Les dirigeants européens pourraient trouver un accord sur les « top jobs » de l’UE dans la soirée

Un accord sur l’attribution des « top jobs » — les postes à responsabilité au sein des institutions européennes — pourrait bien être conclu ce lundi (17 juin), alors que les chefs d’État et de gouvernement de l’UE se réunissent lors d’un dîner dédié à la question dans la soirée.

/ Euractiv.com
European Council meeting in Brussels
(De gauche à droite) Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, le Premier ministre portugais Antonio Costa, la Première ministre estonienne Kaja Kallas et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen lors d'une réunion du Conseil européen à Bruxelles, en Belgique, le 26 octobre 2023. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Un « accord politique » sur l’attribution des « top jobs » — les postes à responsabilité au sein des institutions européennes — pourrait bien être conclu ce lundi (17 juin), alors que les chefs d’État et de gouvernement de l’UE se réunissent lors d’un dîner dédié à la question dans la soirée.

L’actuelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, devrait obtenir un second mandat après la victoire de son parti, le Parti populaire européen (PPE) de centre-droit, lors des élections européennes.

Outre la présidence de l’exécutif de l’UE, les dirigeants du bloc discuteront également d’autres postes, notamment ceux des présidents du Conseil européen et du Parlement européen, pour l’instant occupés par Charles Michel et Roberta Metsola, ainsi que du poste de Haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, assuré par Josep Borrell.

Compte tenu du nouveau paysage politique qui se dessine à l’issue du dernier scrutin européen et de l’importance croissante de l’Europe de l’Est depuis la guerre en Ukraine, le défi consistera à trouver un équilibre entre les partis politiques, les zones géographiques et les sexes parmi les candidats aux postes à responsabilité de l’UE.

Les chefs d’État et de gouvernement rencontreront les partis politiques dont ils sont issus avant la rencontre des Ving-Sept. Ce sommet devrait débuter vers 18 h par des discussions informelles entre les dirigeants de l’Union, Mme von der Leyen et Mme Metsola.

Ensuite, les deux présidentes quitteront la salle et les dirigeants de l’UE se réuniront autour d’un dîner pour discuter d’un accord institutionnel.

Vers un « accord global » rapide ?

Selon huit diplomates et fonctionnaires européens, les dirigeants de l’UE devraient parvenir à un « accord politique » lundi soir, ce qui signifierait qu’un consensus a été obtenu très rapidement. Ensuite, les Vingt-Sept confirmeraient formellement l’accord lors du sommet de l’UE des 27 et 28 juin.

« Il est urgent de parvenir à un accord d’ici la fin du mois », a indiqué un diplomate de l’UE, ajoutant que « compte tenu de la fragilité générale du voisinage de l’Europe, il n’y a pas de temps à perdre ».

Parmi les candidats envisagés pour diriger les différentes institutions durant la prochaine législature (2024-2029), on retrouve le Premier ministre socialiste portugais António Costa pour la présidence du Conseil européen, la Première ministre libérale estonienne Kaja Kallas comme Haut représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, et Roberta Metsola qui pourrait rester à la tête du Parlement européen.

« S’il y a un désaccord sur Mme von der Leyen, cela aura un effet d’entraînement sur les autres top jobs, et personne ne le souhaite », a précisé le diplomate.

Selon plusieurs diplomates de l’UE, M. Costa aurait reçu beaucoup de soutien au cours de la semaine dernière, en particulier après le feu vert du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez et du chancelier allemand Olaf Scholz.

Les États membres de l’UE sont également de plus en plus favorables à Mme Kallas, même si certains craignent qu’elle ne se concentre trop sur la Russie une fois en charge des Affaires étrangères et de la Politique de sécurité de l’Union.

« Il peut paraître surprenant qu’un accord soit conclu si rapidement, mais la plupart des États membres estiment qu’il n’y a pas de temps à perdre et, franchement, qu’il n’y a pas de réelle solution alternative au paquet », a affirmé un deuxième diplomate de l’UE.

Compromis

Pour être sélectionnés, les candidats en lice pour les top jobs doivent recueillir une majorité qualifiée, c’est-à-dire le soutien de 15 des 27 dirigeants européens issus de pays représentant 65 % de la population de l’UE.

Plusieurs diplomates de l’UE ont déclaré que même si quelques dirigeants ne sont pas prêts à accepter l’« accord global » ou certains candidats en particulier, ils ne devraient cependant pas perturber la conclusion d’un accord politique rapide.

« Quelques dirigeants de l’UE pourraient estimer qu’ils ont intérêt à ne pas donner complètement leur accord pour avoir un moyen de pression pour leurs demandes », a expliqué un troisième diplomate de l’UE.

La clé de la conclusion de l’accord sur le top jobs lors du dîner de lundi sera de savoir ce qu’en retireront les principaux dirigeants de l’Union.

La semaine dernière, l’une des questions clés a été de savoir si Emmanuel Macron essaierait de jouer le rôle de faiseur de rois dans cette course, en risquant de prolonger les négociations comme il l’avait fait en 2019.

Toutefois, selon plusieurs diplomates de l’UE, étant donné que le président de la République se prépare aux élections législatives anticipées des 30 juin et 7 juillet qu’il a convoquées après les mauvais résultats enregistrés par sa liste, Besoin d’Europe, aux élections européennes, le temps presse.

« Il n’a pas le temps de jouer un jeu politique et, franchement, il ne peut pas se le permettre non plus », a analysé un quatrième diplomate européen.

S’adressant à des journalistes vendredi (14 juin), Emmanuel Macron a déclaré qu’il espérait que la décision concernant les top jobs de l’UE tombe cette semaine.

« J’espère que nous pourrons parvenir à un accord rapidement. C’est possible. Il semble que ce soit possible dans les prochains jours, dans la semaine à venir », a-t-il confié aux journalistes.

En marge du sommet du G7 en Italie, le dirigeant français a tenu des entretiens informels sur les top jobs de l’UE avec Ursula von der Leyen et le chancelier allemand Olaf Scholz, dont la coalition tripartite au pouvoir composée des socialistes, des Verts et des libéraux, a également enregistré de mauvais résultats au profit de l’extrême droite.

Au cours du week-end, le chancelier allemand a affirmé qu’il s’attendait à ce que Ursula von der Leyen soit reconduite, tout en réitérant ses conditions préalables à sa nomination.

« Cette fois-ci, nous n’avons pas de dirigeant européen capable d’agir en tant qu’intermédiaire puissant dans la salle », a déclaré un cinquième diplomate de l’UE. « Il s’agit davantage de satisfaire les souhaits des principaux dirigeants quant à leur position et à leur influence dans l’organisation de la prochaine législature de l’UE. »

Quant à la Première ministre italienne Giorgia Meloni, leader du Parti des conservateurs et réformistes européens d’extrême droite, contrairement à Olaf Scholz et Emmanuel Macron, elle a été confortée par les résultats de son parti, Fratelli d’Italia, qui est arrivé en tête du scrutin européen en Italie.

Samedi (15 juin), elle a refusé de révéler sa position lors des discussions sur les top jobs de l’UE, mais elle devrait soutenir Mme von der Leyen, ont laissé entendre plusieurs diplomates de l’UE.

Il est toutefois peu probable qu’elle le confirme ouvertement avant qu’un Italien obtienne un poste de haut niveau, comme un portefeuille important au sein de la Commission européenne, ont déclaré les diplomates.

Pour s’assurer un second mandat, Mme von der Leyen aura besoin de ses voix en renfort pour obtenir une majorité lorsque le Parlement européen votera pour la confirmer, puisqu’elle a besoin du soutien d’au moins 361 des 720 eurodéputés pour être reconduite pou cinq ans.

Si les dirigeants européens parviennent à un accord sur les top jobs, les eurodéputés pourraient voter dès le 18 juillet pour l’élire officiellement à la tête de l’exécutif de l’UE.

« Les dirigeants d’Europe de l’Est, quant à eux, s’intéresseront à l’équilibre géographique du paquet », a noté un sixième diplomate de l’UE. « Mais d’après l’accord sur la table, ils peuvent être satisfaits — après tout, il y aura un des leurs dans le cadre de l’accord. »

[Édité par Anne-Sophie Gayet]