Le futur commissaire aux Transports a su convaincre lors de son audition au Parlement
Apóstolos Tzitzikóstas, commissaire désigné au Transport durable et au Tourisme, a su convaincre les membres de la commission des Transports du Parlement européen grâce à un savant mélange d’habileté politique et de maîtrise de ses sujets lors de son audition lundi 4 novembre.
Le Grec Apóstolos Tzitzikóstas, commissaire désigné au Transport durable et au Tourisme, a su convaincre les membres de la commission des Transports du Parlement européen (TRAN) grâce à un savant mélange d’habileté politique et de maîtrise de ses sujets lors de son audition lundi 4 novembre.
L’audition de l’aspirant commissaire s’est achevée sans incident majeur après trois heures, les eurodéputés étant largement satisfaits des réponses du commissaire grec. Deux heures après la fin de l’audition, son groupe au Parlement européen, le Parti populaire européen (PPE) de centre droit, a confirmé sur X que les coordinateurs de la commission TRAN avaient approuvé la candidature d’Apóstolos Tzitzikóstas.
« Nous avons entendu ce que nous voulions entendre », a indiqué Jan-Christoph Oetjen, coordinateur du groupe Renew au sein de la commission, à Euractiv, après l’audition.
Le coordinateur du groupe des Verts pour les questions de transport, Kai Tegethoff, s’est quant à lui montré plus prudent. Concernant les promesses faites par Apóstolos Tzitzikóstas sur la billetterie ferroviaire, l’eurodéputé allemand a évoqué un « engagement oral très bien accueilli » et a précisé qu’il attendait maintenant « avec impatience les propositions concrètes ».
Sur le financement des chemins de fer, Kai Tegethoff a affirmé se réjouir « des nouvelles promesses », tout en rappelant que « la décision ne dépend pas uniquement du portefeuille d’Apóstolos Tzitzikóstas ».
Johan Danielsson, coordinateur du groupe des Socialistes et Démocrates européens (S&D), a quant à lui déclaré qu’il s’agissait d’un « bon début », mais que « de nombreuses questions restent en suspens ».
Jonas Sjöstedt, qui représente le groupe de La Gauche au Parlement sur les questions d’environnement, a confié à Euractiv que le commissaire grec était « bien préparé et connaissait bien son sujet », mais qu’il s’était tout de même montré plus « faible en ce qui concerne le climat de manière générale ».
Une entrée en matière remarquée
Apóstolos Tzitzikóstas a ouvert son discours en exprimant son « plus grand respect » pour les députés européens, rappelant son travail antérieur avec le Parlement dans le cadre de son rôle au sein du Comité des régions, et a affirmé qu’il considérait que le volet tourisme de son portefeuille était tout aussi important que ses responsabilités en matière de transport.
Cette déclaration a probablement beaucoup plu aux membres de la commission, surtout aux eurodéputés qui représentent des régions pour lesquelles le tourisme est crucial, toutes tendances politiques confondues.
Lors de son audition, l’homme politique grec a démontré sa maîtrise du dossier tout en adressant des signaux politiques susceptibles de rallier l’ensemble des partis centristes de l’hémicycle.
Pour ses collègues du PPE, ainsi que pour les membres libéraux de Renew, Apóstolos Tzitzikóstas a fait de multiples références à l’importance de la compétitivité européenne et a souligné la dimension mondiale de la décarbonation.
Pour les socialistes, le commissaire désigné aux Transports a longuement parlé des conditions et des droits des travailleurs de ce secteur.
Pour les eurodéputés des Verts, il a à nouveau fait valoir ses compétences en matière d’environnement pour tenter de les rassurer face aux fortes émissions du secteur des transports, qui sont aujourd’hui plus élevées qu’elles ne l’étaient en 1990.
Sang-froid et maîtrise de soi
Le candidat grec a également su faire preuve de beaucoup de sang-froid durant son audition.
En effet, il ne s’est pas laissé déstabiliser par les questions qui lui ont été posées, s’arrêtant même parfois pour réfléchir avant de répondre, afin de calmement faire le lien entre la question et les points qu’il avait déjà abordés.
Il a fait preuve d’aisance durant les trois heures de la session, corrigeant même la présidente de la commission parlementaire, Elíza Vózemberg-Vrionidi, sur le temps de parole qui lui était accordé.
Cependant, cette assurance a parfois frôlé l’arrogance, comme lorsqu’il a répliqué à une question peu claire par un « et quelle est la question ? » un peu direct, ou en prenant un ton autoritaire pour rappeler une réponse déjà donnée.
Des connaissances ciblées
Le commissaire grec était manifestement bien préparé pour son audition et a démontré qu’il connaissait les principaux dossiers de l’UE en matière de transport sur le bout des doigts — qu’ils soient actuellement ouverts ou nécessitant une révision au cours de la législature à venir (2024-2029).
À titre d’exemple, il a expliqué comment, selon lui, trois éléments distincts de la politique en matière de transports — le transport multimodal, la billetterie unique et les règles relatives aux droits des passagers — se complétaient les uns les autres.
Cependant, ses déclarations sont restées très proches des sujets de discussion politiques actuels et des détails évoqués dans la lettre de mission que lui a écrite la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.
Il s’est éloigné à une seule reprise de sa lettre de mission en faisant référence à la directive sur la taxation de l’énergie en réponse à une question de l’eurodéputée S&D Vivien Costanzo, qui a interrogé le futur commissaire sur la manière dont il comptait remédier au manque de connectivité ferroviaire transfrontalière.
En réponse, Apóstolos Tzitzikóstas a rappelé qu’il existait déjà « des mesures qui encouragent indirectement le transport ferroviaire » par rapport à d’autres modes de transport, comme « la directive sur la taxation de l’énergie », qui « est en place depuis quelques mois maintenant ».
En réalité, la révision de la directive sur la taxation de l’énergie est toujours en cours de discussion, et les derniers compromis du Conseil sur le texte maintiennent les exemptions de carburant pour l’aviation et le transport maritime.
Par la suite, l’eurodéputé S&D Andreas Schieder a donc insisté et demandé comment le candidat comptait remédier à l’inégalité de traitement des avions dans la directive et à la différence de taxation entre les trains et les avions.
« Nous devons avoir des règles du jeu équitables », a rétorqué Apóstolos Tzitzikóstas, sans pour autant rectifier sa déclaration précédente.
Sécurité
Comme prévu, l’accident de train de 2023 à Tempé, en Grèce centrale, a été le sujet le plus épineux de la session d’audition. Lors de cet accident, cinquante-sept personnes avaient perdu la vie, et de nombreuses questions concernant l’affaire restent toujours sans réponse.
Bien que le commissaire désigné n’ait pas été directement impliqué dans cette affaire, les proches des victimes soulignent que le parti Nouvelle démocratie, auquel appartient le futur commissaire, a tenté d’étouffer l’affaire. La procureure générale de l’UE, Laura Kövesi, a également affirmé que son enquête sur l’accident avait été entravée par la loi grecque accordant l’immunité aux responsables politiques.
Lundi, le commissaire désigné a abordé le sujet de front, mais le sujet a été repris par plusieurs eurodéputés au cours de la session. Apóstolos Tzitzikóstas a souligné qu’il connaissait plusieurs familles personnellement touchées par la tragédie, y compris une secrétaire qui a perdu un membre de sa famille.
Mais cela n’a pas suffi à certains eurodéputés.
À deux reprises, l’audition du commissaire a été perturbée par des députés grecs non inscrits : d’abord par Maria Zacharia du parti socialiste Cap sur la liberté (Plefsi Eleftherias), puis par Kostas Papadákis du Parti communiste de Grèce.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]