Le Green Brief : un accord véreux dans les énergies vertes réactive les pires cauchemars de l’UE
La démission du Premier ministre portugais Antonio Costa la semaine dernière, soupçonné de corruption dans le cadre de la concession de projets d’exploitation de mines de lithium et d’hydrogène, est un signal d’alarme retentissant.
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La démission du Premier ministre portugais Antonio Costa la semaine dernière, soupçonné de corruption dans le cadre de la concession de projets d’exploitation de mines de lithium et d’hydrogène, est un signal d’alarme retentissant.
L’ingérence présumée du gouvernement dans les projets de construction de quatre mines de lithium à ciel ouvert dans le nord du Portugal est au centre de l’enquête. Depuis, le chef de cabinet de M. Costa a été placé en détention après la découverte de près de 76 000 euros en espèces dans son bureau.
L’affaire sera suivie de près à Bruxelles pour plusieurs raisons, notamment parce qu’il s’agit du premier scandale de corruption lié aux énergies propres impliquant un homme politique européen du plus haut niveau, mais aussi parce que le lithium est devenu un des symboles de la transition écologique de l’Union européenne.
Le lithium est abondamment utilisé dans les batteries rechargeables des téléphones mobiles, des ordinateurs portables et des véhicules électriques. Il figure sur la liste des minéraux « stratégiques » de la loi européenne sur les matières premières critiques, qui a été présentée au début de l’année.
La Commission européenne cherche en outre à promouvoir « les normes environnementales et sociales les plus élevées » dans la manière dont les minéraux de transition sont extraits en Europe, ainsi que la démocratisation des processus : participation du public et transparence.
« La participation active du public et sa confiance dans la transition sont essentielles pour que les politiques fonctionnent et soient acceptées », a déclaré en ce sens la Commission dans son Pacte vert européen (Green Deal). La confiance du public est donc au cœur du projet.
Hélas, les projets portugais d’extraction de lithium sapent les promesses tenues.
Dès le départ, les mines annoncées au Portugal avaient suscité l’opposition des populations locales, qui avaient mis en garde contre une « promiscuité dangereuse » entre les autorités et les sociétés minières et avaient déclaré que le processus manquait de transparence.
Avec l’enquête en cours, les associations de lutte contre l’exploitation minière ont demandé au gouvernement portugais de suspendre et de réexaminer tous les projets impliquant le lithium.
Cette affaire servira d’avertissement anticipé pour d’autres pays de l’UE, comme la France, qui a récemment saisi sa Commission nationale du débat public (CNDP) afin d’organiser un débat sur les projets de réouverture d’une mine abandonnée dans le département de l’Allier, où se trouvent d’importants gisements de lithium.
Comme au Portugal, la mine dans l’Allier se heurte au scepticisme des habitants de la région.
Pour y remédier, « Nous devons permettre aux gens de décider eux-mêmes de la réalisation de ces projets et faire en sorte qu’ils aient le pouvoir de les refuser », avait déclaré en début d’année à Euractiv Nik Völker, un militant de MiningWatch Portugal.
Des risques de violation des droits humains à l’étranger
Cette affaire portugaise nous rappelle que le secteur des énergies renouvelables n’est pas à l’abri de la corruption et des violations des droits humains qui étaient jusqu’à présent associées aux industries pétrolières, gazières et extractives.
Or, pour le moment, un rapport publié mercredi (15 novembre) par le Business & Human Rights Resource Centre, dénonce le manque de mesure prise par les entreprises du secteur des énergies propres pour gagner la confiance du public. Elles seraient, en outre, « sont loin d’être à la hauteur » en ce qui concerne les questions de droits humains dans ce secteur.
Bien qu’il ait noté « quelques progrès » en la matière, le rapport indique que le secteur « est loin d’être prêt à assurer la transition rapide et équitable qui permettrait de gagner le soutien du public et d’obtenir des bénéfices pour tous », soulignant les lacunes en matière de droits des peuples autochtones, de droits fonciers et de travail forcé.
Les allégations les plus graves concernent le travail forcé, une problématique qui a attiré l’attention du monde entier il y a deux ans lorsque des rapports avaient révélé que des fabricants chinois se servaient de travailleurs ouïghours détenus dans des camps de rééducation pour fabriquer des panneaux solaires dans la province du Xinjiang, dans le sud de la Chine.
« Gagner le soutien du public signifie également que les entreprises doivent faire preuve de transparence sur les problèmes les plus difficiles auxquels le secteur est confronté — notamment le travail forcé. Pour cela, il faut s’écarter des approches habituelles et prendre des mesures correctives énergiques, comme la transparence de la chaîne d’approvisionnement solaire », a déclaré Caroline Avan, auteure du rapport.
Le Business & Human Rights Resource Centre averti que « le temps est compté pour inverser ces tendances si le secteur des énergies renouvelables veut éviter les mêmes dangers et abus que ceux qui affectent l’industrie énergétique traditionnelle ».
Jusqu’à présent, les opinions publiques sur les énergies renouvelables sont restées positives, l’énergie éolienne et l’énergie solaire bénéficiant en effet d’un large soutien dans les sondages d’opinion de l’Union européenne.
Pour combien de temps ?
Alors que les États-Unis, la Chine et l’Union européenne s’efforcent de sécuriser leur approvisionnement en minéraux pour alimenter les technologies d’énergie verte, le risque est que d’autres abus émergent à l’avenir, a averti Global Witness, une ONG internationale.
« Comme le montre notre enquête la plus récente sur l’extraction du lithium en Afrique, la richesse minérale qui devrait stimuler les économies des pays du Sud peut au contraire devenir un paratonnerre pour la corruption, les violations des droits humains et les dommages environnementaux, alimentés en grande partie par la demande des consommateurs en Europe », a déclaré Sophie Mardsen, conseillère principale en communication à Global Witness.
Les législateurs de l’UE ont toutefois encore la possibilité de remédier à cette situation.
L’UE en est actuellement aux dernières étapes de l’adoption d’une nouvelle loi, la directive sur le devoir de diligence en matière de développement durable des entreprises (DDDD), dont les partisans affirment qu’elle pourrait considérablement contribuer à prévenir les abus commis par les entreprises qui exportent vers l’Europe.
Les soupçons de corruption et de violation des droits humains dans le secteur des énergies renouvelables doivent être combattus avec fermeté, faute de quoi ils risquent de faire dérailler la transition verte de l’UE.
– Frédéric Simon
Les principales actualités de la semaine
Pour approfondir
- Germany to back €20 billion bid to build hydrogen pipe network (en anglais) — Nikolaus J. Kurmayer
- Siemens Energy: Germany to bail out key green transition player for €7.5bn (en anglais) – Nikolaus J. Kurmayer
- EU agrees mineral supply targets to cut reliance on China (en anglais) — Euractiv.com avec Reuters
- One Polar Summit : la Norvège sommée de revoir sa stratégie d’exploitation en Arctique — Paul Messad
- UK sued for counting wood burning with carbon capture as ‘negative emissions’ (en anglais) — Frédéric Simon
- Germany boosts the independence of its electricity grid regulator (en anglais) — Nikolaus J. Kurmayer
- Normes Euro 7 : le Parlement européen adopte sa position — Sean Goulding Carroll
- Berlin trouve un compromis sur le prix de l’électricité pour l’industrie allemande — Nikolaus J. Kurmayer
- Indonesia, Malaysia seek more time to implement EU anti-deforestation law (en anglais) — Frédéric Simon
Agenda
- 20 NOVEMBRE. Débats et votes en plénière sur le règlement sur les emballages et les déchets d’emballages.
- 20 NOVEMBRE. Débats et votes en plénière sur le règlement pour une industrie « zéro net ».
- 21 NOVEMBRE. Cadre de l’Union européenne pour la surveillance des forêts et plans stratégiques.
- 30 NOVEMBRE-12 DÉCEMBRE. Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP 28), Dubaï.
- 6 DÉCEMBRE. Protection des animaux en cours de transport.
- 7 DÉCEMBRE. Trilogue final sur la directive sur la performance énergétique des bâtiments (DPEB).
- 14-15 DÉCEMBRE. Conseil européen.
- 18 DÉCEMBRE. Conseil « Environnement ».
- 19 DÉCEMBRE. Conseil « Energie ».
- Q1 2024 (à confirmer selon la lettre au Parlement du vice-président de la Commission Maroš Šefčovič)
- Communication sur les technologies de stockage du carbone.
- Communication sur l’objectif climatique 2040.
- Communication sur la résilience de l’eau.
- Communication sur les matériaux avancés pour la primauté industrielle
- 22-25 AVRIL. Dernière session plénière du Parlement européen avant les élections européennes.
- PRINTEMPS 2024. Première Évaluation européenne des risques climatiques.
- 6-9 JUIN. Élections européennes.
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[Édité par Paul Messad]