L’eurodéputé espagnol d'extrême droite Alvise Pérez accusé d'avoir touché 100 000 euros de pot-de-vin

L’eurodéputé espagnol d’extrême droite Alvise Pérez est soupçonné d’avoir accepté de l’argent du dirigeant d’une société de cryptomonnaie et de ne pas l’avoir déclaré aux autorités fiscales. L'information a été révélée mercredi 25 septembre par le média elDiario.es.

/ EURACTIV avec EuroEFE
European Parliament’s plenary session in Strasbourg
Le SALF a remporté trois sièges lors des élections européennes du 9 juin, dont celui d’Alvise Pérez, un jeune politicien connu pour son agitation, sa tendance à la contestation et son discours raciste [EPA-EFE/CHRISTOPHE PETIT TESSON]

L’eurodéputé espagnol d’extrême droite Alvise Pérez est soupçonné d’avoir touché 100 000 euros d’une société de cryptomonnaie, sans déclarer cette somme aux autorités fiscales. L’information a été révélée mercredi 25 septembre par le média elDiario.es.

Alvise Pérez aurait accepté 100 000 euros d’Álvaro Romillo, le directeur de la société d’investissement en cryptomonnaies Madeira Invest Club (MIC), qui a fait faillite la semaine dernière.

Selon elDiario.es, Alvise Pérez, le chef du mouvement d’extrême droite espagnol « La fête est finie » (Se Acabo La Fiesta/SALF), aurait reçu cette somme en échange de la promotion du MIC lors de divers événements publics du parti. Alvize Pérez aurait demandé a être payé en espèces, afin d’éviter d’attirer l’attention de la Cour des comptes et du Trésor.

L’argent aurait été remis à l’eurodéputé le 27 mai dernier, soit quelques jours avant les élections européennes. Le SALF a remporté trois sièges lors du scrutin du 9 juin et rassemblé plus de 800 000 voix.

Alvise Pérez s’était fait remarquer durant la campagne pour ses sorties racistes. Le SALF est le rival du parti d’extrême droite VOX, actuellement troisième force du Parlement espagnol.

Le mouvement a demandé en juillet à rejoindre le groupe d’extrême droite des Conservateurs et Réformistes (CRE) au Parlement européen, dirigé par la Première ministre italienne Giorgia Meloni (Fratelli d’Italia). Les CRE doivent prochainement donner une réponse définitive à l’eurodéputé, exliquait EFE en juillet dernier.

Alvise Pérez n’a répondu aux questions d’Euractiv.

Les preuves

Le scandale a été révélé après le remise par Álvaro Romillo au procureur général espagnol de preuves confirmant la fraude. Il aurait notamment transmis à la justice des copies de conversions sur des messageries numériques comme Telegram, ainsi qu’un rapport d’experts attestant de la véracité des documents, a rapporté elDiario.es. Le bureau du procureur espagnol a envoyé ces informations à la Cour suprême, qui devrait maintenant ouvrir une enquête, selon EFE.

L’eurodéputé Alvise Pérez bénéficie de l’immunité parlementaire.

Les fausses « donations » d’Alvise Pérez

Selon des messages du dirigeant du SALF envoyés à Alviro Romillo, l’objectif était de collecter « entre 300 000 et 360 000 euros » pour couvrir la campagne électorale du mouvement et payer divers « fournisseurs ».

Selon certaines sources, Alvaro Romillo n’aurait réussi à trouver que 100 000 euros, en raison des problèmes de trésorerie de la plateforme de cryptomonnaies, qui a finalement fait faillite.

L’eurodéputé explique que l’argent devait aussi servir à financer l’une de ses promesses de campagne les plus controversées : faire don de son salaire d’eurodéputé. Dans ses messages, Alvise Pérez aurait expliqué ne pas être prêt à y renoncer.

« Comment pourrais-je renoncer à 100 % de mon salaire de fonctionnaire ? », souligne Alvise Pérez dans l’un de ses messages.

Le stratagème

Alvaro Romillo, mieux connu sur les réseaux sociaux sous le nom de « Criptospain », se présentait aux investisseurs potentiels comme un expert en matière d’évasion fiscale et proposait à ses clients de les aider à réduire leurs impôts.

L’homme aurait convaincu environ 30 000 personnes de rejoindre le MIC, où il offrait des rendements très élevés de plus de 50 % grâce à des investissements dans les montres, les voitures de luxe ou l’immobilier, a rapporté mercredi le partenaire d’Euractiv, EFE.

Pour rejoindre le MIC, il fallait effectuer un dépôt initial de 2 000 euros, ensuite rentabilisé par des virements de cryptomonnaies. Beaucoup des clients semblent pourtant avoir été piégés et n’ont jamais revu leur argent.

Selon des sources du Bureau du procureur espagnol citées par elDiario.es, le montant total de la fraude pourrait atteindre 600 millions d’euros.

[Édité par Laurent Geslin]