L’industrie automobile tire la sonnette d’alarme sur le manque de bornes de recharge électrique

Selon l’Union de l’industrie automobile allemande (VDA), l’Allemagne a pris beaucoup de retard sur ses objectifs de développement de l’infrastructure pour les voitures électriques et manquera probablement son objectif d’électromobilité pour 2030.

EURACTIV Allemagne
Innogy solar powered fast charging park in Duisburg
Une borne de recharge rapide dans le premier parc de recharge rapide à énergie solaire d'Allemagne avec batterie de secours du fournisseur allemand d'énergie écologique Innogy SE à Duisbourg, en Allemagne, le 30 avril 2019. [EPA-EFE/FRIEDEMANN VOGEL]

Selon l’Union de l’industrie automobile allemande (Verband der Automobilindustrie ou VDA), l’Allemagne a pris beaucoup de retard sur ses objectifs de développement de l’infrastructure pour les voitures électriques et manquera probablement son objectif d’électromobilité pour 2030.

Un objectif ambitieux en matière d’électromobilité était un élément clé de l’accord de coalition établi par le nouveau gouvernement allemand fin 2021. L’objectif était notamment de permettre que 15 millions de voitures électriques circulent sur les routes allemandes d’ici à 2030, l’Union européenne prévoyant d’interdire la vente de véhicules à moteur à combustion interne à partir de 2035.

Le problème est que la réalité sur le terrain ne correspond pas aux objectifs fixés par le gouvernement. La VDA a mis en garde contre le fait qu’au lieu d’installer 2 000 points de recharge de voitures électriques par semaine — à savoir le nombre nécessaire pour atteindre l’objectif de 2030 — l’Allemagne n’en installe que 250.

« L’écart se creuse, il ne se réduit pas. Et il s’agit d’un écart qui pourrait nous coûter le succès », a mis en garde Hildegard Müller, présidente de la VDA, lors de la cérémonie annuelle de rentrée de l’Union, le 9 février.

« Si l’Allemagne maintient son rythme de progression modeste actuel, nous n’aurons qu’environ 160 000 points de charge en 2030, soit même pas un sixième du million de points de charge prévus. »

Selon Mme Müller, l’objectif de livrer 15 millions de voitures électriques est réaliste car « l’industrie automobile peut construire des voitures », même si, en fin de compte, tout cela dépendra de l’infrastructure de recharge.

En termes de solution, « un sommet sur la recharge doit être organisé », a déclaré Mme Müller. « Le gouvernement fédéral devrait organiser un sommet conjoint dès que possible et réunir toutes les parties prenantes autour d’une même table. »

Mais la VDA s’inquiète également à propos de l’électricité et de son origine. « Ce n’est que si les voitures électriques sont alimentées par de l’électricité 100 % verte qu’elles pourront apporter leur contribution à une mobilité neutre sur le plan climatique », explique Mme Müller.

Une même dynamique dans le reste du bloc ?

Malgré l’alarmisme de la VDA, l’Allemagne s’en sort mieux que certains autres États membres de l’UE en termes de développement de l’infrastructure européenne de recharge électrique.

L’année dernière, la Cour des comptes européenne a prévenu que le développement des infrastructures de recharge ne se faisait pas assez rapidement dans le bloc.

Pour les Allemands qui veulent passer leurs vacances en Europe en voiture, par exemple, les installations de recharge en Autriche sont essentielles. Toutefois, « l’infrastructure de recharge ne sera pas encore disponible à l’échelle nationale à ce stade [2030] », avait déclaré Christian Pesau, chef du groupe de travail des importateurs autrichiens de voitures, en décembre dernier.

L’Allemagne, la France et les Pays-Bas représentent ensemble 70 % des stations de recharge dans le bloc, même si ces trois pays ne comptent qu’un tiers de la population de l’UE. Dans d’autres parties de l’Europe, notamment à l’est, les stations de recharge sont encore plus rares.

En fin de compte, note Mme Müller, cela menace de compromettre l’acceptation de cette nouvelle forme de mobilité. Une voiture électrique qui peut être utilisée facilement en Allemagne, mais qui est presque inutilisable dans d’autres États membres, comme la République tchèque ou l’Italie, aura du mal à être adoptée par le grand public.

L’UE espère apporter une solution avec le règlement sur le déploiement d’une infrastructure pour carburants alternatifs (Alternative Fuels Infrastructure Regulation ou AFIR), actuellement en cours d’examen dans le processus législatif européen. Ce paquet vise à rendre obligatoires pour les États membres de l’UE les stations de recharge le long des voies de transport européennes.

Actuellement, la Commission européenne cherche à imposer des stations de recharge obligatoires tous les 60 kilomètres pour les voitures de particuliers et tous les 150 kilomètres pour les véhicules commerciaux, mais pour Mme Müller, cela ne suffit pas.

La VDA « ne pense évidemment pas que les spécifications de l’Union européenne sont réellement suffisantes dans ce domaine », a déclaré Mme Müller lorsqu’elle a été interrogée par EURACTIV. Au lieu des 60 kilomètres prévus, la VDA demande des stations de recharge tous les 40 kilomètres pour les voitures de particuliers, et tous les 100 kilomètres pour les véhicules commerciaux.