Les syndicats demandent un "bilan" du marché européen de l'électricité à l'aune des débats sur l'avenir d'EDF

A priori, les syndicats français de l'énergie ne sont pas opposés au projet de l'État de détenir 100% du capital d'EDF. En revanche, ils demandent que cette réforme soit accompagnée d'une réflexion sur la réforme du marché européen de l'électricité.

Euractiv France
Paris,,France,,12.17.2020,Gathering,Of,Energy,Unions.
« Pourquoi nationaliser EDF si ça ne change rien ? » s'interroge Alexandre Grillat, Secrétaire national aux affaires publiques du syndicat des cadres CFE-CGC Énergies contacté par EURACTIV.  [Shutterstocks / Mathieu FEVRY]

A priori, les syndicats français de l’énergie ne sont pas opposés au projet de l’État de détenir 100% du capital d’EDF. En revanche, ils demandent que cette réforme soit accompagnée d’une réflexion sur la réforme du marché européen de l’électricité.

« Pourquoi nationaliser EDF si ça ne change rien aux problèmes ? » s’interroge Alexandre Grillat, Secrétaire national aux affaires publiques du syndicat des cadres CFE-CGC Énergies contacté par EURACTIV. 

« Bruno Le Maire [ministre de l’Économie] se gausse de dire que l’État sera toujours au côté d’EDF. Or, l’État a failli depuis 20 ans en imposant à l’entreprise tout et son contraire » assène-t-il.

Avec son homologue Fabrice Coudour, Secrétaire fédéral de la fédération nationale des mines et de l’énergie (FNME) de la CGT, aussi contacté par EURACTIV, tous deux demandent en premier lieu que ce projet de l’État remette à flot les capacités financières propres du fleuron de l’énergie française.

Réforme de l’ARENH

Pour rendre ses capacités à l’entreprise, les syndicalistes réclament en priorité la fin du dispositif d’accès régulé à l’énergie nucléaire historique (ARENH) qui oblige EDF à vendre son électricité à prix fixe (42€/MWh) avant de la racheter sur le marché au prix fort.

Le représentant de la CGT, M. Coudour, va encore plus loin, proposant un retour au « tarif réglementé de vente » de l’énergie qui refléterait seulement les coûts de production et d’investissement, actuellement autour de 60 à 70€ par mégawattheure (MWh).

Cette différence avec le prix de l’ARENH pourrait être financée en partie par une baisse de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 20% à 5,5%, propose ainsi M. Coudour.

Sans démantèlement d’EDF

Les deux syndicalistes restent également opposés au démantèlement de l’entreprise tel que prévu par le projet Hercule actuellement suspendu, mais que le gouvernement pourrait ressortir des cartons dans les prochains mois.

« Il faut bien voir que le choix de ne pas changer le caractère de société anonyme (SA) d’EDF donne complètement la main à un État actionnaire unique de morceler à court terme l’entreprise. Et ce, sans débat parlementaire », déclare M. Coudour.

Pour cette raison, la CGT souhaite qu’EDF devienne un établissement public industriel et commercial (EPIC).

« C’est une ‘nouvelle nationalisation’ que nous proposons, mais pour l’ensemble des filières électricité et gaz par la mise en place d’un EPIC qui regroupe l’ensemble des entreprises du secteur de l’énergie », explique le représentant de la CGT.

Selon lui, le maintien d’un EDF unique permettrait en outre de créer les conditions nécessaires pour rembourser la dette du groupe et profiter de l’appétence des marchés financiers pour les énergies renouvelables.

De son côté, la CFE-CGC n’a « pas de religion sur la forme EPIC ou SA », tant que cela permet de mettre en route de nouvelles capacités financières et le programme nucléaire annoncé par le Président de la République.

En revanche, « Hercule et sa logique sont contraires à l’intérêt général », déclare M. Grillat. Mais « il y a des alternatives », comme par exemple « une introduction en Bourse de la filiale EDF Renouvelables et ainsi faciliter son développement ».

Son syndicat ne s’opposera pas à cette « souplesse actionnariale », si toutefois EDF reste actionnaire majoritaire de sa filiale.

Réforme du marché européen de l’électricité

Toutefois, selon les deux syndicalistes, aucunes de ces mesures ne tiendraient la route si l’Union européenne ne revenait pas sur un point-clé : son marché de l’électricité.

Le prix de l’électricité sur le marché européen est actuellement défini par le coût « marginal » du dernier MWh le plus cher produit. Soit, du fait de la crise, le prix d’un MWh de gaz.

Une situation « absurde«  de l’aveu du Ministre de l’économie et des finances Bruno Le Maire qui réclame depuis de longs mois, avec l’Espagne, des « solutions structurelles«  pour réformer le marché de l’électricité et le dissocier de celui du gaz.

Pour le représentant de la CGT, le sujet est clos : « la 1ère chose qui crée la problématique, c’est le marché de l’énergie qui oblige à réfléchir à court terme et qui fait exploser les factures ».

« L’urgence c’est d’avoir le courage de dire qu’il faut déroger au marché de l’électricité, comme l’a fait l’Espagne, de façon tout à fait légale », avance-t-il.

De son côté, M. Grillat pense néanmoins qu’une dérogation de ce type ne pourrait exister sans une réforme structurelle du système européen, dans la mesure où la France se trouve dans une position centrale, entre la péninsule ibérique et le reste de l’Europe.

« Nous souhaitons simplement que l’Union européenne fasse un bilan honnête de l’ouverture du système de marché de l’électricité, de ses failles, et donc des possibles réformes, voire de sa négation », dans la mesure où « l’énergie est un bien commun », avoue-t-il.

[Édité par Frédéric Simon]