Les candidats aux présidentielles françaises évitent d'aborder les vrais sujets
Des correspondants étrangers basés à Paris ont critiqué les principaux candidats aux élections présidentielles françaises pour avoir mis de côté des questions économiques substantielles en faveur de sujets à sensation qui ne donnent lieu qu'à des propositions pour la plupart symboliques. Un reportage d'EURACTIV France.
Des correspondants étrangers basés à Paris ont critiqué les principaux candidats aux élections présidentielles françaises pour avoir mis de côté des questions économiques substantielles en faveur de sujets à sensation qui ne donnent lieu qu'à des propositions pour la plupart symboliques. Un reportage d'EURACTIV France.
Cinq journalistes de la presse européenne et internationale ont été invités à réagir à une étude commandée par EURACTIV France et le bureau de conseil Apco Worldwide sur le regard des leaders d'opinion étrangers sur les présidentielles françaises (voir les principaux résultats).
Pour Paul Taylor, correspondant de l’agence Reuters à Paris, les « vrais sujets » sont peu abordés dans la campagne. Les réductions des dépenses publiques et l’établissement de mesures d’austérité sont considérés comme des « pièges » par les candidats, et tout simplement ignorés.
Les politiques ne préparent pas les Français aux sacrifices qu'ils vont devoir faire, a-t-il ajouté avant de s'interroger sur l'« explosion sociale » qui pourrait avoir lieu après l'élection, à force de ne pas dire la vérité aux Français.
Les candidats « font fi » du contexte économique actuel, a également estimé Gabriele Parussini, correspondant du Wall Street Journal. Pourtant, faire campagne en prônant des mesures d’austérité est faisable, « à condition d’avoir un vrai projet », a-t-il expliqué.
La façon dont le premier ministre britannique David Cameron a été élu, et, dans une moindre mesure, le nouveau chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, en serait la preuve.
Ces déclarations font écho à un article de l’hebdomadaire The Economist du 31 mars, qui avait jugé les candidats français en plein « déni » de la crise économique actuelle.
« Campagne spectacle »
C'est une « campagne spectacle » polluée par de faux débats, a lâché le correspondant du groupe audiovisuel italien la RAI, Alberto Toscano, qui a raillé des propositions qui veulent faire le « buzz ».
L'idée de François Hollande d’instaurer une tranche d’impôt à 75% pour les revenus annuels dépassant le million d’euros est « grotesque », et les propos de Nicolas Sarkozy sur Schengen de « la propagande ».
La nature du débat est révélatrice du « paradoxe français de la nostalgie et d'une volonté de changement », a-t-il ajouté.
« On ne parle pas d'industrie, ni d'innovation, la France regarde peut-être un peu trop en arrière », selon le journaliste suédois Johan Tollgerdt (Svenska Dagbladet).
Le pays se voit « comme un perdant de la mondialisation ce qui n'est économiquement pas exact », renchérit Paul Taylor pour qui la presse française est en partie responsable de la vacuité des discours et des propositions, car elle ne ramène pas les débats politiques sur les vrais sujets.
François Hollande dans l'ombre de Nicolas Sarkozy
Le candidat du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, serait le seul à donner du souffle à cette campagne tout en représentant cette « nostalgie de mai 1968 », a déclaré la journaliste grecque Ira Feloukatzi (Epikaira, Elefterotypia).
Le candidat du Front de gauche ne devrait toutefois pas avoir une grande influence sur la politique menée par François Hollande si le socialiste était élu, ont estimé les journalistes présents. « On n'entendra plus parler de Jean-Luc Mélenchon le 7 mai », a prédit Alberto Toscano.
Actuellement, Jean-Luc Mélenchon est un candidat beaucoup plus utile que nuisible pour la gauche, a cependant ajouté Ira Feloukatzi. « Il fait grossir les rangs de la gauche, en amenant avec lui les voix des écologistes, des gauchistes, et même des abstentionnistes. »
Il joue « le tribun » pendant que François Hollande « fait la tortue et courbe le dos ». Selon Paul Taylor, le socialiste « vit dans l’évitement de l’erreur, et marche dans l’ombre de Nicolas Sarkozy volontairement » car il compte sur l’impopularité de M. Sarkozy pour gagner.
Selon l'étude EURACTIV.fr, Apco, Opinon Way, l'élection du socialiste paraît acquise. Un résultat peu étonnant à en croire notamment l'attitude des populations européennes qui, pendant la crise, ont eu tendance « mettre dehors » ceux qui détenaient le pouvoir, a rappelé Paul Taylor.