Les conseillers en finance verte de l’UE critiquent Bruxelles sur le nucléaire et le gaz fossile
Le groupe d’experts qui conseille la Commission européenne sur la finance verte a critiqué les projets de Bruxelles de qualifier le gaz et l’énergie nucléaire de sources d’énergie « de transition » dans la taxonomie.
Le groupe d’experts qui conseille la Commission européenne sur la finance verte a critiqué les projets de Bruxelles de qualifier le gaz et l’énergie nucléaire de sources d’énergie « de transition » dans la taxonomie de la durabilité de l’UE.
Dans une opinion publiée lundi (24 janvier), la Plateforme de l’UE sur la finance durable, un organe consultatif de la Commission européenne, a critiqué la proposition de l’exécutif, estimant que le gaz fossile et l’énergie nucléaire ne pouvaient être considérés comme verts dans les circonstances actuelles.
Le gaz fossile est « loin d’être vert », même si l’on tient compte des critères proposés qui exigent que les centrales électriques au gaz intègrent progressivement une part croissante de combustibles à faible teneur en carbone tels que le biométhane ou l’hydrogène, peut-on lire dans l’opinion.
Le projet de proposition de la Commission, qui avait fait l’objet d’une fuite le 31 décembre, a été soumis à une période de consultation jusqu’au vendredi 21 janvier. Les États membres de l’UE et les autres parties intéressées disposaient ainsi de trois semaines pour analyser la proposition et soumettre leurs commentaires.
Selon le projet de proposition, les centrales électriques au gaz recevraient le label d’investissement « de transition » si elles utilisent « au moins 30 % de gaz renouvelables ou à faible teneur en carbone à partir du 1er janvier 2026, et au moins 55 % de gaz renouvelables ou à faible teneur en carbone à partir du 1er janvier 2030 ». En outre, à compter du 1er janvier 2036, la Commission suggère que toutes les centrales électriques au gaz doivent « passer aux gaz renouvelables ou à faible teneur en carbone » afin de pouvoir bénéficier du label d’investissement vert de l’UE.
Mais, selon les conseillers, ces critères sont en deçà de ce qui est nécessaire pour garantir le respect de la législation européenne en matière de climat, qui vise à ramener les émissions à zéro d’ici 2050. Même pour les centrales électriques au gaz les plus performantes, qui émettent 316 grammes d’équivalent CO2 par kilowattheure, l’ensemble de l’activité « n’est écologique à aucun moment de son déroulement », préviennent-ils.
Par conséquent, les critères proposés pour les centrales à gaz « continuent de causer un préjudice important par rapport aux critères actuels et ceux qui sont prévus, et ce même après 2036 ».
« Seules les émissions de GES des cycles de la production d’électricité à l’aide de combustibles gazeux fossiles qui sont inférieures à 100 g CO2e/kWh garantissent une contribution notable à l’atténuation du changement climatique par les installations énergétiques individuelles alimentées au gaz », ajoutent-ils.
La position anti-gaz des conseillers contraste fortement avec les positions adoptées par le gouvernement allemand, qui a affirmé que le gaz fossile pourrait servir de « passerelle » vers un système énergétique à faible émission de carbone et aider l’Allemagne à éliminer progressivement le charbon de manière plus rapide.
Nucléaire
Selon les règles de l’UE, une technologie ne peut être considérée comme verte si elle cause un « préjudice important » à l’un des six objectifs environnementaux de la taxonomie, à savoir l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à ce dernier, la protection de l’eau, la transition vers une économie circulaire, la prévention de la pollution et la protection de la biodiversité.
Or, selon les conseillers de l’UE, le nucléaire ne peut pas être considéré comme vert non plus.
« Les critères établis ne garantissent pas l’absence de dommages significatifs à d’autres objectifs environnementaux », écrivent-ils, affirmant que le projet de la Commission contredit plusieurs des objectifs de la taxonomie, notamment celui de la protection de l’eau, de l’économie circulaire, de la prévention de la pollution et de la protection de la biodiversité.
Les conseillers de l’UE reconnaissent que le nucléaire et le gaz peuvent contribuer aux objectifs de décarbonation de l’UE, mais ils estiment que la taxonomie n’est pas le bon endroit pour en faire la promotion, affirmant que d’autres outils législatifs peuvent atteindre cet objectif.
« Ce n’est pas le moment de brouiller les pistes sur les réalités environnementales de la neutralité climatique », explique Nathan Fabian, président de la Plateforme de l’UE sur la finance durable. « Si davantage d’outils sont nécessaires pour décrire les étapes intermédiaires au fur et à mesure de la transition de nos industries vers les objectifs environnementaux, nous devrions veiller à les développer correctement », a-t-il ajouté dans un communiqué.
Sandrine Dixson-Declève, coprésidente du Club de Rome et membre de la Plateforme, a déclaré qu’«une alerte rouge a été donnée » en réponse au projet de proposition de la Commission européenne. Ce dernier serait « en contradiction avec les dispositions du règlement sur la taxonomie à de multiples égards ».
« Les critères proposés enfreignent le principe consistant à “ne pas causer de préjudice important” pour les activités liées au nucléaire et au gaz. La Plateforme soutient l’avis du Club de Rome sur la proposition de la Commission européenne qui considère que le gaz naturel et le nucléaire ne constituent pas des investissements durables. »
Sébastien Godinot, économiste principal du bureau des politiques européennes du WWF et membre de la Plateforme, a déclaré que « des tentatives ont été faites pour museler la science, » mais que, « aujourd’hui, la Plateforme lui a offert la possibilité de se faire entendre. En effet, le gaz fossile crée des émissions considérables, et l’énergie nucléaire produit des déchets hautement radioactifs que nous ne savons toujours pas gérer ».
Selon M. Godinot, « le rapport de la plateforme est une nouvelle sonnette d’alarme : ni le gaz fossile ni l’énergie nucléaire ne doivent entrer dans la taxonomie de la durabilité de l’UE. La Commission doit écouter les scientifiques et abandonner son projet d’écologisation du gaz et du nucléaire ».
> Téléchargez le rapport complet de la Plateforme ici (en anglais). Note d’information de 5 pages disponible ici (en anglais également).