Les organisations environnementales demandent que des mesures soient prises pour lutter contre les « angles morts » des données agrochimiques
Dans une lettre ouverte, elles appellent à remédier aux « angles morts » des données sur les produits agrochimiques.
Dans une lettre ouverte, des organisations environnementales et des organismes de santé de l’ensemble de l’UE ont demandé que des mesures soient prises pour remédier aux « angles morts » des données sur les produits agrochimiques, affirmant que cela compromet les objectifs écologiques de l’UE et alimente la méfiance au sein de la société.
La lettre, envoyée lundi 8 novembre et co-signée par 28 organisations actives dans toute l’UE, indique qu’Eurostat reçoit des données incomplètes sur l’utilisation des pesticides, ce qui entraîne des lacunes dans la surveillance de la situation dans l’Union.
La publication de cette lettre intervient alors que la réforme des statistiques agricoles de l’UE est en attente de la position du Parlement européen en première lecture. Selon les signataires de la lettre, cette réforme est d’une « grande importance ».
« S’assurer qu’il y aura des données pertinentes, fiables et publiques pour suivre les progrès réalisés vers ces objectifs est tout aussi crucial », indique la lettre, soulignant que, sans mettre de systèmes en place pour collecter et publier ces données, les objectifs fixés ne sont que « des promesses politiques vides ».
Les signataires de la lettre soulignent que les réformes définiront les données qui seront disponibles pour le suivi des progrès réalisés en matière d’utilisation durable et de réduction des pesticides. Ces progrès sont un élément clé de la politique alimentaire et agricole phare de l’UE appelée « de la ferme à la table » (Farm to Fork).
Actuellement, l’office statistique de l’Union européenne, Eurostat, ne reçoit des États membres que des « données incomplètes » sur la vente et l’utilisation des pesticides. De leur côté, les organisations affirment publier de vagues ensembles de données agrégées en raison de la faiblesse du cadre juridique actuel.
Selon les associations, cela signifie qu’il n’existe pas de données précises indiquant quels pesticides ont été utilisés, à quels endroits, quand et en quelles quantités ils l’ont été au cours des dernières années pour produire des aliments dans l’UE.
« Si ces données ne sont pas collectées et communiquées, il sera impossible de mesurer l’évolution de l’efficacité de la mise en œuvre de la politique, et nous resterons aveugles à la situation réelle sur le terrain », ont-elles déclaré, soulignant que l’UE est « à la traîne » dans ce domaine.
Selon la lettre, ce manque de transparence alimente également la méfiance de la société civile, ajoutant qu’il « pénalise tout le monde, sauf l’industrie chimique », étant donné que les actions ambitieuses des États ne peuvent être prouvées. Dans le même temps, les efforts et les investissements des agriculteurs passent sous le radar et les habitants des zones rurales sont « privés de leur droit de recevoir des informations sur l’environnement ».
« C’est malheureusement l’état actuel des choses qui entraîne une plus grande méfiance envers les gouvernements et l’ensemble du secteur agricole », soulignent les organisations.
Pour remédier à cette situation, l’association demande la collecte annuelle systématique et électronique de tous les registres des agriculteurs, non seulement en ce qui concerne les pesticides mais aussi les biocides et les produits vétérinaires. Elle suggère également que ces données sur l’utilisation des pesticides soient rendues accessibles au public avec une publication systématique et un niveau de détail significatif.
Alice Bernard, avocate à ClientEarth, une association de défense de l’environnement et également l’un des signataires de la lettre, a déclaré que les pesticides sont actuellement utilisés partout dans l’UE. Pourtant, nous n’avons « aucune idée de ceux qui sont utilisés, où et en quelles quantités ».
« L’UE s’est engagée à réduire de moitié l’utilisation des pesticides ainsi que les risques liés à ceux-ci d’ici à 2030, mais sans une collecte de données précises pour suivre les progrès, il s’agit d’une promesse vide de sens », a-t-elle déclaré, ajoutant que cette réforme des statistiques pourrait « faire ou défaire la stratégie “de la ferme à la table” ».
En réponse à la lettre, Croplife Europe, qui représente l’industrie phytopharmaceutique européenne, a déclaré que le fait de disposer d’informations plus précises sur ce qui est utilisé et à quels endroits permettrait de « mieux comprendre la situation sur le terrain et la manière dont les principes de la lutte antiparasitaire intégrée sont réellement appliqués ».
À ce titre, elle a déclaré que son industrie « plaiderait pour l’exploitation du potentiel des données déjà collectées », par exemple par le biais des chiffres de la directive sur l’utilisation durable des pesticides collectés par les États membres sur l’utilisation et la vente.
EURACTIV a contacté la Commission, mais celle-ci n’a pas donné de réponse avant cette publication.