Les ministres de l'UE divisés sur les mesures à prendre sur le gaspillage alimentaire
Les ministres au sein du Conseil de l’UE se sont mis d’accord sur un texte de compromis concernant la révision de la directive sur les déchets alimentaires et textiles, même si certains États membres déplorent son manque d’ambition.
Les ministres au sein du Conseil de l’UE se sont mis d’accord sur un texte de compromis concernant la révision de la directive sur les déchets alimentaires et textiles, même si certains États membres déplorent son manque d’ambition.
« L’accord d’aujourd’hui représente une étape cruciale vers une économie européenne plus durable et circulaire », s’est félicité Alain Maron, ministre du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, chargé de l’environnement et président du Conseil « Environnement » qui s’est déroulé lundi (17 juin) à Luxembourg.
La révision de la directive-cadre de l’UE sur les déchets contient des objectifs contraignants d’ici 2030, comme une réduction de 10 % des déchets dans la transformation et la fabrication, et de 30 % des déchets par habitant dans le commerce de détail, la restauration, la restauration et les ménages.
La présidence belge reprend globalement une proposition de la Commission formulée en juillet 2023, dont les objectifs représentent le « juste équilibre entre ambition et faisabilité » selon Alain Maron, qui souhaite ainsi « les maintenir ».
En mars dernier, le Parlement européen a également a validé les objectifs d’ici fin 2030, en allant jusqu’à une réduction de 40% des déchets par habitant dans le commerce de détail, la restauration, les services alimentaires et les ménages.
En lançant le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) en décembre 2019, l’UE a formulé l’ambition de réduire de moitié le volume de déchets alimentaires par habitant au niveau de la distribution et de la consommation d’ici 2030, conformément aux Objectifs de développement durable des Nations unies (ODD).
Selon l’ONU, en effet, un tiers de l’ensemble des denrées alimentaires produites dans le monde est jeté au cours de la chaîne de production alimentaire. Cela représente 59 millions de tonnes en UE chaque année, soit 131 kg de déchets par personne et par an.
Flexibilité et facteurs de correction
Si les orientations de la Commission et du Parlement ont été maintenues, « un certain nombre de flexibilités ont été ajoutées », a souligné la présidence belge, « afin d’aider les États membres à atteindre ces objectifs ».
Alors que la Commission avait choisi 2020 comme année de référence – c’est-à-dire le début de la méthode de mesure harmonisée -, le Conseil propose que les États membres soient autorisés à utiliser une année antérieure, en raison des perturbations liées à la pandémie de Covid-19.
D’autre part, les ministres ont convenu de l’introduction de deux « facteurs de correction », afin de moduler les objectifs en raison de la fluctuation des quantités de déchets d’une année sur l’autre, comme dans le secteur du tourisme et dans l’industrie, où le facteur de correction serait lié au niveau de production.
Pas assez ambitieux pour certains États membres
Le commissaire à l’Environnement Virginijus Sinkevičius s’est réjoui d’avoir trouvé un compromis qui permette de « stimuler les actions ambitieuses au niveau national » et « de respecter les Objectifs de développement rural (ODD) pour diminuer les déchets d’ici 2030 ».
Ce texte “nous aidera à réduire considérablement les déchets alimentaires et à renforcer notre sécurité alimentaire”, s’est également félicitée sur X la commissaire à la Santé et à la Sécurité alimentaire Stella Kyriakides, ce lundi.
« Nous sommes ambitieux, mais nous nous inquiétons de la faisabilité du facteur de correction en tenant compte des fluctuations au niveau de production », a tout de même prévenu Virginijus Sinkevičius.
De leur côté, les ministres des États membres ont soutenu majoritairement l’importance de s’attaquer à la réduction des déchets, même si cela ne va pas assez loin pour certains.
« Nous aurions préféré quelque chose plus ambitieux pour la réduction des déchets alimentaires », a affirmé Steffi Lemke, ministre allemande de l’Environnement, à l’unisson de son collègue hollandais.
En Allemagne en effet, la loi impose une réduction de 35 % des déchets pour tous secteurs d’ici 2025 – plus et plus tôt que dans la proposition du Conseil.
De même qu’en France, où la loi fixe l’objectif de réduction du gaspillage alimentaire à 50 % à l’horizon 2025, soit une diminution moyenne annuelle de 5 % entre 2013 et 2025.
« La France a pris des mesures fortes, comme l’interdiction de rendre impropre à la consommation des aliments comestibles, les diagnostics de gaspillage ou l’obligation de proposer des invendus », a ajouté le représentant français Cyril Piquemal.
Preuve de la division au sein du Conseil de l’UE, Anikó Raisz, ministre de l’Environnement hongroise, a rappelé que le compromis était suffisant, car il évitait de « mettre en péril la compétitivité de l’Union européenne ».
« Nous espérons que ce texte adopté au Conseil […] aboutira à un accord politique », a-t-elle conclu alors que la Hongrie, prochaine présidente tournante du Conseil de l’UE, reprendra le flambeau de ce dossier à partir du premier juillet.
[Édité par Anna Martino]