Le Haut conseil pour le climat doute de la capacité du gouvernement à aller « jusqu’au bout » de ses ambitions écologiques

Avant la publication du 4e rapport du Haut conseil pour le climat jeudi (30 juin), les services de la Première ministre avouaient ne pas savoir quelles suites donner à l'ensemble de la soixantaine de recommandation du rapport.

Euractiv France
France’s newly appointed Prime Minister Elisabeth Borne
Dans son 4ème rapport publié ce jeudi 30 juin, le Haut conseil pour le climat salue le repositionnement des sujets climatiques au cœur de la politique française, mais doute de la capacité du gouvernement à aller « jusqu’au bout ». [EPA-EFE/LUDOVIC MARIN / POOL MAXPPP OUT]

Avant la publication du 4e rapport du Haut conseil pour le climat (HCC) jeudi (30 juin), les services de la Première ministre avouaient ne pas savoir quelles suites donner à l’ensemble de la soixantaine de recommandations du rapport.

Le 16 avril dernier, pendant la campagne d’entre-deux-tours des élections présidentielles, Emmanuel Macron faisait la promesse que « la politique [qu’il mènerait] dans les cinq ans à venir, sera écologique ou ne sera pas ».

Si les services de Matignon font savoir qu’ils ne savent pas encore quelles suites le gouvernement donnera à la soixantaine de recommandations du HCC, ils assurent que l’exécutif se focalise déjà sur un certain nombre de sujets clés.

Parmi ceux-ci, l’adaptation aux conséquences immédiates du changement climatique (fortes chaleurs, inondations, gel, etc…). Le gouvernement travaillera sur ces problématiques dès cet été indiquent les services de la Première ministre. Certaines mesures sont d’ailleurs déjà en cours de concrétisation. 

Les autorités cherchent ainsi à s’aligner sur les programmes mis en place par l’Union européenne (UE), comme la « Mission Adaptation au changement climatique ».

Financée par le programme européen de recherche et d’innovation Horizon, la mission offre un cadre de développement de mesures de résilience aux territoires européens.

Sobriété énergétique

Autres chantiers pour lesquels le gouvernement n’attendra pas la rentrée de septembre : les économies d’énergie et la sobriété énergétique.

Au-delà des mesures qui seront déjà en cours de traitement dans le futur projet de loi « pouvoir d’achat », Matignon indique qu’il ne s’interdira pas d’agir plus rapidement que le temps d’élaboration de la loi.

Un plan de sobriété sera donc dédié dès juillet, soit une avancée considérable du calendrier puisque le 23 juin, les services du ministère de la Transition énergétique annonçaient que ce n’était pas le moment de s’y atteler, une campagne de sensibilisation étant prévue à l’automne.

Or, le 26 juin, les PDG de Total, EDF et Engie ont publié une tribune dans le JDD appelant les consommateurs et entreprises à limiter « immédiatement » leur consommation énergétique. Le gouvernement semble donc avoir pris acte du fait que « la flambée des prix de l’énergie […] menace notre cohésion sociale et politique » comme préviennent les trois énergéticiens.

Reboiser

Les services gouvernementaux insistent également sur la mise en place rapide de mesures pour la gestion de l’eau, des îlots de chaleur en ville, des littoraux et de reboisement du territoire.

La France compte énormément sur ce dernier point pour répondre aux objectifs européens de baisse des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 55% en 2030 par rapport à 1990.

L’effort français porte en effet sur une réduction de ses émissions de 50% à laquelle s’ajoute une compensation de 5% grâce aux puits de carbone forestiers indique Matignon.

En revanche, le rapport déclare que le développement des énergies renouvelable est encore « insuffisant ». Ce à quoi la Première ministre répondait, mercredi (29 juin), que « de nouvelles mesures pour simplifier les installations seront présentées d’ici la fin de l’été ».

Gouvernance

Le HCC, qui est chargé d’évaluer la stratégie climatique du gouvernement, doute pourtant de la capacité du gouvernement à aller « jusqu’au bout » de ses ambitions, notant que « les instruments de planification sont insuffisamment développés et articulés »

Pour preuve, seulement 6 orientations sectorielles sur 25 de la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) bénéficient des mesures adéquates pour atteindre les objectifs que s’est fixée la France.

Le secteur de l’énergie est par ailleurs le seul secteur dont les émissions sont inférieures aux budgets carbone sectoriel de la SNBC.

Pour répondre à ces incertitudes, la France va déployer en 2023 une nouvelle stratégie française énergie climat (SFEC) regroupant les différents cadres législatifs et réglementaires relatifs à l’action climatique française.

La direction de la SFEC sera directement confiée à la Première ministre. En revanche, l’exécution et l’organisation des actions à mener seront déléguées au Secrétariat général à la planification écologique (SGPE) qui devrait prendre forme à la fin de l’été.

En parallèle, les autorités organiseront une série de « débats publics et de consultations larges » dès la fin du mois de septembre. La présence du ministre de la Transformation et de la Fonction publique, Stanislas Guerini, lors de la remise du rapport à la Première ministre marque également la volonté du gouvernement de former ses administrations aux problématiques écologiques.