Agnès Pannier-Runacher demande à la Commission d’introduire l’hydrogène issu du nucléaire dans la stratégie hydrogène de l’UE

Dans un courrier que s’est procuré EURACTIV France, la ministre de l’Énergie française, Agnès Pannier-Runacher, tente directement auprès de la Commissaire européenne à l’Énergie, Kadri Simson, d’intégrer le nucléaire dans les sources d’énergie pour la production de l’hydrogène dit « vert ».

Euractiv France
Extraordinary Transport, Telecommunications and Energy Council in Brussels
La ministre française de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher s'adresse à la presse au début d'un Conseil extraordinaire "Transports, télécommunications et énergie" au Conseil européen à Bruxelles, Belgique, le 09 septembre 2022. [ STEPHANIE LECOCQ / EPA - EFE]

Dans un courrier que s’est procuré EURACTIV France, la ministre française chargée de l’Énergie, Agnès Pannier-Runacher, tente directement auprès de la Commissaire européenne à l’Énergie, Kadri Simson, d’intégrer le nucléaire dans les sources d’énergie pour la production de l’hydrogène dit « vert ».

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L’Union européenne dévoilait en mai son programme REPowerEU pour faire face aux effets de la crise du gaz et enclencher la transition énergétique du continent.

L’une des mesures phare de ce programme était l’objectif affiché de produire 10 millions de tonnes d’hydrogène renouvelable par an d’ici 2030 ansi qu’un volume équivalent d’hydrogène importé.

Mais selon Agnès Pannier-Runacher, les règles actuelles de production d’hydrogène vert ne laissent que peu de place à l’électricité dite « bas-carbone » produite en France, en grande partie par le nucléaire.

Or, compte tenu de « la priorité absolue de la prochaine décennie pour l’hydrogène, […] seul compte le contenu carbone de l’hydrogène produit et non le vecteur de production », écrit la ministre française de la Transition énergétique à la commissaire européenne.

Et selon elle, « plusieurs difficultés […] mettent en risque l’atteinte de nos objectifs communs ».

D’abord, Agnès Pannier-Runacher rappelle à Kadri Simson que le principe d’additionnalité « s’applique mal aux pays disposant d’un mix électrique déjà largement décarboné, où l’approvisionnement en électricité par le réseau doit être traité à parité avec des approvisionnements directs par des contrats avec des sources renouvelables »

Le principe d’additionnalité, dont la mise en œuvre est renvoyée aux négociations (trilogues) entre le Parlement européen, la Commission et les États membres en fin d’année, consiste à éviter la cannibalisation entre l’utilisation d’électricité verte destinée à la production d’hydrogène et les autres usages de l’électricité renouvelable.

Le principe considère d’ailleurs comme « vert » les mix électriques qui contiennent plus de 90% d’énergie renouvelable. Agnès Pannier-Runacher demande donc dans son courrier que la Commission fasse également une dérogation pour les mix « largement décarbonés », comme le mix français qui, grâce au nucléaire, ne produit que 80gCO2/MWh.

Vigilance sur le recours aux importations d’hydrogène

En parallèle, les autorités françaises profitent de leur correspondance pour mettre en garde la Commisison sur les risques d’aggraver les fuites technologiques et de non-respect du principe de réciprocité de sa stratégie d’importation d’hydrogène. 

« Le développement de l’hydrogène décarboné doit être une occasion de renforcer notre souveraineté énergétique : le recours aux importations doit se tenir sur un terrain de jeu égal par rapport à la production européenne, » prévient la ministre.

« De ce fait, les exigences pour les importations doivent être les mêmes que celles prévalant pour l’hydrogène produit localemen, » ajoute-t-elle.

Dans le document consulté par EURACTIV France, la ministre attaque également le critère selon lequel l’électricité utilisée pour la production d’hydrogène vert ne peut être produite grâce à des soutiens financiers publics.

Or, pour elle, ce critère « semble contreproductif au regard de l’urgence » climatique, et dans la mesure où « le développement de l’hydrogène décarboné doit être une occasion de renforcer notre souveraineté énergétique » européenne.

En outre, Mme Pannier-Runacher avoue sans détour que la non-prise en compte de l’hydrogène bas-carbone dans les objectifs de la directive révisée sur les énergies renouvelables (RED III) serait, pour la France, « une solution extrêmement dégradée ».

Elle propose donc à Kadri Simson une option : laisser à la discrétion des États membres le choix d’introduire les énergies bas-carbone sur le même plan que les énergies renouvelables dans le mix, du moment que cela contribue à la baisse de consommation d’énergie fossile.

« A défaut, si l’hdrogène bas-carbone n’obtenait pas las possibilité de contribuer aux objectifs de la directive (…), il conviendrait de limiter la discrimination des technologies bas-carbones autres que les énergies renouvelables, » conclut-elle.

La France en « cavalier seul »

Ainsi, comme lors des débats sur l’intégration du nucléaire dans la taxonomie « verte » pour les investissements durables de l’UE, la France fait marcher à plein régime son « lobbying » pro-nucléaire.

Pour le CEO d’Hydrogen Europe, Jorgo Chatzimarkakis, interviewé par EURACTIV vendredi (16 septembre), cette correspondance est la preuve que la France fait « cavalier seul » et qu’elle s’installe dans une « position insulaire dangereuse ».

M. Chatzimarkakis, qui représente les intérêts de l’industrie de l’hydrogène dans 25 pays de l’UE, dénonce l’entêtement de la France « à ne pas rendre son pays libre pour le flux d’hydrogène, par exemple de l’Espagne vers l’Allemagne ».

Un rappel que le projet de gazoduc MidCat entre la France et l’Espagne permettrait, selon les acteurs de l’industrie et le gouvernement espagnol, de développer l’infrastructure nécessaire, à terme, pour la circulation de l’hydrogène en Europe.

Dans ces conditions, la France n’est « pas crédible pour le moment » assène M. Chatzimarkakis.

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[Édité par Frédéric Simon]