Le gouvernement néerlandais se prend les pieds dans l’austérité
La crise des dettes publiques européennes a fait une nouvelle victime : le Premier ministre des Pays-Bas, Mark Rutte a présenté sa démission à la reine Beatrix dans l’après-midi du 23 avril.
La crise des dettes publiques européennes a fait une nouvelle victime : le Premier ministre des Pays-Bas, Mark Rutte a présenté sa démission à la reine Beatrix dans l’après-midi du 23 avril.
Après sept semaines de négociations derrière des portes closes, la crise politique est maintenant ouverte à La Haye. La coalition gouvernementale néerlandaise a volé en éclat. Elle n’a pas réussi à se mettre d’accord sur les économies à réaliser pour tenir ses engagements de réduire ses déficits publics de 14 à 16 milliards d’euros d’économies d’ici 2013.
Elections anticipées
Dès samedi 21 avril, le Premier ministre Mark Rutte a prévenu le pays de la stérilité des discussions entamées depuis début mars avec la formation xénophobe et eurosceptique de Geert Wilders (Parti de la Liberté, PVV). Le PVV n’appartient pas au gouvernement mais le soutenait au Parlement.
Dans la matinée, lundi 23 avril, le chef du gouvernement a réuni ses ministres pour évoquer le sujet et envisager la tenue d’élections anticipées.
Après s’être entretenu avec la Reine Béatrix dans le milieu de l’après-midi du 23 avril, Mark Rutte lui a remis sa démission. La monarque n’a pas encore fait savoir si elle l’acceptait ou non. En cas de refus, elle devra nommer un médiateur qui aura pour mission de tenter de former une nouvelle coalition.
Mais cette hypothèse est jugée peu probable. L’ensemble de la classe politique néerlandaise ne parle plus que d’élections anticipées en juin ou en septembre depuis plusieurs jours.
Résultats incertains
L’électorat néerlandais est très fragmenté et un nouveau scrutin pourrait déboucher sur un Parlement morcelé. Selon un sondage réalisé par l’institut Maurice de Hond après l’annonce de l’échec des discussions, aucun parti ne disposerait de la majorité.
Les Libéraux de Mark Rutte s’en sortiraient cependant le mieux, progressant par rapport aux précédentes législatives avec 33 des 150 sièges du Parlement, contre 31 actuellement.
Ils seraient suivis du Parti socialiste eurosceptique (30 sièges) et du Parti travailliste pro-européen (24 sièges). Les chrétiens démocrates reculeraient à onze sièges et le parti de Wilders à 19.
Surveillance des marchés
Ces troubles politiques amènent les marchés à surveiller de près les Pays-Bas, l’un des quatre derniers pays de la zone euro a être noté triple A. La situation du pays pourrait « être un problème car jusqu’ici c’était un partenaire stable de la zone euro. La situation néerlandaise traduit des tensions croissantes au sein de la zone. C’est réellement un problème pour le marché », commente Christian Stocker, économiste chez Unicredit.
La différence entre les taux d’emprunt néerlandais et allemands (la référence) à 10 ans s’est creusée de 12 à 73 points dans la journée du 23 avril.
D’après le Bureau central de planification (CPB), le déficit du budget devrait être de 4,6% du PIB cette année et en 2013, ce qui place les Pays-Bas dans le même « bateau budgétaire » que la Grèce ou le Portugal. Ironie du sort, le gouvernement néerlandais a toujours été l’un des plus virulents d’Europe contre le « laxisme budgétaire » des pays dits « périphériques ».
Le ministre des Finances aujourd’hui démissionnaire, Jan Kees de Jager, a pourtant assuré que l’objectif de 3% était toujours atteignable en 2013 et a jugé la situation des Pays-Bas meilleure que celle des pays du sud de l’Europe.