui (11 mars) alors que l'augmentation du mécanisme de sauvetage de l'Union devient plus en plus impopulaire en Allemagne, en Finlande et aux Pays-Bas.

Suite à une série de réunions au sujet de la crise, les leaders de la zone euro se réuniront à 17h aujourd’hui pour discuter du Fonds européen de stabilité financière (FESF) et d’un paquet de réformes visant à contrôler et à réduire les dettes nationales.

La pression s’intensifie pour augmenter le plafond du mécanisme qui s’élève à 440 milliards d’euros, alors que les coûts d’emprunt qui pèsent sur les pays les plus endettés de la zone euro, le Portugal, l’Espagne, l’Irlande et la Grèce, continuent de monter en flèche et que Moddy’s a dégradé la note souveraine de l’Espagne d’un cran hier.

Résistance nationale

En effet, la pression vient de toutes parts. Les élections régionales en Allemagne et les débats parlementaires en Finlande et aux Pays-Bas montrent que les dirigeants sont en proie au mécontentement de leurs électorats nationaux au sujet des renflouements de la zone euro.

Les objections de l’Allemagne aux renflouements sont connues depuis que les premiers prêts ont été accordés à  la Grèce en mai 2010. Il apparaît aujourd’hui que les Pays-Bas et la Finlande s’opposeraient aux tentatives de Bruxelles de leur demander davantage d’argent pour le mécanisme de sauvetage, affirment des diplomates européens.

Le parlement néerlandais a réagi avec surprise à la nouvelle annonçant que les Pays-Bas devraient fournir 20 milliards d’euros de plus pour le FESF, selon des rapports du journal Trouw.

De plus, une proposition de Berlin visant à diminuer les salaires et à augmenter l’âge de la retraite et les recettes fiscales a suscité l’indignation. Le « pacte de compétitivité » franco-allemand a été présenté à d’autres pays de la zone euro lors d’un sommet en février.

La proposition, présentée par Paris et Berlin comme une tentative de compléter l’Union monétaire par une union économique, a désormais été reprise par la Commission européenne dans une version édulcorée. Mais l’ébauche de projet européen a irrité de nombreux Etats membres qui craignent une intervention excessive de Bruxelles et un amenuisement de la souveraineté nationale.

Opposition finlandaise et néerlandaise

 « Bruxelles ne décidera pas de l’augmentation des salaires, de l’âge de la retraite et d’augmenter nos impôts sur les sociétés », a confié Mark Rutte, le premier ministre néerlandais, aux parlementaires lors d’un débat mercredi.

Hier (10 mars), le Grand comité du Parlement finlandais, qui traite de la politique européenne, a voté contre un mandat à l’attention de son gouvernement pour augmenter la contribution de la Finlande à la garantie de prêt du FESF.

La part actuelle de la Finlande s’élève à 8 milliards d’euros et on assiste à des discussions évoquant la possibilité de doubler cette somme.

Les Finlandais prennent apparemment cette question très à cœur, le vote ayant eu lieu malgré l’absence d’un mandat formel de la part du gouvernement.

Le mécontentement grandissant envers l’UE en Finlande est à l’avantage du parti anti-européen qui fleurit dans le pays, le True Finns, et de son leader, Timo Soini, que l'on décrit comme un candidat surprise pour les élections qui vont se dérouler au printemps.

 « Nous devons désormais aider ceux qui ont menti, c’est la mentalité suspicieuse du nord, parce que nombreux sont ceux qui pensent que le sud prend le nord pour sa vache à lait », a déclaré M. Soini à propos des renflouements de la zone euro.

Dernièrement, l’électorat allemand a ouvertement énoncé des objections au fait d'être le trésorier de l’Europe. Sa résistance se répercute désormais sur les élections régionales, pour desquelles les affaires européennes ont rarement compté par le passé.

Le parti de la chancelière allemande, l’Union chrétienne démocrate (CDU), a essuyé une série de revers, dont la perte de son siège à Hambourg qui était traditionnellement un fief de la CDU.

Les observateurs se plaignent que Mme Merkel doive rester au second plan, contrairement à son habitude, lors des discussions d’aujourd’hui alors qu’elle doit faire face à une autre élection régionale cruciale dans le Baden-Wurtemberg le 27 mars, deux jours après le sommet européen voué à accroître la capacité du FESF.

Les analystes économiques enragent contre les politiciens qui ont mal défini leurs priorités.

 « Il ne serait pas exagéré de dire que le futur de l’Europe dépend de plus en plus, et est de plus en plus pris en otage par des politiques de clochers, populistes, mal informées et de court terme dans certains Etats membres », argue Sony Kapoor, un conseiller économique du groupe de réflexion Re-Define.

Zsolt Darvas, du groupe de réflexion Bruegel, est d’accord sur le fait que les marchés doivent être rassurés dès aujourd'hui et souligne que la résolution de la crise des liquidités européennes et de l’insolvabilité des Etats devraient être les priorités principales des ministres.

 « Les ministres devront rassurer les marchés sur leurs problèmes de liquidités. Les problèmes dans le secteur bancaire et la crise financière grecque devraient être résolus en priorité.

 « Ils doivent accroître l’efficacité de la capacité de prêt », a-t-il ajouté.