Le manque de fonds pour les réfugiés palestiniens menace la stabilité régionale, selon l'ONU

L’agence des Nations unies pour les réfugiés de Palestine est « un agent de stabilité » dans la région, mais le manque de fonds et la banalisation du conflit israélo-palestinien menacent le travail de l’agence dans une « région volatile ».

EURACTIV.com
Philippe Lazzarini in Beirut
Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient [EPA-EFE/WAEL HAMZEH]

L’agence des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA) est « un agent de stabilité » dans la région, mais le manque de fonds et la banalisation du conflit israélo-palestinien menacent le travail de l’agence dans une « région volatile », a averti le directeur de l’agence aux législateurs européens.

« Votre investissement dans l’éducation, la dignité et l’espoir des réfugiés palestiniens est sans aucun doute un investissement dans la stabilité et la paix régionales », a déclaré le chef de l’agence, Philippe Lazzarini, à la commission des Affaires étrangères de l’UE (AFET) mercredi (31 août).

L’UNRWA assure l’accès à l’éducation à plus d’un demi-million de jeunes réfugiés et aux soins de santé à environ deux millions palestiniens à Gaza, en Cisjordanie, en Syrie, au Liban et en Jordanie.

L’UE est l’un des principaux donateurs de l’agence des Nations unies et a récemment signé un accord portant sur une contribution de 97 millions d’euros pour soutenir les activités de l’UNRWA en 2022. Cette contribution comprend 15 millions d’euros provenant de la facilité alimentaire et pour la résilience visant à atténuer l’impact de la crise ukrainienne.

« L’UE, en tant que partenaire à long terme de l’UNRWA, s’engage à maintenir un soutien politique et financier à ses activités », a déclaré Josep Borrell, Haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères.

M. Lazzarini a toutefois averti que la capacité de l’UNRWA à fournir des services de base aux réfugiés palestiniens était menacée en raison d’un sous-financement chronique et de la diminution du soutien de la communauté internationale. Cette situation ayant pour effet d’accroître « le désespoir et le sentiment d’abandon » dans les camps de réfugiés palestiniens.

« Le désespoir dans une région aussi volatile et déjà désespérée n’est pas une bonne recette », a-t-il déclaré, ajoutant que « cette menace est réelle et ne doit pas être sous-estimée. »

Au mois de mai, l’agence des Nations unies a mis en garde contre la diminution du soutien financier, appelant l’UE et les autres donateurs à maintenir les fonds.

« Nous avons réduit les coûts opérationnels de plus de 600 millions de dollars depuis 2015. Aujourd’hui, nous avons atteint les limites des mesures d’austérité et de contrôle des coûts », a déclaré M. Lazzarini.

Changement de priorités

S’adressant aux députés européens, il a souligné la dégradation des conditions de vie des réfugiés dans les pays d’accueil, précisant que la guerre en Ukraine a encore détérioré la situation.

« L’évolution des priorités géopolitiques, les dynamiques régionales changeantes et l’émergence de nouvelles crises humanitaires ont privé de priorité le conflit israélo-palestinien », a-t-il déclaré aux législateurs européens.

« La flambée des prix des denrées alimentaires et des produits de base plonge les réfugiés palestiniens de la région dans une pauvreté accrue, plus de 80 % d’entre eux vivant sous le seuil de pauvreté à Gaza, au Liban et en Syrie », a-t-il indiqué.

En outre, l’instabilité de la région s’aggrave.

« Les perspectives sécuritaires et économiques du Moyen-Orient et des plus importants pays d’accueil se sont aggravées », a déclaré à EURACTIV Paolo Maggiolini, chercheur à l’Université catholique de Milan.

Les violences dans la région se sont intensifiées au début du mois d’août, suite aux frappes aériennes du Hamas sur Israël.

En raison des affrontements, soixante familles de réfugiés palestiniens ont perdu leur maison, et dix-sept enfants ont été tués, a déclaré M. Lazzarini aux eurodéputés.

M. Maggiolini estime que la disparition de l’agence risque de déstabiliser une région déjà instable, car « les États sont presque incapables de fournir seuls une aide aux réfugiés palestiniens. »

Selon lui, le manque de ressources financières est « problématique » car l’UNRWA offre des services de type gouvernemental aux Palestiniens, comme les soins de santé et l’accès à l’école.

Controverse sur les manuels scolaires

Au cours de la réunion de la commission, les eurodéputés se sont également concentrés sur la controverse relative aux manuels scolaires palestiniens qui comporteraient des propos antisémites. Cette situation a retardé le versement des fonds européens destinés à l’Autorité palestinienne jusqu’en juin.

Face aux préoccupations de certains députés, M. Lazzarini a déclaré que des rapports indépendants ont prouvé que les manuels sont conformes aux normes de l’UNESCO.

« Nous examinons les manuels de tous les pays en donnant des conseils à nos enseignants pour garantir que l’éducation dispensée est conforme aux valeurs et aux normes de l’UNESCO », a-t-il déclaré.