Les organisations écologistes redoutent la disparition du thon rouge

Dix jours après une réunion de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique, les organisations écologistes dénoncent une baisse des quotas très insuffisante.

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Dix jours après une réunion de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique, les organisations écologistes dénoncent une baisse des quotas très insuffisante.

Six hommes, entourés d’une quinzaine d’autres personnes, déposent un cercueil devant la direction de la pêche du ministère de l’Agriculture et de la pêche. Sur le couvercle sont peints les contours d’un poisson. Des militants du WWF-France sont venus, mercredi 3 décembre, protester contre les dernières décisions prises quant aux ressources de thon rouge.

Les écologistes sont furieux contre l’accord conclu par les 45 parties contractantes de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (CICTA), dont l’Union européenne fait partie, lors de sa dernière réunion. A Marrakech, à l’issue de longues négociations fin novembre, les membres de la CICTA ont en effet décidé d’abaisser les quotas à 22.000 tonnes par an pour 2009, puis 19.950 en 2010, contre 28.500 pour cette année.

La victoire du «cynisme»

Cette baisse de 30% en deux ans est très loin de satisfaire les organisations écologiques, qui ne trouvent pas de mots assez durs pour la qualifier : «requiem pour le thon», «obsèques», «décision désastreuse», «une farce», la victoire du «cynisme» et la «fin de la partie». Elles ont pourtant maintenu une pression maximale sur les membres de la CICTA. Présent au Maroc, le WWF a lancé une pétition pour la suspension de la pêche du thon rouge signée par 16.000 personnes, dont des restaurateurs et des grandes surfaces. De son côté, Greenpeace avait déversé le 17 novembre – premier jour de la réunion de Marrakech – cinq tonnes de têtes de thon rouge rue de Varenne, devant le ministère de l’Agriculture et de la pêche.

En septembre, un rapport commandé par la CICTA à des experts indépendants préconisait de limiter les prises annuelles à 15.000 tonnes, en considérant ce chiffre comme un maximum. Il avait dénoncé «une parodie de gestion en matière de pêcheries».

Mercredi, Charles Braine, chargé du programme pêche au WWF-France, a appelé les ministres de la pêche de l’Union européenne, qui se réuniront le 22 décembre dans le cadre d’un conseil des ministres européens, à adapter leurs propres quotas aux estimations des scientifiques de la CICTA. Arguant du fait que l’Union européenne bénéficie de 58% des quotas de thon rouge internationaux, il demande aux Vingt-Sept d’appliquer ce pourcentage aux 15.000 tonnes prônées par le rapport paru en septembre… soit un plafonnement des pêches à 8.000 tonnes par an pour les pêcheurs européens.

«Compromis réaliste»

De son côté, le ministre français de l’Agriculture et de la pêche, Michel Barnier, défend un «compromis réaliste», alors que la France constitue le premier pays pêcheur de thon rouge. La Commission européenne, pour sa part, se félicite du plan de la CICTA. «Le fait qu’il ait été possible d’atteindre un consensus sur ces questions avec le soutien non seulement d’une vaste majorité des membres de la CICTA, mais aussi des États membres de l’Union européenne et des parties prenantes, témoigne de la gravité de la situation et de la majorité de tous les participants.»

Le plan comprend notamment un raccourcissement de quatre mois de la campagne de pêche pour les senneurs à senne coulissante, qui utilisent les navires les plus capteurs de ressources. Par ailleurs, il prévoit de mettre en place des plans de pêche nationaux afin de garantir que l’effort soit limité en fonction des quotas à l’attribution de quotas individuels à tous les navires de plus de 24 mètres, un cadre de contrôle rigoureux pour les opérations conjointes de pêche et l’obligation de mettre à la disposition des observateurs et des inspecteurs des enregistrements vidéo réalisés par les opérateurs lors des activités de pêche et d’élevage.

Car la fraude reste un point central de ce dossier. Un rapport de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) paru en octobre souligne qu’«en dépit de la décroissance des captures officielles après 1996, la communauté scientifique estime que les captures de thon rouge dans l’Atlantique Est et la Méditerranée sont d’environ 50.000 tonnes par an.»