Les dirigeants des banques centrales fustigent le « dangereux » Mélenchon

Lagarde et Moulin voient rouge face à la promesse de l'extrême gauche de « foutre au feu » la dette française

EURACTIV.com
Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, et Emmanuel Moulin, gouverneur de la Banque de France, lors du Forum des banques centrales sur la politique monétaire, le 30 juin 2026 à Sintra, au Portugal. [Horacio Villalobos#Corbis/Getty Images]

Le gouverneur de la Banque de France a dénoncé l’appel lancé par le candidat à la présidentielle d’extrême gauche Jean-Luc Mélenchon en faveur d’une annulation partielle de la dette nationale, estimant que cette proposition « dangereuse » entraînerait la sortie de la France de la zone euro.

S’exprimant vendredi sur la radio française RTL, Emmanuel Moulin a déclaré que la promesse de campagne de Mélenchon de « foutre au feu » 18 % de la dette française détenus par la Banque de France entraînerait également une hausse de l’inflation et ferait grimper les coûts d’emprunt, alors que les rendements des obligations françaises ont déjà atteint leur plus haut niveau depuis 2008.

« La zone euro est une copropriété », a déclaré Moulin, qui a pris la tête de la Banque de France en juin et qui avait auparavant conseillé l’ancien président conservateur Nicolas Sarkozy lors de la crise de la dette souveraine grecque. « Si on ne paye pas les charges de copropriété, les autres copropriétaires vont nous dire “Vous sortez.” »

« [La proposition de Mélenchon] est illégale parce qu’elle est contraire aux traités […] dangereuse parce qu’elle crée de l’inflation [et] inutile [car elle] ne réduit pas le déficit budgétaire », a-t-il ajouté.

Mélenchon a riposté presque immédiatement sur les réseaux sociaux, accusant Moulin de « diffuser de fausses informations ».

« La France mérite un autre type de gouverneur de la Banque de France qui ne se mêle pas d’entrer dans la campagne présidentielle pour soutenir les bobards de ses amis politiques », a-t-il déclaré.

Cette polémique fait suite à la condamnation, jeudi, du projet de Mélenchon par Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne et ancienne ministre française des Finances, qui l’a qualifié de « financièrement dangereux ».

« Légalement, techniquement, financièrement, ce n’est vraiment pas une bonne idée, et une grande perte de temps, aussi populaire que cela puisse être dans n’importe quel État membre de la zone euro », a déclaré Lagarde.

La proposition de Mélenchon, qui, selon les sondages, pourrait affronter la favorite d’extrême droite Marine Le Pen au second tour des élections présidentielles de l’année prochaine, domine le débat politique dans la deuxième économie de l’UE depuis qu’elle a été avancée pour la première fois le mois dernier.

Elle a également suscité de vives critiques de la part des responsables politiques centristes et de nombreux économistes de renom. Sébastien Lecornu, Premier ministre français, a qualifié ce projet d’« escroquerie à l’état pur », tandis que l’économiste Philippe Aghion, lauréat du prix Nobel, a affirmé qu’il entraînerait « la banqueroute et l’éclatement de la zone euro ».

Mélenchon, qui brigue pour la quatrième fois la présidence, a réaffirmé son engagement en faveur de ce plan devant les élites économiques françaises au début du mois, citant la restructuration de la dette grecque comme précédent, sans mentionner les mesures d’austérité sévères qui ont suivi.

Elisa Braun a contribué à cet article.

(bw)