Les boîtes de camembert menacées par la législation européenne

La révision de la directive sur les emballages et les déchets d’emballages pourrait conduire à l'interdiction des boîtes en bois de camembert, menaçant un produit phare de la gastronomie française, alerte le leader européen de ces emballages spécifiques.

Euractiv France
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French,Cheese,,Whole,Camembert,In,Its,Wooden,Box,,Nuts,And [PicksArt / Shutterstock]

La révision de la directive sur les emballages et les déchets d’emballages pourrait conduire à l’interdiction des boîtes en bois de camembert, menaçant un produit phare de la gastronomie française, alerte le leader européen de ces emballages spécifiques.

Les traditionnelles boîtes de camembert en bois sont menacées, et avec elles le fromage français le plus consommé de France, selon le groupe Lacroix, entreprise française qui domine le marché européen de l’emballage fromager.

La raison ? La révision de la législation européenne sur les emballages et les déchets d’emballages proposée par la Commission européenne en novembre 2022.

Pour lutter contre l’accumulation des déchets provenant des emballages, l’exécutif européen souhaite réduire leur volume de 10 % par habitant d’ici 2035 et développer l’économie circulaire.

Parmis les mesures contraignantes, celle de rendre tous les emballages recyclables dans l’Union européenne d’ici à 2030.

Pas de filière de recyclage

Problème : les boîtes en bois du camembert ne sont pas recyclables, donc potentiellement menacées par la législation.

« Il n’y a pas de filière de tri pour ce type d’emballage qui représente 0,001 % des emballages alimentaire, c’est donc très honéreux : recycler une tonne de bois coûte 200 fois plus cher qu’une tonne de verre« , précise à Euractiv un représentant de Lacroix.

Créer une industrie de recyclage serait donc difficile à mettre en place, d’autant plus qu’il est écrit dans la législation que tous les emballages doivent être recyclables, « de manière économiquement viable« , en 2030.

Pour la société Lacroix, il s’agit d’un contresens écologique, ces emballages disposant de « l’empreinte carbone la plus faible parmi les matériaux d’emballage« , explique-t-elle dans un communiqué.

La société rappelle qu’ils sont issus de forêts françaises qui stockent le carbone, et contrairement au carton, très consommateur d’eau et du plastique, les emballages en bois ne subissent pas de transformation.

« Jusqu’où peut conduire la folie de la bureaucratie. La boîte en bois bas carbone, légère, biodégradable, fabriquée en France- est meilleure pour la planète que le plastique issu de pétrole saoudien, transformé en chine avec de l’électricité au charbon, et qui finira dans l’océan », s’est exprimé le patron franco-luxembourgeois Guillaume Poitrinal sur X (ex-Twitter).

Si cette affaire rencontre un écho particulier, c’est que le camembert, historiquement en tête des ventes de fromage en France, perd du terrain depuis quelques années. Selon les derniers chiffres de France Agrimer, sa consommation a baissé de 14 % en 5 ans.

Dérogation

En France l’emballage en bois léger concerne 45 entreprises, 2 000 emplois et 267 millions d’euros de chiffres d’affaire. En plus d’une « destruction de la filière industrielle », la menace porte, selon Lacroix, sur l’industrie traditionnelle du fromage, « associée à un fort savoir-faire ».

L’appellation d’origine protégée (AOP) camembert de Normandie impose en effet un emballage en bois dans le cahier des charges de fabrication. Ce n’est pas le seul : le Mont-d’or, fromage jurassien, nécessite également un cerclage en bois d’épicéa, assurant la fin de l’affinage et lui conférant un goût unique.

Fin octobre, le député de la Manche, Bertrand Sorre avait adressé une question écrite à la secrétaire d’État chargée de l’Europe Laurence Boone afin d’alerter le gouvernement sur ce sujet et pour connaître la position de la France sur le projet de réglementation européenne.

« Il apparaît alors que la seule solution viable soit une dérogation pour les emballages légers en bois au sein de la future réglementation européenne », avait-il déclaré, reprenant la demande de la société Lacroix.

La proposition de la Commission sera soumise en plénière aux eurodéputés prochainement avant de futures négociations avec les États membres.