Les Balkans reviennent au charbon contre la volonté de l'UE

Des pays candidats à l'UE envisagent de construire une série de centrales à charbon avec l’aval de la Communauté de l’énergie. Ils risquent ainsi de dépasser les limites d'émission de polluants données par l'UE.

EURACTIV.fr
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Des pays candidats à l’UE envisagent de construire une série de centrales à charbon avec l’aval de la Communauté de l’énergie. Ils risquent ainsi de dépasser les limites d’émission de polluants données par l’UE.

Le débat sur l’exploitation du charbon ne semble pas près d’être tranché en Europe de l’est. En octobre dernier, la Moldavie, l’Ukraine et divers pays de l’ouest balkanique s’étaient engagés à se conformer au chapitre III de la directive relative aux émissions industrielles d’ici 2018.

Malgré leurs engagements dans le cadre du traité instituant la Communauté de l’énergie, la Bosnie-Herzegovine, le Monténégro et la Serbie prévoient de construire cinq nouvelles centrales à charbon. Or, une étude présentée par l’agence de conseil Frank Bold révèle ces projets pourraient constituer une violation de la directive.

« Dans la pratique, cela risque fortement de mener à des coûts supplémentaires imprévus pour les investisseurs [dans la construction] de ces centrales et pour les consommateurs », a indiqué Kristína Šabová, juriste au sein de l’agence Frank Bold. En effet, selon elle, plus 2018 s’approche, plus les constructeurs devront procéder à des adaptations technologiques de dernières minutes afin de se mettre en conformité avec la directive.

Les gouvernements de ces trois pays doivent comprendre qu’il serait impossible de se soustraire aux exigences énoncées par la directive pour de futures centrales construites après 2018, a-t-elle prévenu.

La construction de nouvelles centrales à charbon a déjà provoqué des manifestations en Ukraine, car ces infrastructures nuiraient à l’environnement et à la santé. Les normes réglementaires en place du pays sont faibles en ce qui concerne divers polluants particulièrement dangereux pour la santé, tels que l’oxyde d’azote (NOx) et dioxyde de soufre (SO2).

Ces polluants seraient responsables de 18 200 décès en Europe chaque année, mais aussi de 8 500 cas de bronchite chronique, selon l’Alliance pour la santé et l’environnement (HEAL), une ONG engagée dans la défense de l’environnement.

La centrale au lignite financée par le groupe de négociation bosniaque spécialisé dans l’énergie, EFT, est actuellement en construction à Stanari, petit village dans le nord de la Bosnie-Herzégovine. La future centrale a reçu l’autorisation d’émettre deux à trois fois plus de dioxyde de soufre, d’oxyde d’azote et de poussières nocives que les niveaux contraignants actuellement prévus par le traité sur la Communauté de l’énergie.

Le secrétariat de la Communauté de l’énergie examine pour le moment une plainte à l’encontre du projet, déposée en janvier dernier par le Centre de l’environnement, une organisation environnementale bosniaque.

Les centrales qui ne respecteront certainement pas les normes environnementales de la directive sont les suivantes : Tuzla 7, Stanari et Banovici en Bosnie-Herzégovine, Pljevlja II au Monténégro, enfin Kolubara B en Serbie.

Alors que d’autres pays européens essaient de diminuer la part de charbon dans leur mix énergétique, Pippa Gallop du réseau CEE Bankwatch a assuré que, si de tels projets devaient recevoir le feu vert, le « minimum légal », serait que ces projets respectent les conditions édictées par la directive sur les émissions industrielles.

« Les autorités balkaniques auraient mieux fait de prévenir les pays aspirant à rejoindre l’UE que de nouveaux aménagements législatifs en matière de climat et d’environnement pourraient avoir lieu, ce qui aura, selon toute vraisemblance, un impact sur leurs investissements dans l’exploitation de charbon », a-t-elle ajouté.« Dans [les Balkans], les gouvernements et les investisseurs doivent comprendre que la construction de nouvelles centrales à charbon ne constitue plus un bon investissement, vu leurs coûts sur le climat et la santé et le taux élevé d’échecs que connaissent de tels projets », a-t-elle conseillé.