Le Green Brief : Nord Stream 2 — chronique d’une mort annoncée
Bienvenue sur le Green Brief d’EURACTIV. Vous y trouverez les dernières actualités en matière d’énergie et d’environnement en provenance de toute l’Europe.
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Après que Vladimir Poutine a ordonné aux troupes russes de franchir la frontière ukrainienne, Berlin n’a eu d’autre choix que de mettre en suspens le projet controversé de gazoduc Nord Stream 2 qui devait relier directement l’Allemagne à la Russie.
Cette décision s’est fait attendre. Pendant des mois, la pression s’est intensifiée sur Berlin pour qu’elle renonce à ce projet de gazoduc controversé, auquel l’Ukraine, la Pologne et d’autres pays d’Europe centrale et orientale opposent une résistance farouche.
Toutefois, c’est la pression exercée par les États-Unis qui s’est avérée décisive. Lors de la visite inaugurale du chancelier allemand Olaf Scholz à Washington au début du mois, le Président américain Joe Biden a déclaré que Nord Stream 2 serait mis à la poubelle si la Russie décidait d’envahir l’Ukraine.
« Si la Russie envahit, c’est-à-dire si des chars ou des troupes passent la frontière ukrainienne, alors il n’y aura plus de Nord Stream 2. Nous y mettrons fin », avait affirmé M. Biden lors de la conférence de presse conjointe avec M. Scholz.
Le chancelier allemand était resté alors silencieux à côté du Président américain, refusant de répéter clairement l’avertissement. Jusqu’au dernier moment, M. Scholz a gardé la porte ouverte, espérant que la diplomatie ramènerait Vladimir Poutine à la table des négociations.
Ses hésitations étaient compréhensibles. L’Allemagne est entièrement dépendante des importations pour son approvisionnement en gaz naturel, le gaz russe acheminé par gazoduc représentant 32 % de toutes ses importations, ce qui est bien supérieur à la Norvège (20 %) et aux Pays-Bas (12 %), si l’on en croit les données de décembre 2021 publiées par ICIS analytics.
La question est maintenant de savoir ce qui se passera ensuite. La suspension du Nord Stream 2 ne perturbera pas, en soi, l’approvisionnement en gaz de l’Allemagne, car le gazoduc n’avait pas encore été mis en service.
Ce qui importe davantage, ce sont les 40 % de la consommation européenne de gaz qui dépendent encore actuellement de la Russie. Et là, toutes les options sont encore sur la table.
L’UE, les États-Unis et le Royaume-Uni ont coordonné un ensemble de sanctions contre Moscou, et même si ces sanctions ne visent pas encore spécifiquement le secteur de l’énergie, il ne fait aucun doute qu’elles affecteront un jour ou l’autre l’approvisionnement de l’Europe en gaz russe.
En réalité, c’est même déjà le cas. La semaine dernière, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré que des plans d’urgence étaient en préparation pour importer du gaz en provenance des États-Unis, du Qatar ainsi que d’autres fournisseurs potentiels en cas d’interruption partielle des importations de gaz russe.
« Nous avons également discuté avec les principaux fournisseurs de GNL […] afin de demander si nous pouvions échanger des contrats en faveur de l’UE », a expliqué Mme von der Leyen, ajoutant que le Japon était disposé à le faire. Au début du mois, des fonctionnaires de l’UE ont déclaré que des contacts similaires avaient été établis pour convenir d’échanges de contrats avec la Corée du Sud.
Bien entendu, ces accords ne sont que temporaires, et il n’est pas impossible que Nord Stream 2 soit relancé un jour en cas de résolution diplomatique de la crise ukrainienne.
En attendant, quelle que soit l’issue du conflit ukrainien, une chose est désormais de plus en plus claire : cette crise a déjà sérieusement entamé la réputation de partenaire commercial énergétique fiable de la Russie. Ce préjudice est désormais probablement permanent et irréversible.
Dans l’immédiat, les consommateurs européens devront payer le prix fort puisque les importations de GNL du Qatar ou des États-Unis seront toujours plus chères que le gaz bon marché acheminé par gazoduc depuis la Russie.
« Bienvenue dans le meilleur des mondes où les Européens vont très bientôt payer 2 000 € pour 1 000 mètres cubes de gaz naturel ! », s’est moqué Dmitry Medvedev, l’ancien président de Gazprom et un proche allié de Vladimir Poutine, dans une publication sur Twitter.
Tout cela donne à l’UE de nouvelles armes pour accélérer la transition énergétique. « Nous sommes encore trop dépendants du gaz russe. Nous devons diversifier stratégiquement nos fournisseurs et investir massivement dans les énergies renouvelables », a estimé Mme von der Leyen.
À plus long terme, cette crise pourrait également entrer dans les livres d’histoire comme le moment charnière où l’Europe a commencé à tourner définitivement le dos au gaz fossile.
– Frédéric Simon
Les principales actualités de la semaine
- L’Allemagne arrête le projet Nord Stream 2
- MACF : le plan d’Olaf Scholz pour que l’Afrique échappe à la taxe carbone de l’UE (en anglais)
- LEAK : les prix de l’énergie resteront élevés et volatils jusqu’en 2023, selon la Commission européenne
- Paris entretient le flou autour de sa conférence européenne sur le climat
- Une révision en profondeur proposée pour la directive européenne sur les énergies renouvelables
Plus d’actualités
- Les années 2020 doivent être une « décennie de changement » pour les puits de carbone européens en déclin, selon un eurodéputé finlandais (en anglais)
- L’Estonie appelle l’Europe à se passer du gaz russe (en anglais)
- Les opérateurs de réseaux de distribution excluent le scénario du « tout électrique » pour l’Europe
- L’UE va envisager d’obliger les pays à remplir les réservoirs de stockage de gaz (en anglais)
- L’Europe veut développer les infrastructures pour l’élimination permanente du carbone (en anglais)
- Le défi environnemental de la production de semi-conducteurs
- LEAK : la législation européenne sur la diligence raisonnable ne s’appliquera qu’à 1 % des entreprises de l’UE
- Les tensions en Ukraine menacent les investissements allemands dans les énergies renouvelables
- Élimination du carbone : le secret pour atteindre des émissions nettes nulles (en anglais)
- La crise ukrainienne jette une ombre sur le sommet du gaz au Qatar (en anglais)
- Dans le sillage de l’UE, la France s’oriente vers un système électrique plus flexible
- La modernisation du réseau électrique allemand « sera coûteuse », selon les experts (en anglais)
- Les terminaux GNL européens ont peu de place pour accueillir davantage de gaz (en anglais)
- Le Parlement européen demande un déploiement plus rapide des énergies renouvelables en mer (en anglais)
- Le Parlement européen adopte la directive « Eurovignette » après cinq années de négociations laborieuses
- La France devrait commencer à exploiter le lithium sur son territoire (en anglais)
- La Russie va livrer davantage de gaz en Italie, Mario Draghi se rendra à Moscou (en anglais)
- Les déclarations des entreprises pétrolières sur le climat relèvent du greenwashing, selon une étude (en anglais)
- Un important législateur européen propose des règles pour le marché du carbone afin de répondre à la flambée des prix (en anglais)
- Allemagne : la production d’hydrogène est prête et devrait connaître un grand essor (en anglais)
Événements à venir
3 MARS. Des systèmes de chauffage urbain efficaces : Comment parvenir à une décarbonation rentable ? Participez à cette conférence virtuelle organisée par EURACTIV pour discuter de la nouvelle définition des systèmes de chauffage urbain efficaces dans la proposition de directive relative à l’efficacité énergétique (Energy Efficiency Directive), et de la manière dont les parties prenantes peuvent coopérer au mieux pour parvenir à une décarbonation rentable. La liste des intervenants reste à confirmer. Programme et inscription disponible ici (en anglais). (Avec le soutien de PGE)
Dans notre radar
23 FÉVRIER. Proposition de la Commission européenne sur la gouvernance durable des entreprises
2 MARS. Action européenne conjointe pour une énergie plus abordable, plus sûre et plus durable.
17 MARS. Conseil « Environnement ».
23 MARS. Paquet sur la protection de la nature : révision des règles concernant l’utilisation durable des pesticides et les objectifs de restauration de la nature.
30 MARS. Paquet économie circulaire 1 :
- Initiative sur la politique des produits durables, y compris une révision de la directive sur l’écoconception.
- Révision du règlement sur les produits de construction.
- Proposition de règlement sur la justification des déclarations environnementales à l’aide des méthodes de l’empreinte environnementale des produits et des organisations (allégations environnementales).
- Stratégie sur les textiles durables.
- Donner aux consommateurs les moyens de la transition écologique.
5 AVRIL. Paquet « émissions et polluants » :
- Révision de la directive sur les émissions industrielles et mise à jour du registre européen des rejets et des transferts de polluants [E-PRTR].
- Révision de la réglementation européenne sur les gaz à effet de serre fluorés.
- Règlement sur les substances qui détériorent la couche d’ozone.
- Élaboration de normes d’émission post-Euro 6/VI pour les voitures, les camionnettes, les camions et les bus.
3 MAI. Partenariats internationaux et paquet énergie :
- Nouvelle stratégie sur l’engagement énergétique international.
- Communication conjointe sur un partenariat avec le Golfe.
25—27 MAI. Réunion des ministres du Climat et de l’Énergie du G7.
7 JUIN. Communication conjointe sur la gouvernance internationale des océans
27 JUIN. Conseil « Energie ».
28 JUIN. Conseil « Environnement ».
20 JUILLET. Paquet économie circulaire 2 :
- Cadre politique pour les plastiques biosourcés, biodégradables et compostables.
- Révision de la directive sur les emballages et les déchets d’emballages pour renforcer les exigences essentielles en matière d’emballages et établir des mesures et des objectifs de prévention des déchets d’emballages au niveau de l’UE.
- Révision de la directive sur le traitement des eaux urbaines résiduaires.