Les eurodéputés soutiennent un rapport appelant à agir contre l’ingérence étrangère

Le Parlement européen a approuvé jeudi (1er juin) un rapport sur la lutte contre l’ingérence étrangère et la manipulation de l’information, appelant à une approche collective pour s’attaquer à ce problème.

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EU Parliament mini plenary session in Brussels
L’UE doit adopter une approche plus proactive pour se prémunir contre l’ingérence étrangère, a déclaré la rapporteure du dossier, l’eurodéputée Sandra Kalniete (Parti populaire européen), avant le vote. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Le Parlement européen a approuvé jeudi (1er juin) un rapport sur la lutte contre l’ingérence étrangère et la manipulation de l’information, appelant à une approche collective pour s’attaquer à ce problème.

Le rapport a été préparé par la commission spéciale du Parlement européen sur l’ingérence étrangère dans l’ensemble des processus démocratiques de l’UE (ING2), qui a publié l’année dernière son premier rapport sur la situation dans l’UE et les mesures à prendre pour y remédier.

Le document, dont un avant-projet a été approuvé par la commission en avril, souligne notamment la nécessité de protéger les prochaines élections européennes, prévues en juin 2024. Le texte a été adopté lors de la session plénière du Parlement par 469 voix pour, 71 contre et 75 abstentions.

L’UE doit adopter une approche plus proactive pour se prémunir contre l’ingérence étrangère, a déclaré la rapporteure du dossier, l’eurodéputée Sandra Kalniete (Parti populaire européen, PPE), avant le vote. « C’est pourquoi nous devons établir un programme européen spécifique et investir dans notre démocratie de manière durable », a-t-elle déclaré.

« Il ne s’agit pas d’une solution pour demain, et elle sera coûteuse », a-t-elle poursuivi. « Mais il s’agit certainement d’un investissement à long terme qui en vaut la peine. »

Une approche fondée sur l’analyse des risques

Le rapport préconise notamment l’abandon des approches qui ne tiennent pas compte des caractéristiques nationales dans la lutte contre l’ingérence étrangère et la manipulation de l’information, une approche actuellement pratiquée par la Commission et le Service européen pour l’action extérieure (SEAE), l’organe diplomatique de l’UE.

Il recommande plutôt une approche « fondée sur l’analyse des risques », basée sur des critères objectifs, dans laquelle les autorités sont disposées à identifier et à nommer les pays qui ont tenté d’interférer dans les affaires d’un pays.

Le rapport appelle également à la mise en place d’une stratégie globale de lutte et de prévention contre les activités de manipulation de l’information et d’ingérence menées depuis l’étranger, notamment par le renforcement de l’application des mesures existantes et la mise en œuvre d’actions de renforcement des capacités.

Une attention et une communication accrues avec les pays tiers dans le voisinage immédiat de l’UE et au-delà sont également préconisées.

Résilience

Le rapport insiste également sur la nécessité de renforcer les capacités européennes et nationales en matière de prévention et de démystification de la désinformation, ainsi que d’améliorer les compétences cyber, la culture numérique et l’éducation civique.

« Nous devons aller au-delà de l’approche réactive centrée sur la vérification des faits, le démenti, etc., et nous concentrer plutôt sur le renforcement de la résilience et la vaccination de nos sociétés contre la désinformation », a déclaré Mme Kalniete au cours d’un débat sur le rapport.

Les législateurs ont appelé à une communication et une coordination accrues entre les institutions de l’UE et les organes des États membres, ainsi qu’à la création d’une structure européenne chargée d’analyser les données, de coordonner la recherche et de produire des rapports afin d’améliorer la connaissance de la situation, le partage des renseignements sur les menaces et les contre-mesures.

Le rapport propose également la mise en place d’un système d’alerte rapide pour les eurodéputés et les membres des parlements nationaux afin de lutter contre la désinformation, ainsi qu’une formation spécifique pour toute personne travaillant dans les institutions publiques.

Selon le rapport, le Parlement devrait également disposer d’un organe permanent pour assurer une « approche transversale » afin de suivre et de combattre efficacement l’ingérence étrangère.

Plateformes en ligne

Le rapport critique la réponse des grandes plateformes en ligne à la désinformation, regrettant que des acteurs tels que Meta, Google, YouTube, TikTok et Twitter n’en fassent toujours pas assez pour la contrer.

Twitter, en particulier, est pointé du doigt, le rapport dénonçant ses « pas en arrière » dans la lutte contre la désinformation depuis le rachat par Elon Musk l’année dernière. Les législateurs « déplorent » les réductions de personnel sur la plateforme et appellent les entreprises à garantir des ressources suffisantes pour travailler sur la question dans toutes les langues.

Le respect par Twitter du code européen de bonnes pratiques contre la désinformation est également demandé, trop tard toutefois, le vote intervenant quelques jours seulement après que la plateforme a confirmé son retrait de celui-ci.

Les risques de l’intelligence artificielle dans la lutte contre la désinformation sont également soulignés, Mme Kalniete avertissant au cours du débat que la technologie rendra la création de tels contenus à grande échelle beaucoup plus facile et moins coûteuse.

Infrastructures critiques et autres influences

Dans le document, les eurodéputés mettent également en garde contre la dépendance de l’UE dans des secteurs stratégiques, notamment celui de l’énergie, des technologies numériques et des infrastructures critiques, et s’inquiètent de la vulnérabilité des câbles sous-marins.

Ils invitent également la Commission et les pays de l’UE à réduire les facteurs de risque et à renforcer la transparence, notamment dans des domaines tels que les investissements directs étrangers.

Ils mettent également en garde contre l’exercice d’une influence par l’intermédiaire d’institutions universitaires et culturelles, ainsi que contre l’accaparement des ressources par les élites et le financement opaque d’activités politiques par des donateurs étrangers.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]