L'Italie veut renégocier avec Bruxelles les objectifs de son plan de relance
Le gouvernement italien a annoncé mardi son intention de renégocier avec Bruxelles dix des 27 objectifs fixés en vue de la quatrième tranche de son plan de relance européen, ce qui pourrait retarder son déboursement et peser sur les comptes publics.
Le gouvernement italien a annoncé mardi (11 juillet) son intention de renégocier avec Bruxelles dix des 27 objectifs fixés en vue de la quatrième tranche de son plan de relance européen, ce qui pourrait retarder son déboursement et peser sur les comptes publics.
La modification des objectifs devrait permettre à l’Italie « de soumettre dans les prochains jours la demande de déboursement de la quatrième tranche », a assuré devant la presse le ministre aux Affaires européennes Raffaele Fitto.
« Si tout se passe comme nous l’espérons, nous serons le premier pays à demander la quatrième tranche », a affirmé M. Fitto, qui supervise le plan.
En prenant les devants, Rome compte éviter les gros retards survenus pour la troisième tranche de 19 milliards d’euros qui a été gelée par Bruxelles, en attendant des clarifications sur l’affectation des fonds et l’atteinte des objectifs.
Le déboursement de la quatrième tranche de 16 milliards d’euros est suspendu à la réalisation de tous les objectifs au cours du premier semestre.
Les propositions de modifications concernent notamment la création de crèches, les bornes de recharge électrique ou encore le projet d’agrandissement des mythiques studios de Cinecittà à Rome.
Interrogé sur les chances de voir la quatrième tranche déboursée avant la fin de l’année, M. Fitto a reconnu que « ce sont des garanties que personne ne peut donner. Il est clair qu’il y aura encore une phase de vérification ».
Première bénéficiaire du plan européen post-pandémie, l’Italie devrait encaisser 191,5 milliards d’euros d’ici 2026 mais elle est à la traîne sur les réformes à mener en échange de l’aide.
Des retards dans le déboursement des fonds européens risquent de freiner la croissance économique et aggraver la situation financière de la péninsule.
Lundi (10 juillet), EURACTIV révélait que la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen faisait pression sur ses services responsables du versement de la troisième tranche du fonds de relance pour l’approuver dans les plus brefs délais.
Selon les informations d’EURACTIV, une telle pression assurerait en conséquence le soutien de Rome à un second mandat de Mme von der Leyen à la tête de la Commission.
« Crédibilité internationale » en jeu
« J’espère que ces ressources arriveront, si elles n’arrivent pas, cela devient un problème, c’est évident. Pour l’instant, nous sommes capables de gérer la situation », a commenté mardi le ministre de l’Economie Giancarlo Giorgetti.
La dette publique de l’Italie s’élève à plus de 144 % du Produit intérieur brut (PIB), soit le ratio le plus élevé de la zone euro après la Grèce.
Les annonces de la coalition gouvernementale de droite et d’extrême droite dirigée par Giorgia Meloni ont suscité les protestations de l’opposition.
« Le gouvernement admet que la quatrième tranche est en retard ou n’existe plus. Cela nous inquiète, la majorité est en plein chaos », a réagi le chef de file du Parti démocrate (centre gauche) au Sénat, Francesco Boccia.
Les autorités italiennes ont dépensé cette année seulement 2,03 milliards d’euros sur 33,82 milliards prévus dans le cadre du plan de relance, selon un rapport du Centre d’études du Parlement italien publié fin juin.
À titre de comparaison, des dépenses de 17,21 milliards d’euros, soit presque la totalité des 17,66 milliards prévus, ont été engagées en 2022.
« Nous sommes en train de perdre le plan de relance et, avec lui, notre crédibilité internationale et la possibilité de moderniser le pays. Nous sommes dans une situation d’urgence », a jugé Carlo Calenda, chef du parti centriste Azione.
Il a fustigé un « retard retentissant », ajoutant que « presque tous les fonds » dépensés l’ont été par le précédent chef du gouvernement Mario Draghi qui a passé le relais à Giorgia Meloni fin octobre 2022.
[Édité par Théo Bourgery-Gonse]