Les Ouzbeks votent pour réélire leur président

Les élections présidentielles qui se sont tenues en Ouzbékistan dimanche 24 octobre ne laissent guère de doute quant à la réélection du président sortant, Shavkat Mirziyoyev, qui a ouvert le pays d’Asie centrale au monde ces dernières années.

EURACTIV.com
Uzbeks vote
L’absence de rideaux dans les isoloirs — due aux mesures sanitaires en vigueur — n’a pas semblé déranger les électeurs. [Georgi Gotev]

Les élections présidentielles qui se sont tenues en Ouzbékistan dimanche 24 octobre ne laissent guère de doute quant à la réélection du président sortant, Shavkat Mirziyoyev, qui a ouvert le pays d’Asie centrale au monde ces dernières années, pour un nouveau mandat de cinq ans.

Notre correspondant a pu observer à Tachkent des électeurs déposer fièrement leur bulletin de vote sans le plier, ce qui rendait souvent visible leur choix à l’intérieur des urnes transparentes.

En l’occurrence, le nom de Mirziyoyev était systématiquement coché sur le bulletin de vote. De nombreux électeurs avec lesquels EURACTIV s’est entretenu ont dit qu’ils souhaitaient que le président sortant continue à transformer le pays comme il l’a fait depuis son arrivée au pouvoir il y a cinq ans. Plusieurs ont qualifié l’élection de «  célébration  ».

L’absence de rideaux dans les isoloirs — due aux mesures sanitaires en vigueur — n’a pas semblé déranger les électeurs.

M. Mirziyoyev, aujourd’hui âgé de 64 ans, a pris la tête du pays le plus peuplé d’Asie centrale en 2016, à la suite de la mort de son prédécesseur et ancien mentor à la poigne de fer, Islam Karimov, qui avait régné pendant près de trois décennies.

Shavkat Mirziyoyev a été salué pour avoir ouvert le pays au monde, ce qui a amélioré le niveau de vie des ouzbeks. Sur la scène internationale, il a facilité la coopération régionale et s’est engagé de manière constructive avec les acteurs mondiaux.

Lors des élections, M. Mirziyoyev devra faire face à quatre adversaires relativement discrets.

Des adversaires discrets

Chacun des cinq candidats se présente au nom de l’un des cinq partis politiques représentés au parlement ouzbek : le Parti libéral démocrate (Mouvement des entrepreneurs et des hommes d’affaires) auquel appartient M. Mirziyoyev, le Parti démocratique du peuple, dont la candidate est Maqsuda Vorisova, thérapeute de formation, le Parti social-démocrate «  Adolat  » et son candidat Bahrom Abduhalimov, le Parti démocratique «  Milliy Tiklanish  » et son candidat Alisher Qodirov, et le dernier-né, le Parti écologique, et son candidat Narzullo Oblomurodov.

Le système électoral ne permet à chaque parti politique de nommer qu’un seul candidat, soit quelqu’un issu de ses rangs, soit un candidat non partisan.

Les candidats indépendants et non partisans ne peuvent pas légalement déposer eux-mêmes leur candidature.

À Tachkent, il y avait peu de signes visibles de la campagne dimanche (24 octobre), comme des affiches ou des panneaux d’affichage, en raison d’une disposition légale interdisant leur affichage le jour du scrutin.

Quelque 120. 000 Ouzbeks à l’étranger ont voté au cours de la semaine écoulée, la grande majorité d’entre eux en Russie et dans d’autres républiques post-soviétiques. À l’intérieur du pays, pour la première fois, des citoyens présents dans une autre région que celle de leur résidence ont été autorisés à voter, grâce à une meilleure coopération en ligne entre les autorités électorales.

Les médias occidentaux reprochent parfois à M. Mirziyoyev de ne pas être un réformateur, y compris dans la sphère politique. Mais le journaliste Shoxruz Mirzaqobilov a déclaré à EURACTIV que ces élections n’avaient « rien à voir » avec les élections sous Karimov lorsque, selon ses dires, nombre de ses collègues étaient en prison. Il a souligné qu’en tant que journaliste, il se sentait désormais libre de faire son travail sans pression excessive.

L’Ouzbékistan a été relativement épargné par la crise de la Covid-19 et un grand nombre d’observateurs et d’invités étrangers sont venus pour les élections. La grande majorité d’entre eux étaient des observateurs à court terme, principalement là pour le jour de l’élection.

L’un d’entre eux était Aygul Kuspanova, ancienne ambassadrice du Kazakhstan en Belgique, qui est désormais à la tête de la commission des affaires étrangères du parlement kazakh.

Elle a déclaré à EURACTIV que l’élection permettait de mesurer le soutien apporté aux dirigeants actuels de l’Ouzbekistan, qu’elle a loué pour son libéralisme et sa modernisation. Elle a déclaré que cela avait entraîné un triplement du commerce entre les deux pays centre-asiatiques, ainsi qu’une explosion du tourisme et des échanges.

Mme Kuspanova a déclaré que le Kazakhstan et l’Ouzbékistan partageaient le même processus de démocratisation et qu’ils défendaient tous deux la coopération régionale.

Les restrictions d’accès à l’internet sont cependant toujours en vigueur en Ouzbékistan. Human Rights Watch qualifie toujours le système politique du pays d’autoritaire. Les diplomates occidentaux affirment que l’Ouzbékistan ne peut être comparé aux membres de l’UE en termes de normes démocratiques, mais reconnaissent en général certains progrès.

Un diplomate a déclaré que M. Mirziyoyev aurait pu suivre les traces de M. Poutine et introduire une législation qui le maintiendrait au pouvoir à vie, mais qu’il a au contraire lancé certaines réformes qui rendent l’élection présidentielle un peu plus démocratique.

Au moment de la publication de cet article, le taux de participation était estimé à 80 % des 16 millions d’électeurs. Aucun sondage de sortie des urnes n’a été effectué et aucun résultat préliminaire n’est attendu. Les résultats officiels sont attendus ce lundi 25 octobre.

La précédente élection, en 2016, avait été critiquée par l’OSCE notamment pour des bourrages d’urnes et il n’y aurait toujours pas de garantie contre le fait qu’un électeur dépose plus d’un bulletin.