Les retards de vols ont quintuplé en 2022 par rapport à 2021

Les passagers européens ont dû patienter plus longtemps avant d’atteindre leur destination en 2022 par rapport à 2021, en raison d’une reprise du trafic aérien après la crise de la COVID, de la guerre en Ukraine, mais aussi d'un manque criant de capacité de l’espace aérien.

Euractiv.com
Delay_flight
À l’heure actuelle, les avions de l’UE ne peuvent pas survoler le Bélarus, la Russie et l’Ukraine, ce qui les oblige à emprunter d’autres itinéraires pour survoler l’est de l’Union européenne.[muratart / Shutterstock.com] [<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/white-passenger-airplane-flying-sky-amazing-1293827935" target="_blank" rel="noopener">SHUTTERSTOCK/muratart</a>]

Les passagers européens ont dû patienter plus longtemps avant d’atteindre leur destination en 2022 par rapport à 2021, en raison d’une reprise du trafic aérien après la crise de la Covid, de la guerre en Ukraine, mais aussi d’un manque criant de capacité de l’espace aérien. 

Un nouveau rapport de l’organe d’évaluation des performances (OEP), un organisme de l’UE chargé de contrôler la qualité de l’utilisation de l’espace aérien européen, révèle que les retards en 2022 ont augmenté de quelque 400 % par rapport à l’année précédente.

L’OEP surveille la fluidité du trafic dans l’espace aérien européen et les retards en cours de vol. Le rapport évalue les États membres à la lumière des objectifs fixés dans les domaines de la sécurité, de la capacité, de l’environnement et du rapport coût-efficacité.

Le retard en cours de vol moyen était de 1,74 minute par vol en 2022, contre 0,32 minute par vol en 2021.

Ces retards dus à des itinéraires détournés peuvent causer des contretemps au sol, car les créneaux de décollage et d’atterrissage ne sont pas respectés, ce qui perturbe les horaires de vol.

Les retards des vols en 2022 s’élèvent au total à plus de 14 millions de minutes.

La moyenne des retards au départ est d’un peu plus de 19 minutes par vol, principalement en raison de problèmes de capacité des aéroports. Ainsi, 39 % des vols ont accusé des retards de plus de 15 minutes, contre 29 % l’année précédente.

La conclusion du rapport est que les plans de performance convenus pour l’espace aérien européen n’ont pas été respectés par un grand nombre d’États membres, au détriment des passagers.

Selon le rapport, l’objectif environnemental pour 2022, qui repose sur des itinéraires plus efficaces et réduisant les émissions, « n’a de loin pas été atteint ». 25 pays de l’UE n’ont pas respecté leurs objectifs nationaux.

« Ce rapport de suivi montre que les performances des États membres varient considérablement. Bien que certains [fournisseurs de services de navigation aérienne] aient relevé le défi, d’autres n’ont pas connu d’amélioration significative ou se sont même détériorés », a écrit la présidente de l’OEP, Cathy Mannion.

En dépit des performances médiocres dans de nombreux domaines examinés, les normes de sécurité sont restées élevées.

Espace aérien restreint

Alors que le trafic aérien a augmenté de 52 % par rapport à 2021 en raison de l’assouplissement des restrictions de voyage liées à la pandémie, l’espace aérien ouvert aux transporteurs s’est rétréci.

En réponse à la guerre en Ukraine, les dirigeants européens ont rapidement fermé l’espace aérien de l’UE aux avions russes, ce qui a incité le Kremlin à prendre des mesures similaires à leur égard. À l’heure actuelle, les avions de l’UE ne peuvent pas survoler le Bélarus, la Russie et l’Ukraine, ce qui les oblige à emprunter d’autres itinéraires pour survoler l’est de l’Union européenne.

Toutefois, les ramifications du conflit ukrainien « ne peuvent expliquer que partiellement (et localement) ces résultats », selon le rapport. Ce serait plutôt le manque de préparation des contrôleurs aériens face à l’augmentation du trafic qui serait à l’origine de cette situation :

« Les résultats obtenus à l’échelle de l’UE montrent qu’une majorité de [fournisseurs de services de navigation aérienne] n’ont pas saisi l’occasion de se préparer au redémarrage prévu du trafic en mettant en œuvre les mesures nécessaires et prévues pour fournir plus de capacité et améliorer les performances environnementales. »

Les compagnies aériennes, qui réclament depuis longtemps que le contrôle du trafic aérien soit centralisé plutôt que de relever de la compétence de chaque État membre, ont critiqué le fait que les pays de l’UE n’aient pas fourni de capacité d’espace aérien adéquate.

Ourania Georgoutsakou, directrice générale du groupe de pression des compagnies aériennes A4E, a déclaré que le rapport était un « appel à l’action ».

« Nous devons renforcer la capacité de l’espace aérien européen, mener des réformes opérationnelles et permettre aux compagnies aériennes d’opérer de manière plus efficace », a-t-elle déclaré, soulignant les avantages environnementaux de trajectoires de vol plus efficaces.

« Nous ne pouvons pas nous permettre une nouvelle augmentation de 400 % du retard moyen par vol. Les passagers européens méritent mieux », a-t-elle ajouté.

Les contrôleurs aériens évoquent des défis

En réaction au rapport, CANSO, un organisme mondial représentant les entreprises qui assurent le contrôle du trafic aérien, a souligné le fait que les fermetures de l’espace aérien et les nouveaux itinéraires de vol résultant de la guerre en Ukraine ont compliqué les opérations en 2022.

Parallèlement, la hausse de la demande provoquée par l’assouplissement des restrictions liées à la Covid n’a fait qu’exacerber la situation.

« Répondre à la recrudescence de demande de voyages aériens a été un défi pour l’ensemble du secteur de l’aviation, y compris la gestion du trafic aérien », a déclaré un porte-parole de CANSO à Euractiv.

L’organisation a fait remarquer que certains pays ont mis en place de nouveaux systèmes de gestion du trafic aérien en 2022 — une perturbation exceptionnelle — et que les mauvaises conditions météorologiques ont également eu un impact.

Actuellement, le système de performance et de tarification de l’UE fixe les paramètres de ce que les fournisseurs de services de navigation aérienne peuvent facturer aux compagnies aériennes. Pour améliorer la situation, CANSO a demandé à ses membres de pouvoir prévoir un budget pour des investissements plus importants.

« Si nous nous tournons vers l’avenir, la gestion de l’augmentation prévue du trafic aérien et de la complexité croissante du trafic nécessite des investissements dans la technologie et dans le personnel », a déclaré le porte-parole.

« Ce n’est qu’ainsi que [les fournisseurs de services de navigation aérienne] disposeront de moyens financiers suffisants pour investir dans les ressources nécessaires — c’est-à-dire le personnel et l’infrastructure — afin de satisfaire les besoins de leurs clients. »