Le Green Brief : les candidats pour reprendre les portefeuilles de Frans Timmermans confirmés en commission parlementaire
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Les tensions politiques autour du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) ont atteint leur apogée à Bruxelles mardi (3 octobre) lorsque le Parlement européen a rejeté les deux candidats nommés pour partager ce portefeuille ainsi que celui du climat, précédemment aux mains du socialiste néerlandais Frans Timmermans.
Lancé en grande pompe en 2019 comme la nouvelle stratégie de croissance de l’UE, le Green Deal est désormais au point mort, ce qui laisse présager des mois difficiles pour la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui entame la dernière année de son mandat.
Mardi, les deux candidats désignés pour se partager les portefeuilles du Green Deal et du climat — Maroš Šefčovič et Wopke Hoekstra — n’ont pas réussi à obtenir la majorité des deux tiers dont ils avaient besoin pour être confirmés à ces postes.
Mercredi (4 octobre), ils ont finalement été confirmés par deux tiers des voix des coordinateurs de la commission de l’Environnement (ENVI).
« Leurs réponses à nos questions ont été jugées positives : clarté sur l’objectif climatique 2040 et clarté sur les législations en cours », a affirmé Pascal Canfin, président de la commission ENVI, sur X (ex-Twitter).
Un vote en plénière est encore nécessaire pour entériner définitivement leur nomination.
Pour obtenir le feu vert du Parlement, les deux candidats devaient bénéficier du soutien d’au moins quatre partis politiques.
En supposant que MM. Šefčovič et Hoekstra aient obtenus le soutien de leurs camps respectifs — le groupe des Socialistes et démocrates (S&D) et le Parti populaire européen (PPE) —, ce sont les Verts, le groupe centriste Renew et le groupe ultraconservateur des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) qui ont eu le pouvoir de faire pencher la balance.
En outre, et de manière inattendue, c’est la performance du candidat de gauche Maroš Šefčovič qui a semblé être l’élément déclencheur pour les Verts, qui ont suspendu les négociations et ont demandé aux deux candidats de fournir des réponses à leurs questions supplémentaires par écrit.
« M. Šefčovič, un peu comme M. Hoekstra, n’a offert que peu de détails, ce qui a été une surprise décevante », a déclaré Michael Bloss au nom des Verts au Parlement. « Être responsable du Green Deal n’est pas une activité secondaire ; c’est l’agenda central de cette Commission, et il y a beaucoup de travail à venir », a-t-il ajouté dans un communiqué.
La décision des Verts de ne pas accorder leur soutien a placé le groupe CRE dans une position de faiseurs de rois pour les deux candidats, mais ce dernier a finalement refusé de soutenir les deux candidats.
Le rejet des deux candidats proposés par la Commission est le dernier rebondissement d’une saga qui a été marquée par une hostilité politique croissante autour du Green Deal européen au cours des derniers mois.
Le PPE a porté le premier coup en début d’année lorsqu’il a mis en place une offensive contre la proposition de loi sur la restauration de la nature, affirmant qu’elle porterait atteinte à la production alimentaire et qu’elle alourdirait la bureaucratie pour les agriculteurs européens.
Bien que leur tentative ait échoué, cela témoigne d’un virage à droite du PPE, qui semble à la recherche de votes conservateurs en vue des élections européennes de juin prochain.
Mais le rejet de mardi est également un revers personnel pour la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.
La nomination de M. Hoekstra a fait l’objet de machinations politiques depuis le début, quand la présidente de la Commission a demandé au Premier ministre néerlandais par intérim, Mark Rutte, de présenter un candidat conservateur du PPE pour remplacer le socialiste sortant Frans Timmermans.
M. Timmermans était le numéro deux de la Commission européenne, où il était à la fois commissaire au climat et vice-président pour le Green Deal.
En offrant le portefeuille du climat au PPE, Mme von der Leyen a fait un geste envers sa propre famille politique, se préparant potentiellement à un second mandat à la tête de la Commission après les élections européennes de l’année prochaine.
Mais ce faisant, elle a aussi fondamentalement modifié l’équilibre politique de la Commission, qui était jusqu’à présent un assemblage minutieux de politiciens de sa propre famille de centre droit (le PPE), de sociaux-démocrates (S&D), de libéraux (Renew) et de Verts.
« La stratégie de Mme von der Leyen est de chercher le soutien du PPE au Parlement européen en nommant un commissaire au climat issu de leurs propres forces », a déclaré Pascal Canfin, le président de la commission de l’Environnement (ENVI) du Parlement, qui a présidé les auditions de cette semaine.
« Et c’est compréhensible », a-t-il dit à Euractiv lors d’un entretien avant les auditions. « Mais en tant que centriste, pourquoi devrais-je voter pour un commissaire au climat du PPE, alors qu’une partie du PPE essaye de saborder le Green Deal ? »
Le premier coupable, il faut le dire, est M. Timmermans lui-même, qui a quitté son poste à la Commission européenne à la fin du mois d’août pour se présenter comme candidat aux élections néerlandaises de novembre.
Toutefois, Mme von der Leyen est aussi clairement responsable du bouleversement de l’équilibre politique de la Commission, qui reflétait les majorités politiques au Parlement européen après l’élection européenne de 2019.
« C’est elle qui a demandé à M. Rutte de présenter un candidat du PPE, alors qu’elle aurait pu choisir quelqu’un du centre », a rappelé M. Canfin, sur le ton de la plaisanterie.
Après le rejet de mardi, les députés ont demandé aux deux candidats de fournir plus de détails et un calendrier clair par écrit sur les prochaines propositions législatives qui devraient être présentées par la Commission européenne avant la fin de son mandat, le 31 octobre 2024.
Il s’agit notamment de plusieurs lois environnementales clés que la Commission doit encore adopter, telles que la révision du règlement REACH sur les produits chimiques et une nouvelle législation sur le bien-être animal.
« Nous savons que ces propositions sont techniquement prêtes », a expliqué M. Canfin mardi après l’audition de Maroš Šefčovič. « La décision finale est principalement entre les mains de la présidente von der Leyen. C’est maintenant à elle de nous dire ce qu’elle veut continuer à réaliser dans certains dossiers du Green Deal », a-t-il ajouté.
Frans Timmermans ayant quitté le navire, c’est maintenant Ursula von der Leyen elle-même qui se retrouve sur la sellette dans le cadre du Pacte vert.
– Frédéric Simon
Les principales actualités de la semaine
Pour approfondir
- Un groupe de législateurs du Parlement européen en faveur d’un « Blue Deal européen » – Annita Elissaiou
- ENTRETIEN. Corinne Le Quéré : la prochaine Commission européenne aura un rôle « très opérationnel » sur le climat – Hugo Struna et Paul Messad
- Banque centrale européenne : Christine Lagarde appelle à l’émission d’obligations vertes par l’UE – János Allenbach-Ammann
- La Belgique prépare ses ports à l’importation massive d’hydrogène vert – Nina Chabot et Paul Messad
- Les redevances de réseau restent le principal point de friction dans le cadre de la finalisation des normes relatives à l’hydrogène de l’UE (en anglais) – Frédéric Simon
- La Pologne insiste sur le rôle du nucléaire dans la transition verte (en anglais) – Kira Taylo
Agenda
- 12 OCTOBRE. Trilogue sur la directive relative à la performance énergétique des bâtiments (DPEB)
- 16 OCTOBRE. Conseil « Environnement »
- 17 OCTOBRE. Conseil « Energie »
- 17 OCTOBRE. Rapport sur la promotion des investissements dans les technologies vertes
- 24 OCTOBRE Vote de la commission ENVI du Parlement européen sur le règlement relatif aux emballages et aux déchets d’emballages
- 24 OCTOBRE. Paquet européen d’énergie éolienne
- 25 OCTOBRE. Vote de la commission ITRE du Parlement sur le règlement pour une
- industrie «zéro net»
- 26-27 OCTOBRE. Conseil Européen
- 20 NOVEMBRE. Règlement sur les emballages et les déchets d’emballages voté en plénière cette semaine
- 20 NOVEMBRE. Le règlement pour une industrie «zéro net» en plénière cette semaine
- 30 NOVEMBRE-12 DECEMBRE. Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP 28), Dubaï
- 14-15 DECEMBRE. Conseil Européen
- 18 DECEMBRE. Conseil Européen
- 19 DECEMBRE.Conseil « Energie »
[Édité par Anne-Sophie Gayet et Paul Messad]