Les hommes sont prêts pour la contraception, mais l'industrie pharmaceutique ne l'est pas

En Allemagne et en Suède, 55 % des hommes ont déclaré qu'ils prendraient un contraceptif dans l'année suivant son autorisation de mise sur le marché

EURACTIV.com
Des militants pour la santé ont déposé un préservatif devant le Parlement européen afin d'attirer l'attention sur le manque de moyens de contraception pour les hommes. [Markus Lenhardt/picture alliance via Getty Images]

De nouvelles données indiquent une demande croissante en matière de contraception masculine en Europe, ce qui pousse les défenseurs de lasanté à réclamer davantage de financements.

Environ 62 % des hommes européens seraient prêts à utiliser un moyen de contraception masculin, selon une enquête commanditée par DSW, une association de défense de la santé spécialisée dans la santé reproductive. Quelque 14 000 hommes à travers l’Union européenne ont participé à cette enquête, qui a mis en évidence des différences entre les pays.

En Allemagne et en Suède, 55 % des hommes ont déclaré qu’ils prendraient un contraceptif dans l’année suivant son autorisation, tandis qu’en Pologne, 66 % se sont dits prêts à le faire.

« En substance, environ six hommes sur dix en Europe indiquent qu’ils seraient intéressés par l’essai d’un contraceptif masculin, mais on constate qu’environ un tiers le ferait dans les trois mois suivant sa mise sur le marché », a déclaré Steve Kretschmer, directeur exécutif de DesireLine, le cabinet de conseil en recherche qui a mené l’étude. 

Il existe « non seulement une forte demande globale, mais aussi une grande urgence dans cette demande », a-t-il ajouté. 

Malgré plusieurs pistes prometteuses en matière de développement clinique, aucun contraceptif masculin sous forme de médicament n’a encore été approuvé. Les options existantes se limitent aux préservatifs et à la vasectomie. Concernant cette dernière, on observe une demande croissante dans plusieurs pays européens tels que la France, l’Espagne et l’Autriche, selon une enquête publiée l’année dernière par le journal italien Il Sole 24 Ore.

« Un manque de financement »

« Le problème principal réside en réalité dans un manque de financement », a déclaré Kretschmer à propos des raisons expliquant le manque d’options sur le marché. « Nous parlons de plusieurs milliards de dollars qui doivent être investis. » 

La Male Contraceptive Initiative, une association à but non lucratif soutenant le développement de méthodes contraceptives masculines non hormonales et réversibles, a souligné la nécessité d’investissements, notamment pour atteindre les dernières phases de développement, y compris les essais cliniques.

« Nous consacrons 2 millions de dollars par an au soutien de la R&D, ce qui fait de nous le deuxième plus grand bailleur de fonds », a indiqué Heather Vahdat, directrice exécutive de la Male Contraceptive Initiative, lors d’une conférence de presse.  

La question des contraceptifs masculins figure également dans le rapport sur les inégalités entre les sexes en matière de santé adopté par le Parlement européen la semaine dernière. Ce rapport appelle « à un investissement accru dans la recherche et le développement innovants de technologies contraceptives applicables à l’échelle mondiale, y compris les contraceptifs masculins », afin d’améliorer l’égalité entre les sexes.

Cette question avait précédemment reçu le soutien du député européen de centre-droit Peter Liese, membre du Parti populaire européen, qui avait plaidé en faveur d’un soutien accru à la contraception masculine afin de prévenir les avortements.

Cette nouvelle étude intervient également alors que l’Organisation mondiale de la santé a dévoilé mardi son premier plan d’action pour le développement de « nouveaux contraceptifs masculins ». Ce document présente trois approches différentes : interrompre la production de spermatozoïdes, rendre les spermatozoïdes inopérants ou bloquer leur transport.

(bms, aw)