Les Verts se défendent de tout accommodement sur l'Europe après l'accord passé avec LFI
Les Verts font bloc pour défendre leur nouveau partenariat avec le parti de Jean-Luc Mélenchon en vue des législatives, tandis que le parti est accusé de compromission sur l’Europe.
Les Verts font bloc pour défendre leur nouveau partenariat avec le parti de Jean-Luc Mélenchon en vue des législatives, tandis que le parti est accusé de compromission sur l’Europe.
L’accord politique passé entre Europe Écologie Les Verts (EELV) et le parti de Jean-Luc Mélenchon dans la perspective des élections législatives de juin fait couler beaucoup d’encre. Un passage, en particulier, a donné lieu à de nombreuses critiques : celui sur l’Europe.
« Mais si certaines règles européennes sont un point d’appui (protection des consommateurs, normes environnementales…), de nombreuses autres sont en décalage voire en contradiction avec les impératifs de l’urgence écologique et sociale », peut-on lire dans le texte final.
Pour être en mesure d’appliquer le programme de la « Nouvelle Union populaire écologique et sociale », les partis se disent même « prêts à désobéir à certaines règles européennes (en particulier économiques et budgétaires comme le pacte de stabilité et de croissance, le droit de la concurrence, les orientations productivistes et néolibérales de la Politique Agricole Commune etc.) ».
Si l’accord précise que cela ne peut se faire que dans le respect de l’État de droit et que « la France ne peut avoir pour politique ni la sortie de l’Union, ni sa désagrégation, ni la fin de la monnaie unique », les Verts sont désormais accusés de rogner sur leurs engagements historiquement pro-européens et de reprendre la dialectique des Insoumis.
« On pourrait presque mettre “Europe” entre parenthèses dans le nom du parti », explique la députée macroniste Sabine Thillaye à EURACTIV, ne cachant pas sa grande « surprise » face à l’accord dévoilé lundi (2 mai).
Elle trouve l’appel à la « désobéissance » de certaines règles européennes « hallucinante », observant qu’on a pu « entendu la même chose du côté du Rassemblement national » de Marine Le Pen, dont le programme pour la présidentielle était accusé de mener à un « Frexit » de fait.
« Changer les règles unilatéralement c’est aussi une forme de “Frexit”, c’est une bombe à fragmentation », note-t-elle. Et de rappeler que, selon elle, s’attaquer à l’Europe, c’est se tromper de cible tant l’UE est nécessaire pour les défis auxquels la France fait face.
Les Verts font bloc derrière l’accord
Mais à Strasbourg, où EELV siège au sein du groupe des Verts dans l’hémicycle, il n’en est rien. Le sujet est d’ailleurs discuté en interne cette semaine, à l’occasion de la session plénière du Parlement européen qui réunit tous les élus.
« Ce ne sera pas l’Europe à la carte », confirme l’eurodéputée écologiste française Karima Delli à EURACTIV. Elle explique ne pas comprendre les critiques et que l’accord politique passé entre son parti en France et celui de Jean-Luc Mélenchon a donné lieu à beaucoup d’extrapolation.
« Des inflexions notables ont été obtenues qui modifient les orientations originelles de LFI », souligne, quant à lui, David Cormand, l’eurodéputé écologiste français, sur Twitter. Le parti Jean-Luc Mélenchon ne fermait à l’origine pas la porte à une sortie de l’UE en cas d’impasse dans la renégociation des règles européennes — le « plan B ».
Sans compter que, selon Mme Delli, « l’Europe fait déjà de la désobéissance », prenant l’exemple de la pandémie de Covid-19 et des libertés prises face aux règles budgétaires. « On ne changera pas notre ADN pro-européen », insiste-t-elle.
« Les critiques circulent et on les entend », poursuit sa collègue belge Saskia Bricmont, également chez les Verts, mais « il faut rappeler qu’il s’agit avant tout d’un accord politique dont l’objectif est clair : faire en sorte que l’agenda social et écologique soit présent à l’Assemblée nationale ».
« Ça fait partie du jeu », explique l’eurodéputée à EURACTIV, précisant qu’il était « évident » que ce type d’alliance ne recouvre pas l’intégralité du programme des partis impliqués, mais que, pour autant, « EELV ne renonce à son agenda européen »
Mme Bricmont souligne également que la « question de la “désobéissance” ne doit pas être mal interprétée » et qu’elle incluait notamment « la critique », notamment des questions européennes où les États membres ont une grande marge de manœuvre, citant l’exemple de la PAC. Elle se félicite, enfin, du « bon choix » pris par ses partenaires français, celui d’ « avancer ensemble ».
David Cormand rappelle, quant à lui, que « ce sont les écologistes qui ont inventé ce concept politique de résistance passive et non violente… Il n’est pas nouveau et nous le revendiquons comme nôtre ».