L’élaboration d’un traité sur les pandémies piétine alors que le retour de Donald Trump est imminent
Les dirigeants mondiaux de l’OMS ont essayé en vain de finaliser le texte du traité sur les pandémies vendredi 6 décembre dernier, avant le début de la présidence de Donald Trump — mais pour certains la rapidité a primé sur la substance.
Les dirigeants mondiaux de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont essayé en vain de finaliser le texte du traité sur les pandémies vendredi 6 décembre dernier, avant le début de la présidence de Donald Trump — s’attirant les critiques de certains qui estiment que la rapidité a primé sur la substance.
Il n’y aura pas d’accord sur les pandémies avant la fin de l’année, comme l’espérait la coprésidente sud-africaine de l’Organe intergouvernemental de négociation (Intergovernmental Negotiating Body, INB), Precious Matsoso, qui avait affirmé en novembre qu’ils ne disposaient pas de six mois pour achever les négociations, en raison d’un « environnement géopolitique difficile ».
« Étant donné ce qu’il reste, je pense — c’est honnête de ma part — qu’il n’est pas vraiment difficile de conclure en quelques jours de négociation », avait estimé quant à lui le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesu, directeur général de l’OMS, lors de la dernière session de l’INB de cette année.
Depuis la fin de 2021, poussés par la pandémie de Covid-19 et ses conséquences catastrophiques, les États membres de l’OMS s’efforcent d’élaborer un accord mondial sur la prévention, la préparation et la riposte face aux pandémies.
Jaume Vidal, conseiller politique principal auprès de l’organisation à but non lucratif Health Action International, a déclaré que la décision de l’INB de poursuivre les négociations du traité sur les pandémies jusqu’en 2025 n’était pas surprenante et qu’elle témoignait des difficultés persistantes entre les États membres de l’OMS pour parvenir à un consensus viable.
Selon le conseiller politique, l’avenir « semble sombre » pour l’accord, car il n’y aura que deux négociations formelles supplémentaires avant la 78e Assemblée mondiale de la santé en mai 2025.
« De profondes transformations dans le paysage politique se sont manifestées non seulement par l’arrivée de l’administration [de Donald] Trump, mais aussi par la croissance de groupes politiques ouvertement critiques à l’égard de l’OMS et des efforts de lutte contre les pandémies au sein de l’UE et du Parlement européen », a-t-il indiqué, ajoutant qu’il pourrait être difficile de parvenir à un accord significatif et juridiquement contraignant.
Le Premier ministre slovaque Robert Fico a notamment affirmé que le traité sur les pandémies avait été créé par des « entreprises pharmaceutiques avides » pour imposer des vaccinations, alors que le texte précise qu’il n’a pas le pouvoir d’imposer ou de modifier la législation nationale existante.
Les possibles implication de la future administration Trump
Le prochain président américain a toujours clairement exprimé son mépris pour l’OMS. Il a déjà déclaré que l’organisation défendait un programme « mondialiste » et a critiqué l’accord international sur les pandémies, que lui et d’autres républicains considèrent comme une atteinte à la souveraineté des États-Unis.
En juillet 2020, en plein milieu de la pandémie de Covid-19, Donald Trump avait annoncé qu’il retirerait son financement et son adhésion à l’OMS, accusant l’organisation mondiale basée à Genève de se ranger du côté de la Chine. Il avait par ailleurs également encouragé la population à boire ou s’injecter du désinfectant pour se prémunir contre le virus.
Pour ce mandat-ci, Donald Trump a nommé le vaccinosceptique Robert F. Kennedy Jr. à la direction du ministère de la Santé et des Services sociaux. Ce dernier a également fait part de sa réticence à investir dans la recherche sur les maladies infectieuses.
Si Donald Trump décide de faire sortir les États-Unis de l’OMS, d’autres bailleurs de fonds de longue date, comme l’Allemagne, pourraient prendre le relais, mais il est peu probable que l’Union européenne (UE) puisse faire suffisamment contrepoids au plus gros contributeur de l’organisation mondiale, qui lui a fait don de 481 millions de dollars en 2023.
La rapidité au détriment de la substance ?
Les négociations de la semaine dernière ont été sensiblement tendues par rapport à la session de l’INB de novembre, qui s’était déroulée principalement avant l’élection de Donald Trump.
Certains acteurs estiment que l’INB fait prévaloir la rapidité sur la substance.
L’organisation non gouvernementale Third World Network a critiqué le texte, estimant qu’il contenait trop de réserves pour être significatif.
« Il s’agit d’une négociation multilatérale. Je ne suis pas d’accord lorsque vous dites que personne ne gagne quoi que ce soit. Notre mandat est d’obtenir un accord sur les pandémies, même s’il n’est pas parfait », a répondu a coprésidente française de l’INB, Anne-Claire Amprou.
Tout comme Third World Network, le think tank européen Medicines Law and Policy s’est dit satisfait d’une partie du texte approuvé sur la recherche et le développement, mais a affirmé que l’accord sur les pandémies n’était « pas un livre de coloriage ».
Eloise Todd, directrice exécutive du Pandemic Action Network, a déclaré à Euractiv que le manque de progrès, en particulier parmi les pays à forts revenus, créait une impasse.
« Il est essentiel que les négociateurs aient une vision d’ensemble de ces négociations. L’accord sur les pandémies servira de marqueur important pour la coordination et la coopération mondiales en cas de menace de pandémie — qui, nous le savons, deviendra de plus en plus fréquente », a-t-elle expliqué.
Jaume Vidal a déclaré que le manque de volonté politique était inquiétant, car les gouvernements semblent abandonner la santé mondiale au profit de la « notion irréalisable de faire face à une pandémie par ses propres moyens ».
Oxfam, s’exprimant au nom de 26 organisations non gouvernementales lors de la session de l’INB, a affirmé que les États membres de l’OMS avaient encore la possibilité d’être du bon côté de l’histoire, mais que cette possibilité était entre les mains de l’INB.
Les questions en suspens à négocier sont peu nombreuses, mais cruciales pour les pays à faible revenu : l’accès aux pathogènes et le partage des bénéfices (PABS), ainsi que le transfert de technologie et le financement durable.
Une option pour l’avenir de l’accord sur les pandémies consisterait à déléguer les éléments les plus litigieux du texte à des annexes distinctes, afin qu’un texte de base puisse être finalisé d’ici mai 2025.
Lors d’une conférence de presse en novembre, Steven Solomon, le conseiller juridique de l’OMS, a déclaré qu’il ne pouvait pas spéculer sur l’entrée en fonction de Donald Trump en 2025 ou sur son impact sur les négociations du traité sur les pandémies.
[Édité par Anna Martino]