Les ministres européens de l'Énergie approuvent les réductions de la demande de gaz après un bras de fer avec Bruxelles

Les ministres de l’Énergie de l’UE ont approuvé un plan visant à réduire la consommation de gaz et à se préparer à d’éventuelles perturbations des approvisionnements en gaz russe.

EURACTIV.com
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Les ministres allemand, néerlandais et tchèque se sont entretenus avant une réunion des ministres de l'Energie des Etats membres de l'UE consacrée au plan de réduction de la consommation de gaz. [<a href="https://newsroom.consilium.europa.eu/events/20220726-extraordinary-transport-telecommunications-and-energy-council-energy-july-2022" target="_blank" rel="noopener">Union européenne</a>]

Les ministres de l’Énergie de l’Union européenne ont approuvé mardi (26 juillet) un plan visant à réduire la consommation de gaz et à se préparer à d’éventuelles perturbations des approvisionnements en gaz russe, après un bras de fer avec la Commission européenne pour déterminer qui peut mettre en œuvre les objectifs contraignants.

La semaine dernière, Bruxelles a présenté son plan de réduction de la consommation de gaz de 15 % entre août 2022 et mars 2023 pour les États membres afin d’assurer un stockage de gaz suffisant pour cet hiver et le suivant.

Ce plan s’est toutefois heurté à la résistance des États membres. La proposition permettant à la Commission européenne de transformer l’objectif volontaire de 15 % en un objectif contraignant sans consulter les 27 membres du bloc a été particulièrement décriée.

Face à cette résistance, la présidence tchèque du Conseil de l’UE a retravaillé le texte afin de le rendre plus acceptable pour les États membres et de reprendre le pouvoir à l’exécutif européen.

La Hongrie seule opposante au plan

Le nouveau texte a été accueilli favorablement, 26 des 27 pays ayant voté pour. La Hongrie a été le seul pays à s’opposer à l’accord, rapporte EURACTIV République tchèque.

En vertu du texte approuvé, la Commission proposerait toujours le niveau d’alerte le plus élevé, qui déclencherait l’objectif contraignant, mais les États membres voteraient ensuite pour l’approuver. Deuxième possibilité : qu’au moins cinq pays qui ont déclaré des alertes au niveau national demandent à la Commission européenne de déclarer l’alerte au niveau européen.

La directive prévoit également des dérogations concernant l’objectif contraignant pour les pays insulaires, comme l’Irlande et Malte, qui ne sont pas connectés au réseau de gaz de l’Union.

Les exemptions concernent également les États membres qui possèdent des réseaux électriques synchrones avec des pays extérieurs à l’UE et qui pourraient avoir besoin d’alimenter leur production d’électricité avec du gaz en cas de désynchronisation d’urgence.

Plusieurs dérogations sont également prévues pour les États membres de l’UE, notamment « s’ils ont dépassé leurs objectifs de remplissage des réservoirs de gaz, s’ils sont fortement tributaires du gaz comme matière première pour les industries critiques ou si leur consommation de gaz a augmenté d’au moins 8 % au cours de l’année écoulée par rapport à la moyenne des cinq dernières années ».

Le vice-ministre tchèque Jozef Sikela a toutefois précisé que ces dérogations n’auraient pas d’incidence sur les économies générales.

« Il est entendu que la somme des dérogations ne devrait pas avoir d’incidence sur le volume cible de gaz économisé », a-t-il expliqué aux journalistes à son arrivée à la réunion.

Le ministre irlandais Eamon Ryan a quant à lui déclaré aux journalistes que, même si son pays bénéficierait de la dérogation compte tenu de la «  réalité physique  », cela n’empêchait pas «  le désir fondamental de chacun d’entre nous de réduire notre consommation  ».

«  Dans le cas de l’Irlande, bien que nous ne soyons pas physiquement connectés, nous sommes touchés par les prix élevés et c’est pourquoi il est logique que nous consommions moins  », a-t-il poursuivi.

Une situation précaire en Europe

La réunion intervient un jour seulement après l’annonce par Gazprom d’une nouvelle réduction des livraisons de gaz à l’Allemagne, ce qui a suscité de nouvelles inquiétudes quant à la sécurité énergétique de l’Europe.

L’annonce de Gazprom souligne «  une fois de plus que nous devons être prêts à faire face à d’éventuelles interruptions de l’approvisionnement de la part de la Russie à tout moment  », a affirmé la commissaire européenne à l’Énergie, Kadri Simson. Pour se préparer, l’Europe doit agir maintenant et collectivement afin de réduire la demande de manière préventive, a-t-elle ajouté.

Douze États membres de l’UE ont déjà été confrontés à des interruptions totales ou partielles de leur approvisionnement en gaz russe et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a prévenu qu’une interruption totale de l’approvisionnement en gaz russe était un «  scénario probable  ».

Dans ce contexte, il est essentiel de disposer de niveaux de stockage élevés pour passer l’hiver et pour ne pas rencontrer de difficultés au moment de remplir les réservoirs de gaz pour l’hiver 2023, a déclaré Mme Simson en annonçant le plan la semaine dernière.

Selon la Commission européenne, les niveaux de stockage de gaz ont atteint 66 %. Mais certains États membres ont encore beaucoup de travail à accomplir pour atteindre l’objectif de l’UE, qui est de remplir ses stocks de gaz à au moins 80 %, a déclaré M. Sikela, avant de préciser que la République tchèque a atteint cet objectif hier.

Solidarité en matière d’approvisionnement en gaz

Alors que le gaz russe est de plus en plus coupé, de nombreux regards se tournent vers l’Allemagne, qui est très dépendante du gaz russe et qui a passé des années à renforcer ses connexions gazières avec la Russie, notamment avec la construction de Nord Stream 2, qui a suscité de vives réactions chez ses voisins orientaux.

S’exprimant sur le plateau de LCI, Thierry Bros, professeur en énergie, climat et économie à Science-Po, a déclaré que «  l’Allemagne est le maillon faible de l’Europe  ».

«  Sans solidarité européenne, l’Allemagne souffrira beaucoup plus que tous les autres pays européens. Avec la solidarité européenne, c’est toute l’UE qui souffrira. Que vont choisir les 27 ministres de l’Énergie  ?  », a-t-il demandé sur Twitter.

L’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie et l’Italie sont particulièrement vulnérables aux perturbations de l’approvisionnement en gaz russe en raison de leur forte dépendance aux livraisons russes.

Toutefois, malgré l’idée que la solidarité pourrait signifier soutenir l’Allemagne, de nombreux ministres présents lors de la réunion ont souligné que celle-ci était nécessaire.

«  L’unité et la solidarité sont la meilleure arme dont nous disposons contre [Vladimir] Poutine  », a affirmé M. Sikela.

Quant à Mme von der Leyen, la présidente de la Commission européenne s’est félicitée de l’accord, déclarant : « en agissant ensemble pour réduire la demande de gaz, en tenant compte de toutes les spécificités nationales pertinentes, l’UE a assuré les bases solides de l’indispensable solidarité entre les États membres face au chantage énergétique de [Vladimir] Poutine.  »

Certains pays veulent encore aller plus loin concernant le gaz russe : les ministres polonais et estonien ont tous deux réitéré leurs appels à une interdiction totale des importations.

«  Si nous faisons tous les efforts qui sont demandés, nous en faisons assez pour réussir à passer l’hiver. Mais pour l’avenir, il est bien entendu essentiel de mettre fin à toute dépendance vis-à-vis de l’énergie russe  », a déclaré en ce sens la ministre estonienne Riina Sikkut.