Le secteur du vin européen se cherche un nouveau cadre politique

L’évolution des goûts des consommateurs et le changement climatique mettent le secteur vitivinicole sous pression. Mercredi 11 septembre, un nouveau forum européen sera lancé afin de trouver des solutions pour relancer le marché.

EURACTIV.com
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Le groupe de haut niveau pour le secteur vitivinicole de l’UE cherchera à identifier de nouvelles solutions pour sortir de la crise du marché et de la consommation. Son travail servira de base à la création d’un nouveau cadre législatif européen l’année prochaine. [Shutterstock/JakobKaja photo]

L’évolution des goûts des consommateurs et le changement climatique, entre autres, mettent le secteur vitivinicole sous pression. Mercredi 11 septembre, un nouveau forum européen sera lancé afin de trouver des solutions pour relancer le marché.

Le Groupe de haut niveau pour le secteur vitivinicole de l’Union européenne (UE) va chercher à identifier de nouvelles solutions pour sortir le secteur vitivinicole de la crise. Son travail servira de base à la création d’un nouveau cadre législatif européen l’année prochaine.

« Nous avons besoin d’une approche stratégique, d’une nouvelle façon de penser ce secteur », avait insisté le chef d’unité de la direction générale de l’Agriculture de la Commission européenne, Pierre Bascou, devant les eurodéputés le 5 septembre dernier, lors d’une réunion de la commission de l’Agriculture et du Développement rural du Parlement européen.

Selon le calendrier des rencontres du groupe de travail, différentes organisations du secteur vitivinicole (AREV, CEEV, CopaCogeca, EFOW, CEVI, Via Campesina, IFOAM) ont été invitées pour cette première réunion. De hauts représentants des États membres de l’UE devraient également participer aux rencontres.

Deux autres réunions suivront en octobre et novembre, avant une présentation de conclusions et de recommandations politiques en décembre. La Commission européenne se servira de ces travaux pour faire des propositions législatives à l’été 2025, a précisé Pierre Bascou.

L’adaptation du cadre politique

L’UE est le premier producteur, consommateur et exportateur mondial de vins. Après deux décennies de croissance des exportations européennes — qui ont triplé en valeur —, le groupe se réunit dans un contexte de crise conjoncturelle et structurelle majeure.

L’inflation et l’imprévisibilité des récoltes, liée à des conditions météorologiques extrêmes, comme les sécheresses ou les pluies trop abondantes, mettent le marché à rude épreuve.

À ceci s’ajoute un déclin à long terme de la consommation de vin dans l’UE, qui a baissé de 24 % entre 2010 et 2020, et qui devrait stagner entre 2020 et 2031, selon la Commission.

Ces questions sont d’autant plus cruciales pour l’Union que ce marché représente 100,3 milliards d’euros, créant une contribution au produit intérieur brut (PIB) de l’UE de 130 milliards d’euros, soit à 0,8 % du total.

« Le secteur vitivinicole de l’UE doit s’adapter à ces nouvelles réalités et le cadre politique doit être adapté pour accompagner la transition  », explique la Commission européenne dans un communiqué.

Faut-il relancer la consommation intérieure ?

Lors du débat en commission parlementaire, les eurodéputés avaient enjoint ce groupe à prendre des décisions claires pour le secteur.

Les eurodéputés de droite ont appelé au retour d’une politique de promotion du vin pour relancer la consommation, alors que la directive européenne sur les services de médias audiovisuels (SMA) limite la publicité pour les alcools dans les médias.

Les membres du PPE ont également demandé de mettre fin à l’étiquetage sanitaire des vins dans l’UE, comme l’impose le règlement irlandais validé par la Commission européenne en janvier 2023.

La question sanitaire reste toutefois controversée. En 2023, les eurodéputés — principalement de gauche — avaient signé un rapport élaboré par la commission spéciale du Parlement européen sur la lutte contre le cancer (BECA) qui se basait sur le plan européen pour vaincre le cancer élaboré par la Commission, dont les objectifs étaient de réduire la consommation d’alcool de 10 % d’ici 2025.

Dessiner la future PAC

Alors que les travaux du groupe fourniront des éléments pour préparer la réforme de la Politique agricole commune (PAC) post-2027, celle-ci devra « réorienter les aides, en étant plus ciblées vers l’emploi et des modes de production plus durables », a avancé l’eurodéputé Arash Saeidi (La Gauche).

Pour le député belge Benoît Cassart (Renew), la prochaine PAC ne doit pas ajouter d’aide directe pour les viticulteurs — qui n’existent pas aujourd’hui — mais garantir « l’amélioration des outils d’autorisation de plantations, avec des systèmes assurantiels plus proches des réalités de terrain ».

Pour la Commission européenne, l’autorisation de plantation et replantation ou la possibilité de produire des vins désalcoolisés font partie des mesures qui ont permis au secteur de consolider la filière ces dernières années.

Il faudra toutefois « renforcer la résilience », ajoutait Pierre Bascou, notamment en aidant les producteurs à lutter contre le réchauffement climatique, avec de nouvelles techniques génomiques, de meilleurs systèmes assurantiels ou encore la numérisation.

De leur côté les députés français ont soutenu la PAC devraient fournir des aides à l’arrachage de vignes dans les régions de surproduction. Ces aides sont pour aujourd’hui nationales, bien qu’encadrées par le droit européen et autorisées par la Commission.

Les représentants des producteurs en première ligne

« Nous aimerions que cette première réunion serve tout d’abord à reconnaître que le déclin structurel à long terme de la consommation de vin, en particulier sur les marchés traditionnels, est au cœur de la crise actuelle du secteur vitivinicole de l’UE », a annoncé à Euractiv Ignacio Sánchez Recarte, Directeur général du Comité Européen des Entreprises Vins (CCEV).

Les décideurs « devraient se concentrer sur les marchés du vin et sur les besoins et demandes des consommateurs, et pas seulement sur le fonctionnement de la chaîne d’approvisionnement du vin », poursuit-il.

Contactée par Euractiv, la Via Campesina, syndicat d’agriculteurs paysan, compter porter « des mesures visant à garantir des prix équitables qui couvrent les coûts de production », et qui permettent de « lutter contre la concentration des terres », comme avancé dans le dialogue stratégique.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]