Le glyphosate ne suscite pas de « préoccupation critique », selon l’EFSA
L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) n’a identifié « aucun domaine critique de préoccupation » concernant le glyphosate, bien qu’elle ait déclaré que les lacunes dans les données ne permettaient pas de tirer des conclusions sur certains aspects.
Dans son verdict très attendu sur le risque posé par le glyphosate, un herbicide controversé, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) n’a identifié « aucun domaine critique de préoccupation », bien qu’elle ait déclaré que les lacunes dans les données ne permettaient pas de tirer des conclusions sur certains aspects.
L’évaluation de l’agence, présentée jeudi (6 juillet), constitue une étape clé dans le processus décisionnel de l’UE concernant le renouvellement de l’autorisation du glyphosate en tant que substance active dans les produits phytopharmaceutiques.
Le glyphosate est l’herbicide le plus largement utilisé comme substance active dans la protection des plantes. La question du renouvellement de son autorisation est très controversée, car les avis divergent quant à l’impact du glyphosate sur la santé et l’environnement.
Ainsi, dans sa révision de l’autorisation de cet herbicide, l’EFSA « n’a pas identifié de domaines critiques de préoccupation » en ce qui concerne le risque posé par le glyphosate « pour l’Homme et les animaux ou l’environnement », peut-on lire dans un communiqué de l’agence.
Selon l’agence, une préoccupation est qualifiée de « critique » lorsqu’elle affecte toutes les utilisations proposées de la substance en question — dans le cas du glyphosate, cela inclut son utilisation à différents stades de la plantation (avant les semis, après la récolte…).
L’évaluation de l’EFSA intervient après que l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a conclu, en mai 2022, que le glyphosate ne pouvait être classé comme cancérogène. Ensemble, les avis des deux agences devraient éclairer la décision de l’UE quant à la réautorisation de la substance.
Actuellement, le glyphosate est autorisé dans l’UE jusqu’au 15 décembre 2023, après que la Commission européenne a temporairement prolongé l’approbation d’un an pour donner plus de temps au processus de décision — y compris l’étude de l’EFSA, que l’agence a dû repousser en raison de la quantité « sans précédent » de données à prendre en compte.
Lacunes dans les données
Toutefois, l’EFSA s’est penchée dans une évaluation prudente sur les effets négatifs que l’utilisation du glyphosate peut avoir sur les plantes et les animaux sauvages — ce que l’on appelle l’écotoxicologie. Cette évaluation des risques basée sur les données disponibles « a identifié un risque élevé à long terme pour les mammifères dans 12 des 23 utilisations proposées du glyphosate ».
Par ailleurs, certaines questions sont également laissées « en suspens » ou « n’ont pas pu être tranchées » par l’évaluation en raison de lacunes dans les données disponibles.
Il s’agit notamment de « l’évaluation de l’une des impuretés du glyphosate, de l’évaluation du risque alimentaire pour les consommateurs et de l’évaluation des risques pour les plantes aquatiques », a déclaré l’autorité.
En ce qui concerne l’impact de l’utilisation du glyphosate sur la biodiversité — un point souvent soulevé par les détracteurs de cet herbicide controversé — l’évaluation brosse également un tableau plus confus.
L’étude « reconnaît que les risques associés aux utilisations représentatives du glyphosate sont complexes et dépendent de multiples facteurs » et « les informations disponibles ne permettent pas de tirer des conclusions définitives sur cet aspect ».
Des réactions mitigées
Le verdict de l’EFSA a été salué par le Glyphosate Renewal Group, un groupe d’entreprises favorables au renouvellement de l’approbation de la substance.
« Cette conclusion scientifique finale jette les bases d’une réautorisation réussie du glyphosate dans l’UE et est cohérente avec les conclusions des principaux organismes de réglementation sanitaire du monde entier depuis près de 50 ans », a déclaré le groupe dans un communiqué.
Les militants pour la santé et l’environnement ont toutefois été moins satisfaits et ont critiqué le fait que l’autorité ait donné une conclusion sur le risque associé au glyphosate en dépit des lacunes identifiées dans les données.
« La déclaration de l’EFSA sur l’absence de risques inacceptables est préoccupante, surtout si l’autorité a identifié des lacunes dans les données du dossier empêchant des conclusions fermes concernant l’évaluation des risques des utilisations représentatives des produits à base de glyphosate », a déclaré Natacha Cingotti, responsable du programme de l’Alliance pour la santé et l’environnement (HEAL), dans un communiqué.
En ce qui concerne les effets sur la santé humaine, « des preuves scientifiques solides soutiennent massivement les inquiétudes concernant le potentiel cancérogène du glyphosate ainsi que d’autres impacts sur le développement humain ou le système reproductif », a-t-elle ajouté.
Les militants ont souvent exprimé leurs inquiétudes quant au processus de révision sur la base de l’évaluation de l’EFSA, prévenant qu’il se concentre trop sur la recherche commandée par l’industrie.
Guilhem de Seze, chef du département de production de l’évaluation des risques de l’EFSA, a réfuté cette affirmation.
« L’évaluation des risques et l’examen par les pairs du glyphosate représentent le travail de dizaines de scientifiques de l’EFSA et des États membres dans le cadre d’un processus qui s’est étalé sur plus de trois ans », a-t-il déclaré jeudi.