Le pouvoir à tout prix : le numéro d’équilibriste de Pedro Sánchez face aux séparatistes

Sous pression des séparatistes, le Premier ministre espagnol multiplie les contorsions pour rester au pouvoir. Entre négociations controversées, tensions internes et scandales, sa coalition vacille.

EURACTIV Espagne
Spanish Prime Minister Pedro Sanchez is seen during the
Pedro Sánchez, Premier ministre espagnol. [Getty Images/Guillermo Gutierrez_SOPA Images_LightRocket ]

L’Espagne revient à la charge pour faire reconnaître le catalan, le galicien et le basque comme langues officielles de l’Union européenne, une demande qui est à nouveau portée ce vendredi 18 juillet lors de la réunion des ministres européens des Affaires étrangères. L’initiative est largement perçue comme une tentative du Premier ministre Pedro Sánchez de ménager ses alliés séparatistes, dont le soutien, bien que crucial à la survie de son gouvernement, est de plus en plus incertain.

Si des sources diplomatiques européennes estiment que le vote aura peu de chances d’aboutir, le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares soulèvera à nouveau la question lors du Conseil « Affaires générales » ce vendredi, sous la pression du parti catalan Ensemble pour la Catalogne (JxCAT).

Cette initiative est la dernière d’une série de concessions risquées accordées par Pedro Sánchez pour s’assurer le soutien des forces régionalistes indépendantistes.

La survie de la coalition au pouvoir, qui a obtenu une majorité de justesse en 2023, dépend à la fois du soutien du Gauche républicaine de Catalogne (ERC) et du parti de droite JxCAT. Bien que souvent en désaccord, les deux partis séparatistes s’unissent pour faire pression en faveur de concessions à Madrid. Cette situation vaut à Pedro Sánchez d’être accusé par l’opposition de sacrifier l’unité nationale pour assurer sa survie politique.

Un casse-tête permanent

En échange de son soutien à la réélection de Pedro Sánchez, JxCAT a obtenu la promesse de faire reconnaître le catalan comme langue officielle de l’UE. Cette demande faisait partie d’un accord plus large qui comprenait également la loi controversée sur l’amnistie pour les centaines de séparatistes impliqués dans la tentative d’indépendance de la Catalogne entre 2012 et 2023.

La loi a été adoptée de justesse au parlement, avec une majorité très faible de 177 voix contre 172. Très critiqué, Pedro Sánchez a défendu la loi, la voyant comme un « pas vers la réconciliation ». Toutefois, Bruxelles a soulevé des préoccupations relatives à l’État de droit et la Cour de justice de l’UE se penche actuellement sur sa légalité.

JxCAT, dirigé par l’ancien leader catalan en exil Carles Puigdemont, reste un partenaire imprévisible. Ses sept voix au parlement sont essentielles pour Pedro Sánchez, et le député du Partido Popular (PP), parti d’opposition de droite, parle d’un « chantage continu des partis séparatistes ».

Divisions internes croissantes

Des tensions sont également apparues au sein du bloc au pouvoir.

Cette semaine, JxCAT a rejeté un projet de « modèle unique » de financement pour la Catalogne soutenu par l’ERC et le Parti socialiste-ouvrier espagnol (PSOE) de Pedro Sánchez. JxCAT le juge insuffisant et a exigé à la place une souveraineté fiscale totale similaire au modèle basque.

La controverse a également atteint le PSOE. Emiliano García-Page, président régional de Castille-La Manche, a averti que le parti « ne pouvait rester au pouvoir à tout prix », qualifiant l’accord fiscal d’« attaque dramatique contre l’égalité entre les Espagnols ».

Les partis d’opposition, quant à eux, ont qualifié cet accord de « cadeau politique » aux séparatistes.

Vers une plus grande autonomie

JxCAT et le PSOE ont présenté une proposition visant à accorder à la Catalogne des pouvoirs en matière d’immigration, y compris une autorité limitée en matière d’expulsion, ce qui a suscité de vives critiques de la part de l’opposition.

Le parti d’extrême droite Vox a déclaré que ce plan pourrait être « la dernière étape avant une indépendance de facto », tandis que l’ERC l’a salué comme s’inscrivant dans un plan continu visant à « réduire la présence de l’État » en Catalogne.

Bien que le contrôle total des frontières ne soit pas à l’ordre du jour, le gouvernement Sánchez a accepté de donner à la Catalogne une autorité partielle sur les ports et les aéroports à partir de septembre.

Scandales et revirements

Pour compliquer encore la situation de Pedro Sánchez, JxCAT et l’ERC ont menacé de retirer leur soutien à la suite d’un rapport de police révélant un réseau de pots-de-vin, d’appels d’offres truqués et de trafic d’influence impliquant d’anciens membres du gouvernement, de hauts responsables socialistes, l’entourage proche du Premier ministre et, potentiellement, Pedro Sánchez lui-même.

Lors d’un récent débat au parlement, le Premier ministre a accusé JxCAT de « chantage permanent ». Interrogé sur l’état de la coalition, un porte-parole du PSOE a toutefois confié à Euractiv que les « réunions mensuelles » avec les séparatistes se poursuivaient, même si elles restaient « discrètes ».

Alors que le Premier ministre est confronté à une pression croissante tant au sein de sa coalition que de la part de ses adversaires politiques, la question reste de savoir combien de temps il pourra maintenir cet équilibre fragile.

« Le temps presse », a prévenu un porte-parole de JxCAT à l’intention de Pedro Sánchez la semaine dernière.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]