Les turbulences macroéconomiques accentuent les désaccords sur la gouvernance de la zone euro
La Banque centrale européenne a maintenu ses taux directeurs inchangés pour le mois de décembre. Les perspectives de croissance en berne, l’inflation en hausse et le niveau record de l’euro forment un cocktail explosif rendant la politique monétaire de la BCE et les questions de gouvernance économique de la zone euro à la fois cruciales et difficiles.
La Banque centrale européenne a maintenu ses taux directeurs inchangés pour le mois de décembre. Les perspectives de croissance en berne, l’inflation en hausse et le niveau record de l’euro forment un cocktail explosif rendant la politique monétaire de la BCE et les questions de gouvernance économique de la zone euro à la fois cruciales et difficiles.
Contexte :
La politique monétaire de la Banque Centrale Européenne (BCE) est soumise à un examen d’autant plus attentif que la conjoncture macroéconomique, à laquelle elle est censée apporter une solution, est délicate. La zone euro est en effet confrontée au cocktail explosif des prévisions de croissance en berne, de l’inflation en hausse et de l’euro fort.
Ces conditions difficiles viennent renouveler le débat sur les réformes à apporter à la gouvernance économique de la zone euro. L’architecture institutionnelle et la répartition des compétences de l’Union Economique et Monétaire (UEM) sont en effet complexes. Alors que la politique monétaire est une compétence communautaire exclusive, le budget européen est en effet trop limité par rapport aux budgets nationaux pour avoir un quelconque effet macroéconomique. Les mécanismes de coordination de l’ensemble sont donc d’une grande importance pour le succès économique de la zone.
Enjeux :
Le mandat de la BCE
La question la plus présente dans les débats actuels est celle de l’articulation entre les politiques économique nationales et la politique monétaire européenne. Le Traité de l’UE prévoit en effet que la BCE dispose d’une pleine indépendance dans la poursuite d’un objectif principal, la maîtrise de l’inflation, et d’un objectif secondaire, le soutien aux politiques économiques en général.
Face aux conséquences négatives de la vigueur de l’euro notamment, un certain nombre de décideurs économiques et politiques, parmi lesquels Nicolas Sarkozy, accusent régulièrement les banquiers centraux européens de se concentrer exclusivement sur l’inflation en n’ayant aucune considération pour des objectifs plus généraux de compétitivité, de croissance et d’emploi (Lire EURACTIV 5/10 et 19/09).
Stabilité des prix et croissance économique ne sont pourtant pas opposés, au contraire. La BCE ne se désintéresse pas non plus de la morosité des perspectives de croissance, preuve en est de sa décision de maintenir une nouvelle fois son taux directeur inchangé le 6 décembre malgré une inflation record de 3% au mois de novembre, bien au dessus de sa cible maximum de 2%.
La discipline budgétaire
La coordination des politiques budgétaires des États de la zone euro se trouve également régulièrement au centre de controverses. Le pacte de stabilité a été en effet une première fois réformé en 2005, après la violation de sa première mouture par plusieurs États dont l’Allemagne et la France. L’Allemagne a considérablement amélioré depuis sa discipline budgétaire alors que la France s’est au contraire attiré les foudres de ses partenaires européens en annonçant qu’elle reculait de 2010 à 2012 l’objectif d’équilibre budgétaire (Lire EURACTIV 13/11).
Jacques Mistral, directeur des études économiques de l’IFRI, et Wolfgang Munchau, éditorialiste spécialiste de l’économie européenne au Financial Times, se sont accordés à dire, à l’occasion d’une conférence de l’IFRI sur la gouvernance de la zone euro, que la forte probabilité que la France viole à nouveau le pacte de stabilité est extrêmement négative pour la cohésion de la zone euro, d’autant plus que l’Allemagne et la France seront cette fois opposés.
Wolfgang Munchau a aussi estimé que les controverses incessantes autour du mandat de la BCE et du pacte de stabilité étaient « un débat inutile » et détournaient l’attention de « questions plus importantes ».
La coordination des politiques structurelles
Les réformes structurelles, particulièrement celle du marché du travail, sont ainsi particulièrement vitales au fonctionnement de la zone euro. Alors que l’Allemagne réussit à maintenir ses coûts salariaux relativement stables, au prix de gros efforts, le coût de la main d’œuvre en France ou en Espagne a au contraire augmenté de plus de 3% en un an (indicateur Eurostat sept. 2007). Un tel manque de coordination structurelle conduira la zone euro « assez rapidement aux pieds du mur », selon Jacques Mistral.
L’action extérieure de la zone euro
La représentation extérieure de la zone euro s’est beaucoup améliorée notamment grâce à l’introduction en 2004 d’une présidence stable à l’Eurogroupe, la réunion des ministres des finances de la zone euro. Le déplacement en Chine, le 27 novembre 2007, des trois principaux dirigeants monétaires de l’UE, le commissaire Almunia, le président de l’Eurogroupe Juncker et le gouverneur de la BCE Trichet, ainsi que la création d’un groupe de travail sino-européen sur les questions de change traduisent également un renforcement du poids de l’Europe dans les questions monétaires internationales.
Dans le contexte actuel de hausse excessive de l’euro, encore aggravé par les annonces récentes par EADS et Airbus de leur intention de délocaliser une partie de leur production (Lire EURACTIV 6/12), la question de la nécessité d’une politique européenne de change se pose fortement. Les banquiers centraux européens sont ainsi régulièrement critiqués, notamment du côté français, pour leur absence de réaction. C’est pourtant les ministres des finances, et non la BCE, qui détiennent la compétence de déterminer un objectif de change. Si l’UE n’a jamais réussi à en fixer, c’est donc d’abord à cause des divergences profondes existant entre les États membres, notamment entre la France et l’Allemagne, sur le cours souhaitable de l’euro.