Les soins de santé, un investissement et non un fardeau
Le commissaire européen à la santé déplore que les États membres réduisent les budgets consacrés à la santé pour faire face à la récession. Sans reconnaître que des systèmes de soins efficaces sont synonymes de prospérité.
Le commissaire européen à la santé déplore que les États membres réduisent les budgets consacrés à la santé pour faire face à la récession. Sans reconnaître que des systèmes de soins efficaces sont synonymes de prospérité.
Tonio Borg, le commissaire en charge de la santé, s'est exprimé lors de la conférence annuelle de l'Alliance européenne de santé publique (EPHA) le 4 septembre à Bruxelles. La crise financière et économique a récemment ouvert un débat sur la durabilité des systèmes européens de soins de santé et sur les contraintes budgétaires, indique-t-il.
La santé représente cependant une valeur à part entière et un moteur essentiel de prospérité, estime le commissaire maltais.
Et des dépenses intelligentes dans la santé sont synonymes de croissance.
« Nous devons reconnaître que l'amélioration de la santé peut également stimuler la croissance économique, car les personnes restent actives plus longtemps », affirme-t-il dans une vidéo de la Commission européenne.
« La santé est trop souvent considérée comme un coût, une perte, un fardeau, et non comme un investissement pour l'avenir qui peut donner d'excellents résultats. L'avenir de la politique européenne de la santé devrait se baser sur le fait que la législation de l'UE et la coopération peuvent améliorer les résultats en matière de santé », précise Tonio Borg.
Vytenis Povilas Andriukaitis, le ministre lituanien de la santé, se fait l'écho du commissaire. Son pays préside actuellement le Conseil de l'UE.
Selon M. Andriukaitis, les États membres devraient se concentrer sur la réorganisation de leurs services de soins de santé au lieu de les diminuer.
L'amélioration de l'efficacité des systèmes de soins de santé est indispensable afin de trouver l'équilibre entre l'innovation et le principe de solidarité.
« La santé est une valeur à part entière », répète M. Andriukaitis.
« C'est également une condition sine qua non à la prospérité économique. La santé influence les résultats économiques en termes de productivité, d'offre de main-d’œuvre et de capital humain. L'investissement dans la santé favorise l'innovation, crée de nouvelles compétences et des emplois », explique le ministre.
Une lente adoption
Dans de nombreux États membres, les problèmes liés aux coûts et à la durabilité des dépenses publiques dans les médicaments sont antérieurs à la crise.
En Grèce, la totalité du système de santé publique subit une pression énorme en raison des mesures d'austérité. En Espagne, le gouvernement a restreint en toute légalité l'accès aux soins pour les migrants sans papiers.
Dans le même temps, des groupes déjà vulnérables avant la crise, à l'instar des migrants sans papiers, des demandeurs d'asile, des toxicomanes, des travailleurs du sexe, des citoyens européens pauvres et des sans-abri, ont constaté une réduction dans les filets de sécurité sociale qui leur accordent de l'aide de base.
Selon Yves Leterme, le vice-secrétaire général de l'Organisation de coopération et de développement économiques, même si la croissance (y compris dans la zone euro) suit une voie durable à l'avenir, les inégalités et le chômage resteront importants et représenteront toujours un défi pour les États-providence européens.
« Le message principal aujourd'hui, c'est que nous devons adapter nos politiques et nos systèmes de soins de santé à une nouvelle réalité », estime-t-il.
« Jusqu'à présent, cela n'a pas été fait, malgré toutes les réductions [des budgets] de santé dans de nombreux pays. Aujourd'hui encore, les systèmes de soins de santé dans la plupart des États membres sont souvent remarquablement inefficaces et inefficients », conclut-il.