Les ONG veulent changer une PAC «injuste, illégitime et asociale»
Un collectif d’associations affirme que la politique agricole commune doit aider le secteur à s’orienter vers des systèmes plus durables.
Un collectif d’associations affirme que la politique agricole commune doit aider le secteur à s’orienter vers des systèmes plus durables.
Oui à la politique agricole commune (PAC), à condition qu’elle soit plus juste. C’est, en résumé, la position exprimée par le groupe PAC 2013, essentiellement constitué par des ONG, qui a présenté, jeudi 3 février à Paris, un «guide de la politique agricole commune».
«Nous sommes favorables à la PAC», annonce d’emblée Bernard Cressens, du WWF. Avant d’ajouter : «La PAC est injuste, illégitime et asociale. On n’exige pas une révolution, mais une évolution, un virage.» Il demande que les paysans qui ne respectent pas les règles environnementales de l’UE ne bénéficient plus d’aides européennes : «C’est le principe du pollueur payeur.»
Pour les ONG, la question de la compétitivité de la production agricole de l’UE ne se pose pas. «Sur chacune des productions, l’Europe ne peut plus être compétitive avec les Ukrainiens, les Brésiliens ou les Argentins.» D’où la nécessité de se concentrer sur un changement de modèle agricole. Quoiqu’il en soit, «si la PAC n’est pas réorientée, nous ne la soutiendrons pas», tranche le représentant du WWF.
Systèmes durables
Les membres de PAC 2013 affirment que les paysans doivent disposer de revenus incitatifs, stables et rémunérateurs. Aussi appellent-ils, par exemple, à une maîtrise de la production «pour stabiliser les prix intérieurs à la consommation, en répartissant les droits à produire entre États membres». Ils plaident aussi en faveur d’un regroupement de l’offre par bassins de productions, ainsi que des gestions collectives des volumes par les organisations de producteurs. Mais cela supposerait une évolution du droit de la concurrence européen.
«La PAC doit nous servir à réorienter l’agriculture vers des systèmes plus durables», affirme Geneviève Savigny, de la Confédération paysanne, en évoquant notamment l’agriculture biologique. «La crise alimentaire est une opportunité de changer les choses», poursuit-elle.
Pour les membres du groupe, il est encore temps de peser sur la Commission européenne et sur le gouvernement français pour influencer les débats. «Tout reste encore ouvert», juge Marc Dufumier, de la Fondation Nicolas-Hulot.
Productions fragiles
Il estime que le débat ne se limite pas seulement au «verdissement des aides». Une référence à la volonté de la Commission de lier davantage le versement des subventions européennes au respect, par les agriculteurs, des normes environnementales.
Les ONG portent aussi leur regard sur les marchés de matières premières, qui provoquent de vifs débats depuis la mi-janvier. «Nous devons aussi mettre en place un minimum de stocks régulateurs», affirme M. Dufumier. Une telle initiative serait, selon lui, un bon moyen de limiter la volatilité des prix. Pas question, pour autant, de reproduire le coûteux système de stockage public, conduit par l’Union européenne dans les années 70 et 80. «Il ne s’agit pas de revenir aux stocks pléthoriques d’antan», avertit-il.
Faut-il rééquilibrer, comme l’a récemment proposé Nicolas Sarkozy, les aides, en faveur des productions les plus fragiles? A priori, les membres du groupe n’y sont pas hostiles. « Ce qui nous inquiète, c’est qu’on est en période électorale», affirme Bernard Cressens. «Il ne faudrait pas que cette rénovation serve une démagogie clientéliste», ajoute-t-il.