Le sommet de l’UE a été un « échec total » pour les Balkans occidentaux, selon une eurodéputée

EURACTIV s’est entretenu avec l’eurodéputée Viola Von Cramon-Taubadel après le sommet de l’UE principalement axé sur l'élargissement, avec notamment la décision d’accorder le statut de candidat à l'UE à l’Ukraine et à la Moldavie.

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Mme Von Cramon-Taubadel a toutefois estimé qu'accorder le statut de candidat à l'Ukraine et à la Moldavie était « bon marché » et n’avait que peu de valeur pratique. Les discussions avec les dirigeants des Balkans occidentaux ont été un échec total et les maigres résultats obtenus n’ont pu que rendre Vladimir Poutine heureux, [European Parliament Multimedia Centre]

EURACTIV s’est entretenu avec l’eurodéputée Viola Von Cramon-Taubadel après le sommet de l’UE des 23 et 24 juin, principalement consacré aux questions d’élargissement, avec comme faits marquants une réunion largement insatisfaisante avec les dirigeants des pays des Balkans occidentaux et une « décision historique » d’accorder le statut de candidat à l’Ukraine et à la Moldavie.

Mme Von Cramon-Taubadel a toutefois estimé que cette décision était « bon marché » et n’avait que peu de valeur pratique. Selon elle, les discussions avec les dirigeants des Balkans occidentaux ont été un échec total et les maigres résultats obtenus n’ont pu que rendre Vladimir Poutine heureux.

L’eurodéputée Viola Von Cramon-Taubadel (Verts/Allemagne) est vice-présidente de la délégation à la commission parlementaire d’Association UE-Ukraine, membre de la commission des Affaires étrangères et membre de la délégation à la commission parlementaire de Stabilisation et d’Association UE-Serbie.

Elle s’est entretenue avec Georgi Gotev, d’EURACTIV.

Quel est votre point de vue sur ce sommet « géopolitique » ?

Permettez-moi de le dire ainsi : la décision sur la Moldavie et l’Ukraine est, disons, vraiment bon marché. Il ne leur coûte rien de donner un statut de candidat dans une situation géopolitiquement très tendue. Ils peuvent rester avec ce statut de candidat sur la liste d’attente, comme nous l’avons observé avec la Turquie et les Balkans occidentaux, pour toujours. Le statut de candidat est le moins que les dirigeants de l’UE puissent faire, sans avoir d’obligations financières. Bien sûr, il est bon d’avoir une unité de l’UE et pour les Ukrainiens d’avoir un objectif, alors qu’ils se battent dans cette terrible guerre.

En ce qui concerne la Géorgie, le pays a un problème. Par le passé, elle était toujours à l’avant-garde en matière de réformes, de lutte contre la corruption et de modernisation de la société. Mais maintenant, ils sont allés complètement dans la mauvaise direction. Et au lieu de combler le fossé, ils l’ont creusé, rendant difficile pour le Conseil européen de leur accorder le même statut que l’Ukraine et la Moldavie. Il n’est que juste de dire : faites d’abord vos devoirs, et ensuite nous vous accorderons le même statut de candidat que nous avons accordé aux deux autres.

Penchons-nous maintenant sue les Balkans occidentaux. Quels ont été les résultats de ce sommet ?

Ce sommet pour les Balkans occidentaux a été un échec total. Je dois avouer que je suis terriblement déçue, et alors que la Commission se qualifiait de Commission géopolitique, voyons, c’est une blague. Regardez, ils les ont laissés venir à Bruxelles, tous les six, et ils ne leur ont rien donné, ils n’ont rien fait. La Bosnie n’a pas non plus obtenu le statut de candidat, pire encore, la Macédoine du Nord et l’Albanie n’ont pas obtenu les négociations d’adhésion, et le Kosovo n’a pas obtenu la libéralisation des visas, une question qui traîne depuis quatre ans maintenant.

C’est vraiment un signal désastreux. Il n’y a qu’une seule personne heureuse de cette situation, et cette personne siège au Kremlin.

Nous avons omis lors de ce sommet d’envoyer le message clair que la Serbie devait s’aligner sur la politique étrangère de l’UE et les sanctions contre la Russie. Pourquoi cela ?

Peut-être — et je l’ai également entendu de la part de la société civile à Belgrade récemment — qu’ils ne veulent pas échanger des sanctions contre des principes démocratiques. Ils ont très peur que si vous insistez sur les sanctions, vous deviez renoncer aux principes démocratiques — liberté des médias, pluralisme des partis, etc. Je ne suis donc pas très surprise. Le véritable argument devrait être le suivant : si vous ne vous alignez pas sur la politique étrangère, alors nous suspendrons les fonds. Mais je n’ai entendu personne dire cela.

Les initiatives régionales comme celle des « Balkans ouverts » (dont Belgrade est le fer de lance) sont-elles bonnes ou mauvaises ?

Il s’agit d’une initiative qui n’est pas fondée sur des principes, ni sur des normes et des critères, et si nous la mettons en œuvre, nous porterons atteinte au processus d’adhésion à l’UE basé sur le mérite. Je ne la soutiendrai donc pas.

Que pensez-vous de l’idée d’une communauté politique proposée par Emmanuel Macron ?

Si vous voulez vraiment créer quelque chose pour une Europe élargie, c’est très bien, mais j’ai entendu dire que la conception de ce nouveau format pourrait être celle d’une liste d’attente permanente pour tous ces pays. Cela soulève de sérieuses questions. Le moins que je puisse dire est que le concept a besoin d’une redéfinition plus claire.