L’Irlande entame une réflexion sur la définition de sa neutralité
L’Irlande lance une consultation publique de quatre jours ce jeudi afin de réexaminer sa politique de neutralité dans les relations internationales, alors que la guerre de la Russie en Ukraine a bouleversé la sécurité de l’Europe.
L’Irlande lance une consultation publique de quatre jours ce jeudi (22 juin) afin de réexaminer sa politique de neutralité dans les relations internationales, alors que la guerre de la Russie en Ukraine a bouleversé le cadre de sécurité de l’Europe.
Cette mesure intervient alors que ses voisins nordiques historiquement neutres et non alignés, la Finlande et la Suède, ont annoncé leur intention de rejoindre l’OTAN au printemps dernier en réaction à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, en quête de garanties de sécurité internationales.
« L’engagement de l’Irlande en faveur d’un ordre international fondé sur des règles, dont la Charte des Nations unies constitue le cœur, et notre politique traditionnelle de neutralité militaire ne nous dispensent pas de répondre à cette nouvelle réalité », avait déclaré le ministre irlandais des Affaires étrangères, Micheál Martin, en mars dernier.
Le ministère a annoncé que le Forum consultatif sur la politique de sécurité internationale viserait à « lancer une discussion sur la politique étrangère et de sécurité de l’Irlande » dans le sillage de la guerre en Ukraine.
La Suisse, qui applique également une politique de neutralité, est elle aussi en train de revoir son approche sécuritaire et envisage de rejoindre les projets de défense de l’UE, tandis qu’en Autriche, un groupe de 90 experts en sécurité et en politique étrangère a exigé une refonte de la politique de sécurité du pays.
L’Irlande, pays traditionnellement neutre, est confrontée à de nouvelles menaces qui n’avaient pas été envisagées jusqu’à présent et qui suscitent un débat sur la modernisation de sa politique de neutralité suivie depuis les années 1930.
Le pays possède tout de même sa propre armée, pour laquelle le gouvernement a lancé l’année dernière un plan de rééquipement constituant l’augmentation budgétaire « la plus importante jamais réalisée ». Ce budget passera de 1,1 milliard d’euros à 1,5 milliard d’euros d’ici à 2028, afin de remplacer les équipements vétustes, de recruter du personnel et de mieux équiper les forces armées du pays.
La neutralité de l’Irlande ne lui permet de fournir qu’une aide militaire non létale à l’Ukraine — du matériel médical, par exemple. Le pays peut seulement participer à des opérations approuvées par les Nations unies et n’a jamais rejoint des alliances militaires telles que l’OTAN.
Dans le cadre de l’actuel Partenariat pour la paix (PPP) de l’OTAN, Dublin a renforcé son armée en s’efforçant de répondre aux normes de l’Alliance et a participé à des opérations au Kosovo et en Afghanistan.
« L’environnement international en matière de sécurité a considérablement changé au cours de l’année écoulée. Nous avons assisté à un mépris flagrant et brutal du droit international et de l’architecture de sécurité collective de l’Europe de la part de la Russie, qui a amené la guerre sur le continent européen », a déclaré Micheál Martin.
Ces dernières années, l’Irlande a été de plus en plus souvent la cible d’activités malveillantes, notamment d’une cyberattaque de grande ampleur qui a paralysé ses services de santé, ce qui a poussé Dublin à chercher comment mieux se défendre contre toutes sortes de menaces hybrides.
Définir la neutralité
« Nous devons discuter sérieusement et honnêtement des possibilités qui s’offrent à nous en matière de politique de sécurité internationale ainsi que des conséquences de chacune d’entre elles. Nous devons également examiner comment nous pouvons travailler avec d’autres partenaires européens et internationaux et apprendre d’eux », a déclaré M. Martin.
Le Forum devrait couvrir un large éventail de questions liées à la politique de sécurité et d’idées sur les mesures que l’Irlande devrait prendre « pour préserver sa sécurité et sa résilience ». Il devrait aussi « permettre une discussion sur la politique de neutralité militaire de l’Irlande », a annoncé le ministère, prévenant qu’il ne s’agirait pas d’une décision définitive sur l’engagement du pays.
L’idée est plutôt d’évaluer les besoins et les capacités de l’Irlande dans le contexte géopolitique actuel, grâce à différents groupes d’experts de la défense, d’universitaires, de responsables politiques et de représentants de la société civile qui réfléchiront au rôle du pays à l’avenir.
Les discussions devraient également porter sur la participation de l’Irlande à l’OTAN, à la politique de sécurité et de défense commune (PSDC) de l’UE, aux missions de maintien de la paix et de gestion de crises, au désarmement, à la prévention des conflits et à la consolidation de la paix.
Le public est également invité à soumettre ses idées et opinions en ligne.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]