Les conservateurs de l’UE s’imposeront bientôt comme « interlocuteur nécessaire », selon un eurodéputé
À l’issue des prochaines élections européennes, le groupe CRE connaîtra une croissance significative et deviendra un partenaire nécessaire pour construire des alliances solides, a déclaré l’eurodéputé Vincenzo Sofo à EURACTIV Italie lors d’un entretien.
À l’issue des prochaines élections européennes, le groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) connaîtra une croissance significative et deviendra un partenaire nécessaire pour construire des alliances solides, a déclaré l’eurodéputé conservateur Vincenzo Sofo (Fratelli d’Italia) à EURACTIV Italie lors d’un entretien.
« Ce qui est certain, c’est que l’électorat conservateur augmente partout en Europe et demande aux partis concernés de construire une majorité alternative à celle qui existait jusqu’à présent à Bruxelles », a déclaré le responsable politique de Fratelli d’Italia (Frères d’Italie — affilié au groupe CRE).
M. Sofo estime que le groupe CRE connaîtra une croissance considérable à l’issue du prochain scrutin, s’imposant ainsi comme un « interlocuteur nécessaire » pour construire des alliances solides.
« De ce point de vue, le centre droit italien est un exemple à suivre que les forces politiques des autres pays regardent avec beaucoup d’intérêt, surtout après la prise de pouvoir de Giorgia Meloni, ce qui rend possible la reproduction de ce modèle à Bruxelles », a ajouté le législateur européen italien.
En Italie, la Première ministre Giorgia Meloni, également présidente du groupe CRE à Bruxelles, a rencontré Manfred Weber, président du Parti populaire européen (PPE), dont Forza Italia est membre.
Les deux dirigeants élaborent une alliance pour les prochaines élections européennes, bien qu’il semble que ce projet ne reçoive pas le soutien des partis de centre droit à Berlin.
Mme Meloni souhaiterait profiter du scandale du Qatargate pour constituer une majorité alternative à celle qui existait jusqu’à présent entre le PPE et les Socialistes et Démocrates (S&D). L’image de ce dernier a été sévèrement fragilisée par le scandale de corruption impliquant plusieurs eurodéputés du groupe socialiste.
Le groupe CRE et le PPE collaborent déjà sur différentes questions et votent de la même manière, a souligné M. Sofo. Et l’eurodéputé d’ajouter : « les alliances se forment sur des valeurs et des projets communs ».
L’élection du vice-président du PE suscite des tensions
Le troisième parti de l’alliance italienne de centre droit est cependant absent de ce tableau : Lega (la Ligue), qui fait partie du groupe Identité et Démocratie (ID) au Parlement européen.
Le service de presse du groupe ID a déclaré à EURACTIV Italie qu’il ne voyait aucun problème aux discussions privées entre le PPE et le groupe CRE et a pointé du doigt le vote tenu en plénière mercredi (18 janvier) pour l’élection du nouveau vice-président du Parlement européen.
Les conservateurs ont notamment voté pour la candidate proposée par ID, Annalisa Tardino.
Avec 185 voix, Mme Tardino n’a pas été élue pour succéder à Eva Kaili, l’ancienne vice-présidente qui a été arrêtée dans le cadre du scandale du Qatargate. À la place, c’est le socialiste Marc Angel qui a été élu, suscitant l’indignation du groupe ID.
« Au Parlement européen, tout change de sorte que rien ne change. Avec l’élection d’un socialiste à un poste qui, dans toute institution vraiment démocratique, serait revenu au groupe ID afin d’assurer une représentation adéquate et équitable des diverses minorités et du seul groupe exclu du bureau », indique la note des eurodéputés de la Lega Marco Zanni, président du groupe ID, et Marco Campomenosi, chef de la délégation de la Lega.
La candidate Mme Tardino a été plébiscitée par le groupe ID, le groupe CRE et, au vu du nombre de voix, par certains eurodéputés du PPE, alors que la ligne officielle de ce parti consistait à voter pour M. Angel. À cet égard, les députés MM. Zanni et Campomenosi ont critiqué le PPE, le décrivant comme un obstacle à « l’unité du centre droit en Europe ».
« En vue de 2024, il y a ceux qui, comme le [Parti] Populaire (PPE), doivent décider s’ils veulent sortir d’une certaine ambiguïté : s’il faut continuer à suivre les socialistes et rester attaché à la laisse de la gauche comme ces dernières années ou revenir défendre les valeurs du centre droit qu’ils ont abandonnées », précise la note.
Les conservateurs sceptiques quant au système du « Spitzenkandidaten »
Le groupe des Conservateurs et réformistes, dont Fratelli d’Italia est membre, affiche une position « sceptique » à l’égard du système du Spitzenkandidat.
« Nous pensons que le choix du président de la Commission doit rester entre les mains du Conseil, comme cela a finalement été le cas en 2019 », a déclaré M. Sofo.
« Cependant, il s’agit maintenant d’un propos prématuré », a-t-il ajouté, « beaucoup de choses vont changer d’ici 2024, nous en reparlerons ».
Le processus dit de « Spitzenkandidaten » est une procédure par laquelle les partis politiques européens, en amont des élections européennes, désignent des candidats de tête pour le rôle de président de la Commission. La présidence de la Commission revient alors au candidat du parti politique en mesure de rassembler un soutien parlementaire suffisant.
Les traités de l’UE suggèrent toutefois que la position des États membres de l’UE doit également être prise en compte.
Au cours des élections européennes de 2019, le PPE a obtenu le meilleur score avec Manfred Weber en tant que candidat à la tête de la Commission.
Les États membres de l’UE ont toutefois fait fi du processus et ont préféré choisir Ursula von der Leyen comme présidente de la Commission — provoquant ainsi la vive réaction de M. Weber.