Le rêve européen de transports propres est ralenti
Des projets de relance de l’industrie européenne des véhicules à faibles émissions de carbone, accompagnés d’un paquet important sur les infrastructures, ont rencontré une certaine opposition lors d’une réunion des ministres européens des transports hier (11 mars). Les États membres déplorent l’utilisation de fonds publics pour atteindre des objectifs ambitieux.
Des projets de relance de l’industrie européenne des véhicules à faibles émissions de carbone, accompagnés d’un paquet important sur les infrastructures, ont rencontré une certaine opposition lors d’une réunion des ministres européens des transports hier (11 mars). Les États membres déplorent l’utilisation de fonds publics pour atteindre des objectifs ambitieux.
Les voitures sont responsables de 12 % des émissions de carbone en Europe et ce pourcentage est en augmentation. Le réseau européen de transport dépend à 94 % du pétrole, dont 84,3 % est importé, parfois en provenance de régions instables. La nécessité d'une diversification du carburant est largement reconnue.
Le commissaire en charge des transports, Siim Kallas, a dévoilé plus tôt cette année des propositions qui visent à multiplier par dix ou plus le nombre de bornes de recharge et de stations de ravitaillement pour les véhicules à base de carburants non conventionnels tels que l'électricité, l'hydrogène et le gaz.
Lors d'une réunion du conseil hier, plusieurs États membres de l'UE se sont cependant opposés aux dépenses nécessaires à la réalisation de ces objectifs d'ici 2020. Ils sont en particulier contre une obligation qui permettrait à 10 % de bornes de recharge d'être accessibles au public.
« Il est normal et naturel pour des États membres qui doivent augmenter leurs impôts afin de payer ce qu'ils doivent de s'inquiéter des coûts », a déclaré le ministre irlandais des transports, Leo Varadkar, lors d'une conférence de presse à Bruxelles. « Et de soulever des questions sur les dates clés éventuelles et le nombre de bornes de recharge nécessaires. »
« Des questions se posent également sur la technologie en évolution constante », a-t-il poursuivi. « Personne ne veut investir des sommes d'argent importantes dans une technologie qui pourrait s'avérer obsolète assez rapidement. »
Les voitures en circulation d'ici 2020
La proposition de l'UE impose également une distance maximum de 300 kilomètres (km) entre les stations de ravitaillement en hydrogène et de 400 km entre celles en gaz naturel liquéfié (GNL) sur les routes principales. Des stations en GNL seraient également installées dans 10 % des plus grands ports d'Europe.
Une distance maximum de 150 km entre les stations de ravitaillement en gaz naturel comprimé (GNC) permettrait de dissiper l'« angoisse de l'autonomie » pour le million de véhicules européens qui consomment actuellement ce carburant.
En ce qui concerne les véhicules électriques, l'UE a l’intention de multiplier le nombre de bornes de recharge selon les projets de production de voitures à faibles émissions de carbone dans chaque État membre.
Au Royaume-Uni, le nombre de bornes de recharge passerait donc de 703 l'année dernière à 1,22 million en 2020. En Allemagne, il passerait de 1 937 à 1,5 millions et en France, de 1 600 à 970 000.
Les probabilités d'atteindre cet objectif d'ici 2020 diminuent, même si l'on reconnaît la nécessité de mettre fin à la dépendance de l'Europe vis-à-vis des importations de pétrole et de maintenir la compétitivité dans une course mondiale aux voitures propres qui implique désormais la Chine, les États-Unis et le Japon.
Dates clés et objectifs
« Je pense qu'il est plutôt évident que nous devons réexaminer les dates clés de la Commission et éventuellement ajuster quelque peu les objectifs », a déclaré à EURACTIV Marcella Smyth, une porte-parole de la présidence irlandaise. « Si vous regardez les objectifs, les inquiétudes concernent la capacité à les atteindre. »
L'Irlande est sur le point de respecter ses obligations en matière de transport propre, selon Mme Smyth, « mais d'autres ont déclaré qu'ils estimaient que les objectifs étaient trop ambitieux ».
Lors d'une conférence de presse qui a suivi le conseil, le commissaire Kallas a précisé : « Nous n'envisageons pas la mise à disposition ou l'utilisation de grandes quantités de fonds publics pour ces propositions. »
La plupart des 10 milliards d'euros nécessaires au projet devraient provenir du secteur des transports, qui veut briser le cercle vicieux qui empêche la construction de véhicules à faibles émissions de carbone en raison d'un manque d'infrastructure.
Les projets de l'UE n'obligent pas les États membres à débourser de l'argent pour de nouvelles infrastructures de ravitaillement. Les États membres doivent cependant prendre les dispositions nécessaires pour installer ces infrastructures afin d'atteindre l'objectif de la Commission.
Des occasions pour l'emploi et la croissance
Le groupe de pression de défense de l'environnement Transport and Environment considère ces infrastructures comme des occasions pour l'emploi et la croissance, en raison de la forte intensité de main-d'oeuvre qui les caractérise. Ces infrastructures ne devraient pas nécessairement être gratuites non plus.
« Les gouvernements peuvent introduire une série de mécanismes pour encourager [l'utilisation] », a déclaré Greg Archer, responsable du programme pour des véhicules propres chez Transport & Environment. « Ils pourraient par exemple mettre en place des impôts sur les ventes de carburants fossiles pour les personnes qui ne soutiennent pas l'introduction d'infrastructures de ravitaillement non conventionnelles.
D'ici 2050, la stratégie « Transports 2050 » de la Commission vise à réduire les émissions du secteur des transports à au moins 60 % par rapport aux niveaux de 1990. « L’adoption de voitures à très faibles émissions de carbone n’aura pas lieu sans développement complémentaire d'infrastructures de recharge et de ravitaillement », a déclaré M. Archer à EURACTIV.
La présidence irlandaise a indiqué qu'elle publierait un rapport de suivi sur le paquet relatif aux transports propres d'ici la fin du mois de juin.