Les objectifs climatiques de l’UE « dépendent » du succès de la loi sur la restauration de la nature, selon Frans Timmermans

Il sera « presque impossible » d’atteindre les objectifs climatiques de l’UE sans la loi sur la restauration de la nature, a déclaré le vice-président de la Commission, Frans Timmermans, avant un vote crucial du Parlement européen qui décidera du sort de cette loi controversée.

Euractiv.com
Visit of Frans Timmermans, Executive Vice-President of the European Commission, to the Ferme du Pré in Ittre
« Toutes les autres propositions dépendent de l’adoption de la loi sur la restauration de la nature », a déclaré le commissaire, qui est responsable du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), aux journalistes jeudi dernier (6 juillet). [Union européenne, 2023]

Il sera « presque impossible » d’atteindre les objectifs climatiques de l’UE sans la loi sur la restauration de la nature, a déclaré le vice-président de la Commission chargé de l’Action pour le climat, Frans Timmermans, avant un vote crucial du Parlement européen qui décidera du sort de cette loi controversée.

« Toutes les autres propositions dépendent de l’adoption de la loi sur la restauration de la nature », a déclaré le commissaire, qui est responsable du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), aux journalistes jeudi dernier (6 juillet).

Il a expliqué que la loi avait le même rôle pour la biodiversité dans la transition écologique de l’Europe que celui joué par l’historique loi sur le climat, qui a établi un objectif contraignant pour réduire les émissions nettes de l’UE de 55 % d’ici 2030, du côté des émissions.

La loi sur la restauration de la nature, proposée en juin 2022, vise à inverser le déclin de la nature en Europe et constitue un pilier fondamental du Green Deal.

Cependant, suite à l’opposition farouche des partis de droite, en particulier du Parti populaire européen (PPE), la loi ne tient plus qu’à un fil, alors que le Parlement européen se prépare à un vote décisif lors de la session plénière de ce mercredi (12 juillet).

En l’absence d’une majorité évidente pour la soutenir, mais également d’une majorité claire pour la rejeter, il est difficile de savoir si le Parlement donnera finalement son feu vert.

Le rejet de la loi aurait des conséquences désastreuses, estime Frans Timmermans. « Si nous ne parvenons pas à nous mettre d’accord sur la restauration de la nature, nous aurons également des problèmes avec nos objectifs de réduction des émissions, car une grande partie de ce que nous voulons faire dépend de la nature, qui doit fournir la solution », a-t-il expliqué.

Le vice-président de la Commission a souligné l’importance des solutions basées sur la nature et a rappelé que les sols et les forêts en mauvais état sont incapables d’absorber le carbone.

« La restauration de la nature n’est donc pas seulement une valeur en soi pour la biodiversité, ce qui devrait suffire à convaincre les gens, mais elle est également essentielle pour atteindre nos objectifs de réduction des émissions pour 2030 et 2050 », a-t-il déclaré.

Par ailleurs, il a souligné que l’UE avait l’obligation légale d’augmenter la quantité de carbone capturé par la nature en vertu du règlement sur l’utilisation des terres, le changement d’affectation des terres et la foresterie. Cette législation fixe un objectif de 310 millions de tonnes de CO2 à stocker dans la nature d’ici à 2030 dans l’UE, ce qui implique un revirement majeur pour les puits de carbone européens.

« Si la nature n’est pas restaurée, il sera pratiquement impossible d’atteindre nos objectifs climatiques », a indiqué M. Timmermans.

Un débat devenu « tribal »

Déplorant que les discussions sur la nature et les lois climatiques soient devenues « tribales », M. Timmermans a exprimé ses craintes quant à l’orientation future du centre politique et aux conséquences que cela aura sur le processus décisionnel européen.

« Le négationnisme et le scepticisme en matière de climat étaient quelque chose de marginal en politique. Maintenant, si le centre droit va dans cette direction, je pense que nous aurons des problèmes », a-t-il déclaré.

Il a ajouté qu’il fallait toujours compter sur le soutien du centre pour faire passer des lois et a dit espérer que le centre « tiendrait » lors des prochaines élections.

« Pour faire avancer les choses, il faut une majorité, et cette majorité se trouve toujours au centre. J’espère donc que le centre droit comprendra que s’il cherche des majorités à sa droite, ces majorités seront destructrices et non constructives », a-t-il averti.

La nécessité d’une politique climatique forte n’est pas seulement liée à la nature de l’Europe, mais aussi au maintien de la position ambitieuse que l’UE adopte sur la scène internationale.

Par exemple, l’année dernière, lors d’une conférence mondiale sur la biodiversité, l’UE a signé un accord international visant à protéger 30 % de ses terres et de ses mers d’ici à 2030, et elle cherche à renforcer son ambition lors du sommet sur le climat COP 28 qui se tiendra à Dubaï à partir du 30 novembre.

L’UE « ne peut pas se permettre » de reculer sur la question du changement climatique, a déclaré le vice-président, qui vient de rentrer d’un voyage en Chine. Il a également souligné l’importance d’unir les forces avec les États-Unis et la Chine pour atteindre les objectifs mondiaux en matière de climat.

« Nous ne pouvons y parvenir que si nous parlons d’une seule voix », a-t-il ajouté.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]