L'Europe s'inquiète des coupes de Trump dans l'aide au développement
La baisse drastique des dépenses d’aide au développement annoncée par Donald Trump risque de mettre en péril les efforts internationaux de lutte contre la pauvreté.
La baisse drastique des dépenses d’aide au développement annoncée par Donald Trump risque de mettre en péril les efforts internationaux de lutte contre la pauvreté.
Le premier budget fédéral présenté par le président Donald Trump est de mauvais augure pour la lutte mondiale contre la pauvreté.
Honorant sa promesse de campagne de concentrer les dépenses publiques sur le sol américain, Donald Trump a annoncé une réduction drastique des dépenses de solidarité internationale.
Dans la proposition, qui devra être approuvée par le Congrès, le budget de l’aide au développement américain serait réduit de 28%. Autre cible, la contribution des États-Unis au budget de l’ONU serait coupée, alors même que l’organisation peine à faire face à la multiplication des situations d’urgences dans le monde.
Objectifs de développement
Les propositions de l’administration américaine ont fait vivement réagir aux États-Unis et dans le monde entier, alors que la communauté internationale a pris en 2015 des engagements ambitieux en matière de développement en adoptant les objectifs de développement durable et l’accord de Paris pour le climat.
« Réduire le financement accordé aux Nations unies et aux agences qu’elles soutiennent, va compromettre l’aide au développement, les programmes humanitaires et les missions de maintien de la paix dans des pays où des millions de vies sont en danger. L’administration Trump se refuse à montrer le chemin à suivre en matière de droits humains, ce qui aura des conséquences dans le monde entier» a regretté la directrice d’Amnesty International États-Unis, Margaret Huang.
La proposition risque d’ailleurs de rencontrer une véritable opposition au Congrès.«Elle a déjà été critiquée par des dizaines d’officiers généraux en retraite, et par plusieurs leaders du Capitole. Le sénateur Lindsey Graham l’a qualifiée de « mort-née », parce qu’elle mettrait en péril la sécurité des États-Unis. Le sénateur Mitch Mc Connell pense également que le sénat ne votera pas en faveur de la proposition du président» a affirmé Tom Hart, directeur exécutif de la campagne ONE pour l’Amérique du Nord.
>>Lire: Les menaces de Trump sur l’aide au développement des États-Unis inquiètent
Du côté de l’UE, l’annonce du projet de budget américain a fait réagir le commissaire européen à la coopération internationale et au développement, Neven Mimica. « Tout retrait ou coupe dans l’aide au développement serait contraire à la mise en place des Objectifs pour le développement durable », a-t-il déclaré à l’agence AP lors d’une visite à Addis-Abeba.
Premier donateur
Les États-Unis sont le premier pays donateur d’aide au développement dans le monde. En 2015, le pays a dépensé plus de 31 milliards de dollars en aide au développement, selon les chiffres de l’OCDE.
Mais si en volume Washington dépense plus que le reste du monde, ses dépenses demeurent relativement faibles par rapport à la richesse du pays.
En effet, les États-Unis ne dépensent que 0,17% de leur Revenu national brut pour la solidarité internationale, très loin de l’objectif international de 0,7%. Côté européen, 5 pays membres ont déjà atteint cet objectif de 0,7% (Suède ; Luxembourg, Danemark, Pays-Bas et Royaume-Uni). Seuls sept font moins bien que les États-Unis (Portugal, Slovénie, Grèce, Espagne, République tchèque, Slovaquie et Pologne).
« Il faut que les autres pays montrent qu’ils ne se laissent pas paralyser par les États-Unis et qu’ils poursuivent leurs efforts sur le développement » estime Friederike Röder, directrice de One France. « Il y a aussi une responsabilité pour les autres pays de tenter d’influencer l’administration américaine ».
Attaques régulières
Il ne s’agit pas de la première charge de l’administration Trump contre les dépenses de solidarité internationale. Dès les premiers jours de sa présidence, Donald Trump avait signé un décret interdisant le financement d’ONG internationales soutenant l’avortement.
Cette décision avait provoqué un tollé en Europe, où plusieurs ministres du développement s’étaient rassemblés pour mobiliser des fonds afin de continuer à soutenir les associations de planning familial dans les pays en développement.