Les eurodéputés appellent à une initiative en faveur de la santé mentale dans l’agriculture

Les membres de la commission de l’Agriculture du Parlement européen (AGRI) ont appelé à une action concertée pour améliorer la santé mentale des agriculteurs de l’Union européenne alors que les pressions s’intensifient sur un secteur déjà mis à rude épreuve.

Euractiv.com
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Les agriculteurs sont parmi ceux qui présentent les taux de suicide les plus élevés. En France, par exemple, le taux de suicide chez les agriculteurs est 20 % plus élevé que la moyenne nationale. [<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/senior-farmer-overalls-standing-beside-flood-1479503003" target="_blank" rel="noopener">[SHUTTERSTOCK]</a>]

Les membres de la commission de l’Agriculture du Parlement européen (AGRI) ont appelé à une action concertée pour améliorer la santé mentale des agriculteurs de l’Union européenne alors que les pressions s’intensifient sur un secteur déjà mis à rude épreuve.

Citant un récent rapport sur la santé et la sécurité dans le secteur agricole, Alun Jones, directeur du Centre international des hautes études agronomiques (CIHEAM), a averti les eurodéputés lors d’une réunion mardi (25 octobre) que les personnes travaillant dans le secteur agricole étaient « sous pression ».

« La réalité du secteur est que nos agriculteurs travaillent dur pour nous fournir notre nourriture et qu’ils mettent très souvent leur vie en danger pour le faire », a-t-il souligné, avertissant que les données manquantes des États membres continuent de cacher l’étendue du problème.

Le rapport, commandé par l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-OSHA), considère le bien-être psychologique comme un risque majeur pour les agriculteurs, ce qu’il attribue à une combinaison de facteurs de stress, notamment le changement climatique, la charge administrative et l’isolement.

Ainsi, les agriculteurs sont parmi ceux qui présentent les taux de suicide les plus élevés, a averti M. Jones. Par exemple, en France, le taux de suicide chez les agriculteurs est 20 % plus élevé que la moyenne nationale, a-t-il expliqué.

Qualifiant les taux élevés de suicide dans le secteur de « très préoccupants », l’eurodéputé écologiste Martin Häusling a appelé à une action concertée sur la question.

« Nous devons prendre cela en compte, et nous devons nous assurer que nous fournissons une aide aux agriculteurs dès que possible à ce niveau », a-t-il souligné.

De même, l’eurodéputé irlandais du Parti populaire européen (PPE) Colm Markey a demandé une initiative spécifique ou un rapport d’audit en ce qui concerne la santé mentale dans l’agriculture.

« C’est un domaine clé sur lequel nous devons vraiment nous pencher et j’adorerais voir une initiative spécifique dans ce domaine », a-t-il déclaré. Dans le même temps, Chris MacManus, un autre eurodéputé irlandais, a également souligné que la question justifiait « un développement politique distinct et important à part entière ».

D’autres ont souligné le rôle majeur des politiques publiques dans la résolution de ce problème.

Soulignant que 80 % de l’aide publique de la Politique agricole commune (PAC) de l’UE bénéficie à 20 % des agriculteurs, M. Häusling a appelé à une redistribution des fonds du programme afin d’alléger la pression qui pèse sur les petits agriculteurs.

« La principale cause de suicide étant les problèmes financiers, nous devrions réfléchir à la manière dont nous distribuons l’aide financière […] afin que tous les agriculteurs puissent avoir une vie digne et ne soient pas tentés par le geste ultime du suicide », a-t-il déclaré.

L’un des mécanismes qui permettraient d’y parvenir est la conditionnalité sociale, qui conditionnerait les subventions de la PAC au respect des normes de travail et d’emploi par les agriculteurs.

En 2020, le Parlement européen a voté une série d’amendements sur la forme que devrait prendre la PAC après 2020, y compris des références obligatoires à la conditionnalité sociale, mais la question est restée sujette à controverse parmi les États membres.

Margaret Bateson, chef d’unité pour la durabilité sociale à la DG AGRI de la Commission européenne, a qualifié l’inclusion de la conditionnalité sociale dans la PAC d’« avancée historique », indiquant aux eurodéputés que l’exécutif européen cherche déjà à s’appuyer sur le concept dans la prochaine réforme de la PAC pour inclure un plus grand nombre de travailleurs agricoles.

Toutefois, elle a noté que seuls quatre États membres — l’Autriche, la France, le Luxembourg et l’Italie — ont déjà choisi de mettre en œuvre la conditionnalité sociale d’ici 2023, tandis que l’Espagne et le Portugal l’introduiront en 2024. Entre-temps, l’application de la politique continue de préoccuper, a-t-elle poursuivi.

« Il sera difficile de renforcer ou d’améliorer l’application de cette politique », a-t-elle conclu.