Les entreprises de viande in vitro se préparent aux premières demandes d’autorisation dans l’UE

Les entreprises européennes de viande in vitro se préparent aux premières démarches en vue d’obtenir l’autorisation de l’UE, mais certains avertissent que cette technologie pourrait présenter plus de risques que de bénéfices.

EURACTIV.com
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Après plusieurs autorisations obtenues ailleurs dans le monde, à Singapour notamment, ce qui semblait autrefois relever de la science-fiction pourrait bien devenir une réalité pour l’Union européenne d’ici quelques années. [<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/scientist-hold-open-lab-petri-dish-1010351470" target="_blank" rel="noopener">SHUTTERSTOCK</a>]

Face à l’intérêt croissant pour les régimes alimentaires à base de plantes, les entreprises européennes de viande in vitro se préparent aux premières démarches en vue d’obtenir l’autorisation de l’UE, mais certains avertissent que cette technologie pourrait présenter plus de risques que de bénéfices.

La viande in vitro, également appelée viande synthétique, artificielle ou de culture, est un produit réalisé grâce à des techniques qui se passent de l’abattage d’animaux. Il s’agit de prélever des cellules animales qui sont ensuite placées dans un bioréacteur et alimentées en protéines pour stimuler la croissance des tissus.

Entre les préoccupations croissantes concernant l’impact environnemental de la surconsommation de viande traditionnelle et les considérations éthiques qui y sont liées, les technologies telles que la viande in vitro et les substituts à base de plantes prennent rapidement de l’ampleur.

La viande in vitro a récemment été reconnue dans le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) comme une technologie clé qui pourrait contribuer à une « réduction substantielle des émissions directes de GES dues à la production alimentaire » d’ici à 2030.

Après plusieurs autorisations obtenues ailleurs dans le monde, à Singapour notamment, ce qui semblait autrefois relever de la science-fiction pourrait bien devenir une réalité pour l’Union européenne d’ici quelques années.

« Ce n’est plus une chimère », a expliqué Alex Holst du Good Food Institute (GFI) Europe à EURACTIV, ajoutant que si les consommateurs européens ne verront pas encore de viande de culture dans les rayons des supermarchés dans quelques années, il s’attend toutefois à ce que l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) reçoive la première demande d’autorisation « très bientôt ».

Aujourd’hui, au moins 20 start-ups travaillent dans ce domaine dans huit pays européens différents.

Un certain nombre de ces entreprises se sont regroupées au sein de l’organisation Cellular Agriculture Europe, dont le président Robert Jones a lui aussi indiqué que, si aucun dossier n’est actuellement en cours, il « s’attend à ce que des dossiers soient déposés cette année ».

En Europe, les aliments constitués, isolés ou produits à partir de cultures cellulaires ou tissulaires dérivées d’animaux, de plantes, de micro-organismes, de champignons ou d’algues entrent dans le champ d’application du règlement européen relatif aux nouveaux aliments.

Par conséquent, la viande artificielle nécessiterait une autorisation préalable à la mise sur le marché et une approbation de l’EFSA. Cependant, on ne sait pas exactement quel type de preuves nutritionnelles et toxicologiques l’EFSA exigerait pour l’approuver.

Une solution économique et écologique?

Pour M. Holst et M. Jones, l’un des principaux avantages de la technologie réside dans ses bénéfices environnementaux.

Selon une récente analyse du cycle de vie de ces viandes synthétiques réalisée par le cabinet de recherche et de conseil CE Delft, la viande in vitro nécessite moins de terres et présente une empreinte carbone plus faible que celle des viandes traditionnelles.

Lorsqu’elle est créée à partir de sources d’énergies renouvelables, ces avantages sont encore plus importants, selon M. Jones.

« Lorsque vous combinez [cela avec l’énergie renouvelable], vous obtenez un potentiel d’amélioration important sur le plan environnemental, ce qui est probablement l’un des arguments les plus convaincants en faveur de cette technologie », a-t-il déclaré, ajoutant que l’empreinte carbone globale de la viande artificielle pourrait être inférieure de 93 % à celle de la viande produite de manière conventionnelle.

Toutefois, M. Jones a souligné que, si les entreprises ont réalisé des progrès considérables en matière de mise à l’échelle et de perfectionnement des techniques, le secteur a besoin de davantage d’investissements publics pour que la technologie atteigne son plein potentiel.

De même, M. Holst a averti que, sans investissement coordonné, l’UE risque de « prendre du retard » par rapport à d’autres régions du monde, notamment l’Asie et les États-Unis, mais aussi le Royaume-Uni.

Si le secteur a obtenu quelques financements européens et nationaux, il s’agit d’une « goutte d’eau dans l’océan » par rapport à d’autres régions, a-t-il averti.

Mais tout le monde n’est pas aussi convaincu par les vertus de la viande in vitro.

Selon un examen complet des études sur la viande et les protéines publié jeudi 7 avril par le Groupe international d’experts sur les systèmes alimentaires durables (IPES-Food), la viande in vitro pourrait en réalité présenter plus de risques que de bénéfices.

En effet, au lieu de remettre en question le système, la viande de culture « perpétue la domination des systèmes alimentaires par des géants de l’agroalimentaire, des régimes alimentaires standardisés composés d’aliments transformés et des chaînes d’approvisionnement industrielles qui nuisent aux personnes et à la planète », indique le rapport, qui souligne que le marché des protéines alternatives est désormais caractérisé par des géants qui créent des « monopoles de protéines ».

L’intérêt croissant pour cette technologie a séduit plusieurs supporters de premier plan, dont Bill Gates et Richard Branson et a fait l’objet d’investissements et d’acquisitions importants de la part des plus grandes entreprises de transformation de la viande au monde, telles que JBS, Cargill et Tyson.

« Il est facile de comprendre pourquoi les gens sont attirés par le marketing et le matraquage publicitaire, mais la fausse viande ne sauvera pas la planète », a déclaré Philip Howard, membre d’IPES-Food et auteur principal du rapport. Il a également prévenu que, dans de nombreux cas, le passage à la fausse viande « aggravera les problèmes de notre système alimentaire industriel ».

Il s’agit notamment de la dépendance aux combustibles fossiles, des monocultures industrielles, de la pollution, des régimes alimentaires malsains et du contrôle exercé par les grandes entreprises, a-t-il expliqué.

« Tout comme les voitures électriques ne sont pas une solution miracle pour résoudre le problème du changement climatique, la fausse viande ne va pas résoudre les problèmes de notre système alimentaire industriel », a conclu M. Howard.

Olivier De Schutter, co-président de l’IPES-Food et rapporteur spécial des Nations unies sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme, a ajouté que l’argument selon lequel les gens ont besoin de plus de protéines pour éviter la faim est utilisé comme une « excuse pour sauter sur des solutions techniques telles que la viande artificielle ».

« Il est temps de mettre fin au matraquage publicitaire sur les protéines et de mettre l’accent sur les systèmes alimentaires démocratiques et durables ancrés dans les régions et les territoires », a-t-il déclaré.

Le groupe d’experts préconise plutôt de se concentrer davantage sur des systèmes alimentaires entiers et sur des politiques alimentaires globales reposant sur des mesures de durabilité plus larges, dans le but de réorienter les ressources des « grandes entreprises de protéines vers le bien public ».