Le pont de Messine déclenche une polémique sur les contributions de l'Italie à l'OTAN
L'examen par l'OTAN du pont italien de Messine, d'une valeur de 13,5 milliards d'euros, a ravivé les tensions, alors que les États-Unis insistent pour que leurs alliés respectent leurs engagements en matière de dépenses de défense.
Les États-Unis ont mis en garde les alliés européens contre le recours à une comptabilité créative pour atteindre l’objectif de 5 % des dépenses de l’OTAN. Un avertissement qui semble viser le projet controversé de l’Italie de positionner le pont du détroit de Messine parmi les dépenses militaires.
Dans une interview accordée à Bloomberg, l’ambassadeur américain auprès de l’OTAN, Matthew Whitaker, a déclaré que plusieurs alliés adoptaient « une vision très large » des coûts de défense et a souligné que les contributions devaient être « spécifiquement liées à la défense ».
« Je suis cela de près », a-t-il insisté en faisant allusion au projet Messine de 13,8 milliards d’euros, citant de nouveaux mécanismes de contrôle qui rendent le processus plus transparent que lors du sommet de l’OTAN au Pays de Galles en 2014.
Le ministère italien des Infrastructures a tenté mercredi 3 septembre de désamorcer les tensions, insistant sur le fait que le pont est « déjà financé » et que le recours aux fonds de l’OTAN « n’est ni à l’ordre du jour ni une exigence indispensable ».
Pourtant, des membres du gouvernement italien, dont le ministre des Transports Matteo Salvini, ont à plusieurs reprises présenté le pont comme un projet potentiel à « double usage », à la fois civil et militaire.
« Il est évident qu’il peut avoir un double usage, y compris pour des raisons de sécurité », a déclaré Matteo Salvini le 6 août, ajoutant que toute décision finale sur la prise en compte du pont dans les dépenses de l’OTAN relève des ministres des Finances et de la défense.
Les partis d’opposition ont rejeté l’idée. L’eurodéputé Cinq étoiles Pasquale Tridico a qualifié le pont de « cathédrale dans le désert » alors que la Calabre souffre de routes délabrées, d’hôpitaux obsolètes et de pénuries d’eau.
Le député vert Angelo Bonelli a estimé que le refus de l’OTAN mettait en évidence le fait que les affirmations du gouvernement sur la valeur stratégique du pont étaient « un conte de fées ».