LEAK : 70 % des tourbières asséchées de l’UE doivent être restaurées d’ici 2050
D’ici 2050, les États membres devront avoir restauré au moins 70 % des tourbières drainées à des fins agricoles, dont au moins la moitié devra avoir été remise en eau.
D’ici 2050, les États membres devront avoir restauré au moins 70 % des tourbières drainées à des fins agricoles, dont au moins la moitié devra avoir été remise en eau. C’est ce qu’indique la proposition de règlement de la Commission européenne sur la restauration de la nature qui a fait l’objet d’une fuite et a été consultée par EURACTIV.
La proposition, qui doit être présentée le 23 mars, vise à enrayer la perte de biodiversité en Europe en inscrivant les objectifs de restauration des écosystèmes dans la réglementation tout en renforçant la contribution du secteur de l’affectation des terres aux ambitions climatiques globales pour 2030.
Un élément clé de cette ambition concerne la restauration et la remise en eau des tourbières.
Contenant jusqu’à un tiers du carbone terrestre mondial, les tourbières sont des zones stratégiques essentielles pour l’atténuation du changement climatique. Elles offrent également un habitat unique pour diverses espèces de la faune et de la flore qui sont spécifiquement adaptées à un environnement acide et pauvre en oxygène, ce qui accroît la biodiversité régionale.
Cependant, bon nombre de ces tourbières ont été drainées afin d’augmenter la productivité des sols pour l’agriculture ou la sylviculture, libérant ainsi le carbone qu’elles contenaient dans l’atmosphère sous forme de dioxyde de carbone.
Pour remédier à cette situation, la proposition présente un programme avec des objectifs toujours plus ambitieux jusqu’en 2050.
À court terme, le texte indique que 30 % de ces zones, dont au moins un quart sera remise en eau, devront être restaurées d’ici 2030. Ensuite, d’ici 2040, ce pourcentage passera à 50 %, dont au moins la moitié sera remise en eau.
L’objectif ultime à l’horizon 2050 est de voir 70 % des zones agricoles de tourbières drainées restaurées, dont au moins la moitié sera remise en eau.
Utilisation des tourbières
Vantant les avantages de la restauration des tourbières, le projet de règlement indique que leur restauration, ainsi que celle d’autres habitats tels que les marais, les forêts et les bruyères, pourrait rapporter 1 860 milliards d’euros, alors que les coûts estimés pour cette restauration ne sont que de 154 milliards d’euros.
De plus, les bénéfices réels pourraient être encore plus élevés si l’on tient compte des avantages monétaires liés au stockage du carbone, souligne le rapport.
Afin de récolter tous les bénéfices, la restauration et la remise en eau des tourbières drainées à des fins agricoles devraient « s’étendre au-delà des zones concernées par le rétablissement du type d’habitat des zones humides » qui sont déjà protégées par la directive européenne sur les habitats.
Pour apaiser les craintes concernant une éventuelle réduction de la production agricole, la proposition affirme que les tourbières restaurées et remises en eau peuvent continuer à être utilisées de manière alternative.
Elle propose par exemple que la « paludiculture », la pratique de l’agriculture sur les tourbières humides, puisse inclure la culture de divers types de roseaux, de certaines essences de bois, le pâturage de buffles d’eau, la culture de myrtilles et d’airelles ainsi que celle de sphaignes.
« Ces pratiques devraient être fondées sur les principes de la gestion durable et viser à renforcer la biodiversité afin qu’elles puissent avoir une grande valeur tant sur le plan financier qu’écologique », indique le projet.
Il est précisé que la paludiculture peut également être bénéfique pour plusieurs espèces menacées dans l’Union européenne et faciliter la connectivité des zones humides et des populations d’espèces associées sur le territoire de l’Union.
Les oiseaux et les abeilles
La protection des pollinisateurs et les zones non productives dans les exploitations agricoles sont d’autres domaines où le règlement revêt une grande importance pour le secteur agroalimentaire.
Soulignant que près de 5 milliards d’euros de la production agricole annuelle de l’Union sont directement attribués aux insectes pollinisateurs et à une alimentation abordable, le projet rappelle que les pollinisateurs, dont le nombre a considérablement diminué au cours des dernières décennies, sont à la base de la sécurité alimentaire du bloc.
Il insiste donc sur la nécessité de mettre en place des mesures de restauration pour renforcer la biodiversité des écosystèmes agricoles dans l’ensemble du territoire de l’UE, y compris dans les zones qui ne sont pas couvertes par la directive européenne sur les habitats actuellement.
Comme il n’existe aucune méthode commune d’évaluation de l’état des écosystèmes agricoles aujourd’hui, le projet indique qu’il convient de « fixer une obligation générale d’améliorer la biodiversité dans les écosystèmes agricoles » et de mesurer le respect de cette obligation sur la base d’indicateurs existants.
Par exemple, le texte suggère que, les oiseaux des cultures étant des indicateurs clés bien connus et largement reconnus de la santé des écosystèmes agricoles, des objectifs de conservation de ces espèces d’oiseaux devraient être définis.
La proposition souligne également l’importance de la diversité des particularités topographiques sur les terres agricoles, comme des bandes tampons, des haies et des arbres non producteurs, afin de fournir un espace pour les plantes et les animaux sauvages, y compris les pollinisateurs, tout en améliorant le stockage du carbone.
C’est pourquoi il est proposé de fixer une exigence visant à garantir une tendance à la diversification des particularités topographiques sur les terres agricoles, afin de respecter l’engagement suivant : qu’au moins 10 % de la surface agricole consiste en des particularités topographiques hautement diversifiées, comme le prévoit la stratégie de l’Union européenne en faveur de la biodiversité.