Les gauches espagnole et française se préparent à faire face à la montée de l’extrême droite
Le Parti de la gauche européenne appelle à l’unité transnationale alors que Jean-Luc Mélenchon, leader de La France Insoumise, et Yolanda Díaz, présidente de Sumar, affirment qu’un programme social solide est la clé pour lutter contre la droite lors des prochaines élections européennes.
Le Parti de la gauche européenne appelle à l’unité transnationale alors que Jean-Luc Mélenchon, leader de La France Insoumise (LFI), et Yolanda Díaz, présidente de Sumar, affirment que proposer un programme social solide est la clé pour lutter contre les partis de droite lors des prochaines élections européennes.
M. Mélenchon a salué le travail de Mme Díaz en tant que ministre du Travail en Espagne, tandis que les deux dirigeants ont discuté de la manière de faire face à la montée de l’extrême droite en Europe lors d’une conférence organisée par LFI dans le cadre de son université d’été, dans la Drôme jeudi (24 août).
« Nous devons les étudier [l’extrême droite] en profondeur, leurs programmes, leurs idées », a déclaré Mme Díaz, ajoutant que « nous devons les prendre au sérieux ».
Le meilleur outil pour obtenir le soutien des citoyens est de présenter « un programme social » qui montre aux gens que le camp de gauche peut améliorer leur vie, a déclaré Mme Díaz, faisant référence aux politiques progressistes de l’Espagne en matière d’emploi, comme l’augmentation du salaire minimum de 641 euros à 1 080 euros mise en place par son gouvernement.
Elle a ajouté que cela donnerait aux citoyens un exemple concret de la manière dont le vote en faveur de Sumar pourrait leur être directement bénéfique.
« Nous ne pouvons pas gagner si nous n’avons pas un programme de progrès pour la société », a ajouté M. Mélenchon, tout en plaidant pour que la droite abandonne ses promesses électorales et que la gauche défende ses programmes « jusqu’au bout ».
Face à une « jonction entre la droite et l’extrême droite », la NUPES et Sumar — coalitions de partis de gauche en France et en Espagne, respectivement — « sont les deux positions de gauche radicale les plus avancées dans toute l’Europe face à une vague générale d’alliances de droite et d’extrême droite », a-t-il déclaré.
Dans le même ordre d’idées, l’eurodéputée María Eugenia Rodríguez Palop (Podemos/La Gauche) a déclaré sur X, anciennement Twitter, que « l’Europe a besoin d’alternatives progressistes d’unité comme Sumar en Espagne et la NUPES en France ».
La Gauche européenne appelle à l’unité
Seule La France Insoumise est affiliée au seul parti de gauche européen, le Parti de la gauche européenne (PGE), dont l’émanation au Parlement européen est le groupe La Gauche (GUE).
Quant à Sumar, il reste à voir si cette formation entrera aussi dans le PGE, alors que le Parti vert européen courtise fortement Yolanda Díaz pour que Sumar rejoigne ses rangs.
Face à la montée de la droite et au besoin de mobilisation de la gauche, le PGE a lancé un appel à l’unité lors de son Assemblée générale du 24 juin.
« Nous appelons à l’unité et aux convergences sur la base de réponses communes aux exigences sociales et démocratiques », peut-on lire dans la motion.
Reconnaissant les divisions « historiques » des partis de gauche à travers l’Europe et la difficulté de les unir, le parti affirme que « les différentes familles de la gauche sont complémentaires les unes des autres », arguant qu’il y a plus de choses qui les unissent que de choses qui les séparent.
Le parti se veut également une plateforme de dialogue entre tous les partis membres en vue des élections européennes, proposant un manifeste commun pour préparer le terrain de la campagne électorale.
En ce qui concerne le Spitzenkandidat, le parti appelle vaguement ses membres à proposer des personnalités qui représenteraient la gauche dans son ensemble et qui seraient « capables de nous unir ».
Sumar cherche à entrer au Parlement européen
Le 2 avril, Mme Díaz avait annoncé sa candidature à la présidence du Conseil des ministres avec la plateforme Sumar, qui rassemble toutes les forces politiques à la gauche du PSOE (S&D), dans l’espoir de contrebalancer la montée de la droite avant les élections anticipées du 23 juillet en Espagne.
Avec 33 sièges, cette alliance de gauche est devenue la troisième force politique du pays à l’issue des élections, un succès que le parti tentera de reproduire lors des élections européennes.
« Sumar est un projet à long terme qui va bien au-delà du 23 juillet », a déclaré Carlos Corrochano, porte-parole de Sumar, à EURACTIV à propos des élections européennes. Une fois que le gouvernement national sera établi, le parti « mettra toute la machinerie en mouvement pour présenter le meilleur projet possible en juin de l’année prochaine [élections européennes] ».
Actuellement, les partis de Sumar détiennent cinq sièges au Parlement européen, quatre dans le groupe de la Gauche de l’UE et un chez les Verts/ALE. « Sumar sera probablement présent dans les deux familles », a expliqué M. Corrochano.
La gauche française face aux négociations sur les élections européennes
Face à l’unité apparente de Sumar avant les élections européennes, la gauche française est confrontée à des divisions après s’être unie lors des élections législatives de 2022 sous la bannière de la coalition NUPES.
Le principal sujet de discorde concerne les élections européennes de 2024. Dans ce scrutin, proportionnel, le mouvement de gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon, La France insoumise (LFI, groupe La Gauche), insiste pour se présenter dans une liste unique avec les écologistes (EELV), les socialistes (PS) et les communistes (PCF). L’argument principal consiste à expliquer que la gauche ne peut arriver en tête du scrutin que si elle est unie.
Une telle liste réunirait en effet entre 23 % et 25 % des suffrages et est donc en mesure d’atteindre la première place, devant l’extrême droite (Rassemblement national) et le centre (Renaissance).
Les partisans d’une liste unitaire arguent également qu’après s’être unis en 2022 pour les élections législatives, il est nécessaire de préserver l’unité jusqu’aux élections municipales de 2026 et l’élection présidentielle de 2027 pour avoir une chance de les remporter. D’après eux, partir divisés aux européennes brouillerait le message auprès des électeurs de gauche avant ces échéances.
Or les socialistes, les écologistes et les communistes souhaitent conduire chacun une liste autonome, pour chacun de leurs formations respectives. EELV et le PCF ont même déjà désigné une tête de liste. Pour justifier leur choix, ils mettent en avant les différences d’appréciation trop importantes dans les questions européennes.
Par exemple, le PCF et LFI sont très critiques des traités européens actuels, tandis que EELV se définit comme fédéraliste et que les socialistes s’affirment comme pro-européens. Par ailleurs, La Gauche (LFI) et les Verts (EELV) ne faisaient pas partie de la majorité de la Commission européenne sortante d’Ursula von der Leyen, au contraire des socialistes — le PCF n’est pas représenté dans cette législature (2019-2024).
Aussi, les différents responsables politiques, socialistes et écologistes notamment, expliquent que le score total des listes séparées serait supérieur à celui d’une liste unitaire. Dans un sondage publié en juin dernier, conduit par IPSOS, le total de ces quatre partis dépasserait les 32 %. S’agissant d’un scrutin proportionnel, la gauche française aurait alors davantage de sièges que dans l’hypothèse où elle se présenterait unie.
Outre les européennes de 2024, l’objet des dissensions dans la NUPES concernent les élections sénatoriales de septembre 2023, où le PS, EELV et le PCF ont abouti à un accord en excluant La France insoumise. Ces tensions sont d’ailleurs exprimées en public, sur les réseaux sociaux, entre les leaders socialiste et insoumis, Olivier Faure et Jean-Luc Mélenchon.
Olivier Faure, je ne t'invective pas, au contraire de tes amis qui nous ont expulsé des listes aux sénatoriales et se préparent à en faire autant aux européennes et aux municipales.
Si tu veux revenir sur ces choix sectaires adresse toi aux responsables de la FI : Bompard,… https://t.co/jZB39tKAY9
— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) August 17, 2023
Plus récemment, l’invitation par LFI et par EELV de Médine, un rappeur controversé, à leurs universités d’été respectives a suscité une vive polémique. Ils ont d’abord été attaqués par leurs opposants, de droite, du centre et d’extrême droite, en raison des prises de position passées du rappeur et d’un post sur le réseau X, anciennement Twitter, aux propos antisémites publié au cours du mois d’août.
Les Verts ont fini par exprimer un malaise et des réserves, certains d’entre eux refusant de se rendre à ce rendez-vous de rentrée, comme l’a rapporté EURACTIV France.
À La France insoumise, au contraire, la cheffe de file des députés Mathilde Panot s’est dite « honorée » que Médine réponde présent, en considérant qu’il s’agit d’une polémique instrumentalisée par l’extrême droite et le camp macroniste. Pour leur allié socialiste, le député Jérôme Guedj, l’invitation de cet artiste est « une faute politique », qui alimente la conviction de leurs adversaires que la gauche aurait « une tolérance, voire d’une complaisance à l’égard de l’antisémitisme ».