Les banques européennes mieux préparées qu'en 2008 pour affronter une crise, selon des experts
Les déboires de Credit suisse, dont la valeur en Bourse a été divisée par trois en un an et demi, convoquent le spectre de la première victime d'importance de la crise financière de 2008-2009 : la banque américaine Lehman Brothers.
Les déboires de Credit suisse, dont la valeur en Bourse a été divisée par trois en un an et demi, convoquent le spectre de la première victime d’importance de la crise financière de 2008-2009 : la banque américaine Lehman Brothers.
Le Comité européen du risque systémique (CERS), rattaché à la Banque centrale européenne (BCE), a lancé fin septembre à la finance européenne un avertissement sans précédent depuis plus de dix ans. Il appelle les banques à se « préparer » à des « scénarios de risques extrêmes » plus probables qu’en début d’année.
Pas de panique, répondent les experts. Selon eux, la deuxième banque helvète et le système bancaire européen dans son ensemble sont mieux armés qu’à l’époque pour faire face à une crise.
Pourquoi Credit suisse est-il touché ?
Credit suisse est en proie à deux phénomènes, explique à l’AFP Guillaume Larmaraud, associé en charge des services financiers chez Colombus Consulting : une baisse générale sur les marchés actions depuis le début de l’année et des scandales à répétition depuis plus d’un an.
La banque est en effet ébranlée depuis mars 2021 par la faillite de la société financière Greensill, l’implosion du fonds américain Archegos, des pénalités pour ses prêts au Mozambique et la démission fracassante de son ancien président.
Est venue s’ajouter plus récemment une condamnation en Suisse dans une affaire de blanchiment concernant un réseau de cocaïne bulgare.
Le discret banquier germano-suisse Ulrich Körner, passé par sa concurrente helvète UBS, a été propulsé le 1er août à la tête du groupe afin de redresser la barre. Sa première tâche est de mener une revue stratégique dont les conclusions sont attendues pour le 27 octobre.
Faut-il craindre un effet domino ?
Les experts contactés par l’AFP se veulent pour l’instant rassurants.
« La solidité financière des banques est extrêmement forte, les leçons de 2008 ont été bien apprises », estime auprès de l’AFP Vanessa Holtz, responsable pour la France de Bank of America.
Credit suisse « reste un établissement financier solide », affirme M. Larmaraud.
En ultime recours et pour éviter un effet domino dévastateur, les gouvernements pourraient être tentés de sortir le portefeuille pour sauver un établissement jugé trop gros pour faire faillite (« too big too fail »).
Le gouvernement américain, sous George W. Bush, avait fait le choix de laisser couler Lehman Brothers en 2008, espérant en faire un exemple. Il est peu probable qu’une décision comparable soit prise, ses conséquences désastreuses étant désormais connues.
La confédération suisse et la Banque centrale du pays ont d’ailleurs fait le choix de voler au secours d’UBS cette même année.
Quelles leçons tirées depuis 2008-2009 ?
Sous la pression du régulateur européen, les banques ont fait de nombreux efforts cette dernière décennie afin d’être plus solides en cas de crise.
Elles doivent par exemple justifier d’un niveau minimal de capital plus important destiné à éponger les éventuelles pertes. Ce ratio de fonds propres durs, aussi appelé CET1, est l’œuvre des travaux du comité de Bâle, en Suisse.
Credit Suisse affichait lors de ses résultats de mi-année, publiés fin juillet, un ratio de solvabilité de 13,5 %. À titre de comparaison, il est de 12,2 % pour BNP Paribas, 12,9 % pour Société Générale et 14,9 % pour BPCE.
Ce ratio de capital qui permet de faire face à des pertes inattendues s’est « fortement renforcé » après la crise de 2008, assure le responsable de l’équipe banque Paris de l’agence de notation Moody’s, Alain Laurin, et la manière de le calculer a été amendée dans un sens plus restrictif.
L’Autorité bancaire européenne soumet également 50 grandes banques du continent à des tests de résistance. Les résultats du dernier exercice, publiés fin juillet 2021, montraient que les établissements étaient bien en mesure d’encaisser sans trop de casse une grave crise économique.
En cas de défaillance d’un acteur bancaire, le continent européen « dispose désormais d’un cadre » pour le sortir de l’ornière, quelle que soit sa taille, complétait en février la présidente de la banque espagnole Santander, Ana Botín, aussi présidente du lobby européen des banques.